Dans les films de science fiction, on trouve souvent des hypothèses invraisemblables. L’affaire Kieffer en est non seulement devenue une, mais en plus, un casse-tête insoluble ; surtout un épouvantail fabriqué contre Laurent Gbagbo et ses proches. Pour ce seul homme, doit-on emprisonner toute la population pro-Gbagbo en Côte d’Ivoire et ailleurs ?

Au commencement était un homme nommé Tony Oulaï. Le juge Patrick Ramaël en charge du dossier lui a perdu trois bonnes années de sa vie pour rien. Trois ans d’emprisonnement préventif en France, pour aboutir à un non-lieu qui ne dit pas son nom, car après trois ans d’investigation ponctuée d’accusations sans fondement contre le couple présidentiel de l’ancien régime, l’enquête n’a pas abouti, elle piétine encore à ce jour.

Ensuite, il y a eu l’épisode Michel Légré et la bande des farfelus de Berthé et Gossey. Leurs pistes, une à une, se sont effondrées. En désespoir de cause, la méthode Cauet très appréciée du clan Sarkozy n’a pas non plus fonctionné. Et comme dit avec une sérénité décoiffante, notre compatriote Alain Bouikalo dans son article sur ce sujet: « le régime Gbagbo a été renversé depuis plus d’un an, donc il n’y a plus d’empêcheur de trouver le coupable, alors où est le coupable? » L’évidence est là, têtue comme un fait social, implacable dans sa vérité. Le juge Ramaël a perdu le sens de l’orientation. On pourrait dire qu’il cache mal son incompétence, car son leitmotiv favori, le dessert aujourd’hui: Laurent Gbagbo n’est plus là pour empêcher l’enquête d’aboutir, alors Monsieur le juge, que se passe-t-il? Où sont les preuves que cachaient Laurent Gbagbo et famille? Si vous êtes incompétent, avouez votre limite et cessez de jouer avec la douleur d’une famille désespérée par la disparition d’un frère, d’un mari, mais aussi d’un père… Nous pensions que la chute du régime des refondateurs donnerait le sésame qui conduirait au coupable. Voilà ce qui arrive quand, au lieu de faire du droit, on s’essaye à la politique à travers une procédure d’enquête criminelle.

Quid Bono?

Alors pour avancer, la simple question quid Bono suffit à tourner le regard vers qui de droit. A qui ce crime profitait-il? A la France? Parce qu’il ne sert à rien d’accuser les gens par machiavélisme. Pourquoi faire une fixation sur des gens, alors que non seulement les apparences les innocentent, mais vous-mêmes n’arrivez à rien prouver contre eux? Seriez-vous à tout hasard, le seul homme au monde à s’entêter à ne pas changer de pas de danse, au moment où la musique exige un tempo? Tout le monde sait que Laurent Gbagbo et sa famille ont toujours clamé leur innocence et ont exhorté la justice française à ne travailler que sur le terrain judiciaire. Hélas, peine perdue, alors dites-nous sous peine d’être vous-mêmes mis en cause, où sont le ou les coupables? Nous Ivoiriens, mais aussi Africains savons que le président Gbagbo n’est pas un homme stupide. Il ne peut pas demander une enquête et faire assassiner celui qui diligente celle-ci. Si Monsieur le juge voulait bien faire progresser cette enquête, il pouvait également explorer les pistes de ceux qui tapis dans l’ombre, profitent du fruit du labeur des braves paysans. Il y a des gens qui ne savent pas à quoi ressemble un cacaoyer mais, sur papiers, sont de grands exportateurs de fèves. Alors nous commençons à être fatigués de cette affaire Kieffer dans laquelle aucune volonté manifeste ne vient inquiéter ceux qui avaient de bonnes raisons de voir disparaître celui qui voulait mettre du sable dans leur source de profit, en dénonçant les malversations dans la filière café-cacao. Un juge qui ne fait pas avancer une cause est-il le seul magistrat en France qui doit régler ce problème –là ? Un juge qui fait plus de politique que du droit, ne doit-il pas être récusé par la famille du disparu ? Jusqu’à quand doit-on se limiter à subodorer et soupçonner les gens au lieu de dire le droit ?

La présomption d’innocence

Dans l’affaire Kieffer, le juge Ramaël a tellement tiré sur la corde politique que les journalistes répondent en échos pour transformer un simple suspect en accusé. Or dans le droit français la présomption d’innocence est une garantie à la fois de respect du droit de la défense mais également d’un procès équitable. Le suspect est défini comme « toute personne physique au sujet de laquelle le procureur possède des informations fiables qui tendent à montrer qu’elle aurait commis une infraction relevant de la compétence du tribunal ». Ainsi défini, un suspect n’est pas un accusé encore moins un coupable. Le flou artistique et les témoins fallacieux à la Seydou Berthé plus enclins à la mendicité qu’à la lutte pour la manifestation de la vérité, sont mis très en avant au point que les vraies pistes qui devraient mener aux criminels sont laissées de côté. Pourquoi donne-t-on l’impression que l’on fait du cinéma dans un drame humain comme le cas de G.A Kieffer? Pourquoi le juge d’instruction Ramaël tend-il plus l’oreille aux commérages qu’au recoupement des informations plus crédibles. Entre le souhait de voir condamner certaines personnes et la réalité, il y a la présomption de l’innocence que semblent ignorer et le juge et à certains égards, la famille du disparu. Que vient chercher une ancienne concubine alors que la Ghanéenne Affoua, la dernière épouse de G.A. Kieffer a été tuée par des gens qui recherchaient des enregistrements et ont mis tout sens dessous dessus au domicile de Kieffer? Et si réellement les assassins étaient ceux qui prétendent être aux côtés de la famille du disparu? Et si Kieffer vivait quelque part en Israël? Pourquoi veut-on absolument que, si mort il y a eu de Kieffer, ce soit le fait de Laurent Gbagbo et de ses proches? A voir le spectacle juridico-comique des autorités françaises, on n’est pas loin d’arriver à la conclusion que la France, comme une chienne, n’a pas fini de manger ses propres enfants! Seulement, elle cherche des boucs émissaires pour noyer le poisson de son vœu.

Louis-Freddy Aguisso

Infodabidjan.net

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