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La «France-Côte d’Ivoire» de D. Ouattara et N. Sarkozy : le projet de bradage des ressources naturelles et du patrimoine économique ivoiriens (Partie 2)

La «France-Côte d’Ivoire» de D. Ouattara et N. Sarkozy : le projet de bradage des ressources naturelles et du patrimoine économique ivoiriens (Partie 2)

World Affairs Briefing with President Ouattara...
World Affairs Briefing with President Ouattara of Côte d’Ivoire (Photo credit: CSIS: Center for Strategic & International Studies)

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La première partie de notre réflexion avait porté sur la définition de la « France-Côte d’Ivoire » en tant que projet de recolonisation du peuple ivoirien, par lequel l’Etat français est actuellement à l’œuvre pour la mise en coupe réglée de son économie et pour faire mains basses sur ses richesses naturelles. Cette deuxième partie va s’atteler à démontrer comment ce projet profite à ses autres bénéficiaires que sont, d’une part, les autres pays occidentaux alliés de la France, et de l’autre, l’oligarchie locale du RHDP.

Avec l’avènement du «sarkozysme» en France tout projet françafricain est avant tout inféodé à la mission supérieure de la nébuleuse appelée « Nouvel Ordre Mondial » ou « Gouvernance Mondiale ». On en tient pour preuve la démonstration de force « surdimensionnée » des réseaux internationaux, mystico-politiques et économiques, qui ont installé Dramane Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire. En conséquence, les réseaux « franç-ivoiriens » ont une autre mission qui est de faire prévaloir les intérêts de l’Occident tout court en terre ivoirienne.

Ainsi dans le partage du butin d’après-guerre, l’Etat français s’est vu obligé d’accorder un moratoire au conflit d’influence latent qui l’oppose sur le continent africain aux anglo-saxons ; lequel conflit est constamment ravivé chez les français par les souvenirs de ce qu’on a appelé « le syndrome ou la crise de Fachoda ». Aux anglo-saxons et à ses autres alliés occidentaux, la France a donc décidé d’ouvrir quelques fenêtres de sa chasse gardée ivoirienne. C’est l’heure des grands deals, car il ne faut surtout pas se mettre à dos l’ogre américain qui a pesé de tout son poids entre autres à travers l’activisme politique de Phillip Carter III, son ambassadeur en Côte d’Ivoire, pour la prise du pouvoir du proconsul français Dramane Ouattara.

C’est ainsi que fin décembre 2011 le groupe français Alstom (transport et énergie) a perdu in extremis le contrat d’extension de la centrale thermique d’Azito, qui lui paraissait pourtant tout acquis, au profit de l’américain General Electric et de son partenaire sud-coréen Hyundai. Ceci est un geste de reconnaissance à l’administration Obama, dont la Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Hillary Clinton, s’est déplacée personnellement à Abidjan en janvier dernier pour marquer une nouvelle ère. En effet, depuis la visite du secrétaire d’Etat américain d’alors Georges Pratt Shults à Houphouët-Boigny en 1987, aucune autre haute autorité de l’administration américaine n’avait foulé le sol ivoirien. C’est aussi une marque de gratitude à l’égard des sud-coréens Ban Ki-moon et Young-jin Choi, et au-delà d’eux à tout le système onusien qu’ils servent.

Mais c’est également un message de remerciement à la Corée du Sud, un allié lointain de l’Occident, dont le choix des ressortissants dans la gestion de la crise ivoirienne n’a pas été fortuit. Il répond à un de ces paradoxes et incongruités qui gouvernent le monde d’aujourd’hui : on a choisi pour une mission de « division du peuple ivoirien » ces individus-là même dont la nation continue de porter les plaies et stigmates de son peuple et son histoire déchirés en deux au nom de la guerre froide.

Par ailleurs, pendant que la compagnie angolaise, Sonangol est chassée de la Côte d’Ivoire, les groupes pétroliers occidentaux (l’américain Vanco Energy, le britannique Tullow Oil, le belgo-ivoirien Yam’s Petroleum, le canadien CNR, l’italien Edison, l’australien Rialto Energy), quant à eux, ne sont nullement inquiétés. La compagnie australienne Rialto Energy, par exemple, vient au contraire de décrocher la licence d’exploitation du gisement de pétrole et de gaz nouvellement découvert au large des côtes de la ville d’Adiaké.

Mais c’est surtout dans la filière cacao-café que les alliés occidentaux de la France ont eu une grande part du « gâteau de guerre ». En effet, à la fin de « la guerre du cacao » qu’elles ont âprement livrée à la Côte d’Ivoire, les multinationales occidentales ont désormais pignon sur rue dans le secteur cacao-café. Ce sont d’une part les chocolatiers (les Américains Archer Daniels Midland et Cargill, le suisse Barry Callebaut, etc.), et de l’autre les exportateurs ou négociants internationaux (les anglais Armajaro et ED & F Man Holdings Ltd, le suisse Ecom Agroindustriel, etc.).

Il est vrai, une crise oppose aujourd’hui deux camps dans la filière : les chocolatiers, dans un camp, et les négociants internationaux et les exportateurs ivoiriens regroupés au sein des Pmex et Coopex, dans l’autre. Le dernier camp dénonce les subventions qu’accorde l’Etat ivoirien depuis quelques années au premier dans le cadre de la politique d’incitation à la transformation locale de son cacao.

Mais cette dernière fait actuellement l’objet de négociations souterraines et est en passe d’être résolue à l’amiable. Il s’agira pour Dramane Ouattara de contenter aussi bien les chocolatiers que les exportateurs internationaux, qui à coups de sabotage de l’économie cacaoyère ivoirienne, ont tous contribué à sa prise du pouvoir. La compagnie anglaise de négociants du « cacao de sang », Armajaro, dont le directeur Afrique est Loïc Folloroux, le fils de Madame Dominique Alassane Ouattara, « méritera » sans doute une palme spéciale. En somme, le régime RHDP devra œuvrer pour le maintien et l’entretien de l’oligopole des grandes firmes occidentales dans la commercialisation extérieure du cacao. Quant aux Pmex et Coopex ivoiriennes, elles devront continuer à faire face à leurs difficultés d’accès aux marchés internationaux de l’« or marron » et à se nourrir des nombreuses promesses d’amélioration de leur condition.

Sous le régime de Dramane Ouattara, la Côte d’Ivoire est devenue une sorte de propriété privée de la France ou de l’Occident. Mais en tant que maître d’œuvre ou architecte maçonnique du projet « France-Côte d’Ivoire » sur le terrain, l’oligarchie régnante du RHDP bénéficie d’un certain nombre d’avantages à elle accordés en usufruit.

Pour avoir offert la filière cacao-café aux compagnies occidentales sur un plateau d’or, le régime Ouattara vient de recevoir le retour de l’ascenseur. Il a créé, avec l’accord tacite des bailleurs de fonds néolibéraux (FMI, Banque mondiale, Union Européenne), un organe public de régulation de la filière, dénommé Conseil du Café-Cacao (CCC). Celui-ci est chargé de la fixation du prix minimum du kilo de cacao acheté aux paysans. Les anciennes structures autonomes de régulation et de gestion de la filière (ARCC, BCC, FRC, FDPCC) créées lors de la libéralisation totale du secteur sous les régimes précédents sont désormais sous son autorité. C’est une réhabilitation pure et simple de la défunte Caisse de stabilisation du prix des produits agricoles (Caistab), véritable « caisse noire », sous le régime d’Houphouët Boigny. Celle-ci avait pourtant été démantelée depuis août 1999 et avec elle ses attributions de fixation du prix du cacao et des quotas d’exportations. Sous l’administration Gbagbo le prix du cacao acheté aux paysans était devenu « indicatif » et la filière confiée aux organes autonomes renforcés.

C’est en toute légitimité que la société civile et le peuple ivoiriens ont fait « le procès » de ces institutions, qui ont failli à leurs missions, minées qu’elles furent par la corruption et autres détournements de fonds. Mais engagés dans un élan de revanchisme, Dramane Ouattara et l’Occident leur en voulaient pour leur participation à l’effort de guerre aux côtés du président Gbagbo lors du déclenchement de la rébellion de 2002. Ce qui vaut aujourd’hui leur confiscation pure et simple par le régime-RDR sous le parapluie du CCC.

La nouvelle réforme de la filière cacao-café a mis entre les mains de Dramane Ouattara des armes et avantages pour la pérennisation de son régime. Par exemple, avec le principe de « fixation du prix minimum garanti compris entre 50 à 60% du prix international » par le CCC, Ouattara possède désormais une arme politique majeure. A tout moment, il peut en fonction de ses objectifs politiques immédiats utiliser ce pouvoir de fixation du prix d’achat du cacao comme un épouvantail ou moyen de pression politique contre les planteurs ivoiriens. En outre, en l’absence des « pluies de milliards » qu’il avait promises à ses partisans, l’homme peut également utiliser le CCC, la Caistab nouvelle version, comme une caisse de « fonds occultes » pour le financement de son programme de « rattrapage ethnique » et de la pérennisation de son régime.

En gros, il se développe sous nos yeux en Côte d’Ivoire, une sorte d’économie palatiale : une économie orientée à partir d’un palais présidentiel, d’ailleurs dirigé à distance par la France et squatté par une oligarchie tribale locale, elle-même flanquée de néo-coopérants. L’objectif recherché est la captation de la richesse économique du pays, la liquidation de ses ressources naturelles au profit de la France, de ses multinationales, de celles de ses alliés occidentaux ainsi qu’au profit de la bourgeoisie comprador naissante constituée par le régime RHDP. Dans cette ploutocratie, une mince partie des populations vivant en Côte d’Ivoire, et qui bénéficie du programme de « rattrapage ethnique », se réjouit de quelques portions congrues. Quant au peuple ivoirien dans sa large majorité, il se retrouve paupérisé à l’ extrême et embastillé dans un Etat, où la propagande médiatique et politique déployée par le pouvoir-RDR et l’Occident s’évertue à cacher au monde entier la réalité tragique que vit l’ivoirien au quotidien.

Sous Dramane Ouattara, la Côte d’Ivoire est devenue le terrier fleurissant mystico-politique et économique du système françafricain. Mais le « déboulonnage » sur la Terre d’Eburnie de son appendice minimal que nous avons appelé « France-Côte d’Ivoire » annoncera le début de son effritement irréversible dans toute l’Afrique.

C. J. Gadji

Business Consultant

Msc. International Business Economics

(Londres, United Kingdom)

Infodabidjan.net

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