Les garanties de Hollande à Dramane

Alassane Dramane est en France depuis le 29 avril dernier. Il a fait un tour rapide au Sénégal, pour ne pas donner l’impression de se désintéresser du drame malien et il est reparti aussitôt pour le pays de son ami Sarkozy. Il y a assisté au dernier meeting et au dernier débat électoral de son mentor. Malheureusement, tout ce zèle à vouloir donner un contour à l’exception qui confirme la règle gaullienne qui dit que les états n’ont pas d’amis, mais des intérêts, n’aura pas suffi. Le militantisme du chef de l’Etat ivoirien n’a pu empêcher la chute de Sarkozy le 6 mai dernier. Après cette défaite, notre chef d’Etat qui nous a abandonnés à nos misères, ne s’est pas souvenu qu’il a un pays à sortir du sous développement. Après ses condoléances au bravetchè de Paris, Dramane Ouattara continue de prolonger son séjour en Occident. Il veut rencontrer aussi François Hollande le vainqueur de l’élection présidentielle. En dépit de ce que peuvent penser ses partisans ici, Dramane Ouattara est certainement le seul à savoir que c’est son destin politique qui se joue actuellement en France. Les cartes se redistribuent dans l’establishment politique de l’ex-puissance coloniale. Les hommes qui vont avoir à gérer les armées qui soutiennent les dictatures en Afrique ne seront certainement plus les mêmes. Il y a aussi le risque que les nouveaux maitres ne comprennent pas bien les subtilités d’une crise postélectorale qui a conduit une puissance à opter pour le bombardement des institutions d’un autre Etat souverain au détriment des voies démocratiques pour installer un copain au pouvoir. Comment celui qui vient d’être élu démocratiquement peut-il comprendre le langage de compromission de celui qui n’a pas été un exemple de moralité en France avec des dictateurs tropicaux ? Ouattara a des problèmes et ils se posent des questions au bord de la Seine. Que faut-il faire quand le sable devient mouvant sous l’édifice politique construit dans la précipitation, sans prospection et contre toutes les règles élémentaires de la maçonnerie politique ? Il lui faut voir le nouveau maitre et voir si celui-ci peut reconduire les garanties de son copinage avec Sarkozy. Le délai de 10 jours officiels d’absence a expiré. Et Dramane Ouattara est rentré hier soir. Mais pourra-t-il sereinement séjourner dans le bourbier ivoirien s’il n’a pas la garantie que les piliers de sa politique sont toujours tenus par la Licorne ?

Joseph Marat (Aujourd’hui )

Le changement

« Nicolas Sarkozy est tombé, mais cela ne changera rien dans les relations entre la France et la Côte d’Ivoire ». M’a lancé un ami du RHDP avec qui j’ai voulu partager la nouvelle du changement de pouvoir en France. Je n’ai pas voulu poursuivre cette conversation. Elle ne m’aurait pas avancé puisque sa réaction me donnait le sentiment qu’il n’était pas prêt à saluer la victoire de la démocratie en France. Il semblait trop attaché à la personne de Nicolas Sarkozy. Et je le comprenais Ị Plus tard un collègue me dira que dans le taxi communal qu’il a emprunté ce lundi matin, le chauffeur plaignait les français. « Les français ne sont pas très futés, ils ont chassé Sarkozy, ils vont le regretter ». Tout cela montre l’ampleur du désespoir de tout ceux qui ont un peu trop vu en Sarkozy un surhomme qui aurait du s’imposer à son peuple comme il a imposé ses petits copains aux autres peuples. Sans m’attarder sur ces réactions qui cachent les larmes d’une défaite personnifiée, je me suis aussi souvenu d’une réflexion que Michel Rocard aurait, en privé, confié à un homme politique ivoirien. « Pour que ça change chez vous, il faut que ça change chez nous et pour que ça change chez nous il faut que ça change chez vous ». Je suis de ceux qui pensent que la rencontre de l’Afrique et de la France a produit une autre culture de coopération qu’une révolte de ressentiments ne suffirait pas à déconstruire. La volonté de déconstruction de cette relation serait même commune de part et d’autre qu’elle n’y arriverait pas. Les Etats colonisés par la France sont devenus plus francophone, plus français et plus francophile quelquefois à leur corps défendant. Et la France a commencé à se colorer des apports de toutes ses connexions internationales. Ce qu’il nous faut combattre, en attendant de le nommer autrement, c’est le caractère vicié de la françafrique qui consiste à continuer de traiter les peuples qu’on a annexés dans le passé comme des civilisations inferieures pour qui la démocratie serait un luxe et qui ne seraient pas entrées suffisamment dans l’histoire. Je présuppose donc une autre France-Afrique ou pourquoi pas une Afrique-France pour dire avec Rocard que pour que ça change ici, il faut que ça change là bas et pour que ça change là bas il faut que ça change ici. Pour notre part en Cote d’Ivoire, l’élection de François Hollande est le dernier changement que nous attendions pour que tout change pour nos deux peuples. Pour ce bond qualitatif commun dans le rapport de l’Afrique avec la puissance Française, la Cote d’Ivoire a pris de l’avance depuis 2000. Ça avait déjà changé chez nous avec l’élection de Laurent Gbagbo et sa politique de refondation. Sur la marche du changement de mentalité et du progrès pour tous nous attendions la France. Nous espérons seulement que le changement dont parle François Hollande ne sera pas celui d’un écran de fumée.

Joseph Marat (Aujourd’hui)

Minés par le complexe de l’esclave

Ils n’ont pas voulu le montrer. Mais ils n’ont pas pu nous empêcher de le voir. L’aigreur qui se mêlait à la raillerie face à la joie des autres de voir Hollande élu en France a pris les couleurs d’un désespoir mal contenu. Au-delà, nous notons qu’ils ont une haine viscérale pour la démocratie et confondent le plaisir qu’on peut tirer d’un bon « match » de démocratie à l’expression d’un sentiment de vengeance. En fait, ils ont rarement ressenti quelque chose d’autre. Et ils pensent que leur mentalité est universelle. Le désespoir est tel que pour leur remonter le moral leur canard idéologique a sorti des archives une vieille interview de François Hollande qu’on a pris soin d’antidater et de manipuler pour le coller à l’actualité. Hier Le Patriote barrait sa Une du titre suivant : « Pendant que les refondateurs fêtent sa victoire ; Hollande sans pitié pour Gbagbo ». A l’intérieur une interview dont on peut bien douter de l’authenticité et une réaction du porte parole du RDR qui résume un Etat d’esprit bien particulier : « la victoire de Hollande ne changera rien à la situation du FPI et Gbagbo ». Qu’est-ce que l’élection de François Hollande a à voir avec le sort du président Laurent Gbagbo ? Et pourquoi ce dernier représente-t-il dans leur subconscient le justicier désarmé qui ne fera finalement plus rien pour mettre fin à la longue liste de leurs crimes. En termes plus simples : « Ne vous réjouissez pas parce qu’en définitive Hollande viendra parachever l’œuvre de Sarkozy Ị » Si Hollande est le continuateur de l’œuvre de son adversaire politique, pourquoi sont-ils si tétanisés au point de défoncer une porte déjà ouverte et se triturer les méninges pour assener des “évidences”. Pour notre part, il y a des raisons qui justifient la joie des démocrates du monde entier. N’en déplaise à ceux qui sont victimes du complexe du hors-la-loi. Il y a un sage grec qui a dit en substance que la même personne ne peut se baigner deux fois dans la même eau qui coule. Une façon pour lui de conceptualiser le devenir et dire que tout change. Aussi faut-il admettre que le François Hollande d’une interview sortie des archives n’est plus le même que celui qui vient d’être élu. Les eaux ont coulé sous le pont. En sus, l’élection de François Hollande signifie à coup sûr la fin du sarkozisme. Rien que ce changement suffit au bonheur de toutes les victimes des pseudo-démocrates qui ont pour seul argument politique l’assassinat des chefs d’Etat, le bombardement des palais, la séquestration et l’élimination des opposants politiques. Enfin, François Hollande est un socialiste qui remplace Sarkozy. On ne lui fera pas l’injure d’accéder au pouvoir pour copier bêtement une politique libérale sauvage. Pour les progressistes le changement en France est une avancée. Nous ne sommes pas naïfs pour penser que F. Hollande a été élu par nous et pour nous. Nous refusons d’ailleurs par simple principe de souveraineté que ce soit ainsi. Nous saluons simplement à travers cette élection la victoire de la démocratie et l’avènement d’un esprit ouvert, d’une oreille désormais sensible à notre aspiration à la liberté totale. Nous comprenons que nos frères d’en face, encore minés par le complexe du Blanc ne soit pas très enthousiastes à l’idée que l’esclavage va prendre fin.

Joseph Marat ( aujourd’hui)

Sarkozy, le jour du dernier jugement

Et si on faisait un peu de politique fiction ? Au fond ce ne sera pas aussi imaginaire que cela. Je pense plutôt que c’est une possibilité qu’on aura tort de ne pas envisager. Une élection présidentielle n’est jamais gagnée à l’ avance. Et les informations qui proviennent des Etat-major de Hollande sur le vote électronique ne sont pas faites pour mettre l’élection présidentielle française à l’abri d’un éventuel imbroglio électoral. J’ai reçu hier le coup de fil d’un contact français qui s’inquiétait du flou qui entoure le contrôle du million et demi de voix qui s’exprimera à travers le vote électronique. Nous avons tous peur que Sarkozy détourne ces voix et importe en France le précédent américain du recomptage des voix. Alors je lui demande pourquoi ce serait forcement l’exemple américain qu’on prendrait. A moins que ce ne soit une question de discrimination qui met certains peuples à l’abri de certains déboires politiques, la dernière fois qu’on a parlé de démocratie et de recomptage de voix, le gouvernement français avait plutôt servi l’assassinat du guide libyen et le bombardement du palais du président Gbagbo. Sarkozy va-t-il changer cette méthode qui lui a apparemment réussi quand il s’agira de lui et de la France ? C’est parce que nous ne pouvons pas savoir ce que peut nous réserver la dernière journée d’un homme comme Sarkozy à l’Elysée qu’il peut être recommandable de ne pas se laisser surprendre par cette éventualité qui côtoie la folie. Sinon la France est une vieille démocratie dont le mécanisme électoral est quasiment irréprochable. A 20 h GMT, on n’aura pas droit a un Youssouf Bakayoko pour répéter invariablement « il n’est pas encore minuit ». La machine est très huilée et ce dimanche 6 mai c’est face à cette machine électorale implacable que Nicolas Sarkozy recevra comme un coup de massue ponctuel, le résultat le donnant perdant. Comme le dernier jugement, le verdict sera sentencieux et sans recours. Nicolas Sarkozy n’aura pas eu l’aura de ses prédécesseurs pour faire deux mandats à la tête de la France. Avant lui François Mitterrand et Jacques Chirac ont passé respectivement 14 et 12 ans à la tête de la France. Comme un météore trop turbulent, Nicolas Sarkozy aura eu cinq longues années pour déstructurer la société française en creusant le clivage social et salir l’image de la France à l’extérieur en menant des croisades obsolètes contre d’autres nations. Il pourra toujours se consoler de n’être pas le seul dans le cas. Valery Giscard d’Estaing, après les sulfureuses affaires de diamant avec la tyrannie de Bokassa a été sanctionné par le peuple français à la fin d’un mandat de 7 ans. Après ce qui s’est passé en Libye, en Cote d’Ivoire et même en France avec les incongruités du Fouquet et de la direction de la Défense dans laquelle il a eu l’attitude d’un vulgaire népotiste, les diverses reformes du bouclier fiscal accompagnant les affaires Liliane Béthencourt, Bernard Tapie dans lesquelles on a vu Sarkozy étaler l’Etat français au pied d’un club d’amis riches. Le bons sens veut que celui qui a brassé plus de scandales en cinq ans que tous les autres chefs d’Etat réunis, ne survivent pas en tant chef d’Etat à cette élection qui marquera pour le peuple français le retour à la raison.

Joseph Marat ( aujourdhui )

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