The International Criminal Court's chief

Il y a de cela quelques jours, le monde des internautes apprenait l’affaire d’un courrier que le procureur de la cour pénale internationale (CPI), le magistrat argentin Luis Ocampo aurait adressé à M. Guillaume Soro. Cette lettre publiée sur la toile de l’internet avait pour objet : félicitation de M. Guillaume Soro, député de Ferkessédougou, pour sa « brillante élection » comme président du Parlement ivoirien.

Pour être procureur, M. Luis Ocampo n’est pas moins homme. De ce fait, qu’il fasse un courrier à un autre homme qui se trouve être un nouveau député qui, plus est, accède au perchoir, ne devrait pas susciter de problèmes.

Seulement, Monsieur Ocampo n’est pas n’importe qui ; c’est la personne qui est chargée d’inculper les criminels des droits humains à la cour pénale internationale. L’autre personne, c’est-à-dire M. Guillaume Soro, est le chef rebelle qui a endeuillé la Côte d’Ivoire de septembre 2002 au 11 avril 2011 et au-delà.

Par ailleurs, après le transfèrement de M. Laurent Gbagbo, pour les mêmes crimes commis par les hommes de ce même Guillaume Soro, les bruits courent que d’autres personnes dans le camp des rebelles dont les chefs de guerre et leur patron Soro, vont rejoindre le président Gbagbo à La Haye. Et, tout le monde s’accorde à dire que M. Alassane Ouattara et son lieutenant Guillaume Soro, sont les alter egos de M. Gbagbo dans cette histoire. C’est dire que ces deux messieurs sont sur la liste des potentiels inculpables.

Alors, adresser une lettre de félicitation à un probable prisonnier de la CPI, de surcroit, par son geôlier en puissance, met tout le monde mal à l’aise et est de nature à décrédibiliser la cour pénale internationale. D’où, deux questions fondamentales se posent, à savoir :

Primo, à quoi répond cette lettre de félicitation, spécialement à M. Soro ?

Secundo, que recherche M. Soro en publiant cette lettre très amicale du procureur Ocampo ?

 La lettre de félicitation du procureur Ocampo à M. Soro : info ou intox ?

Nous savons bien que la toile de l’internet rend possible toutes sortes de montages. Si bien qu’il faut savoir raison garder et ne pas croire facilement que ce haut magistrat a pu s’abaisser à ce point. Il serait le dernier des humains à ne pas savoir qu’un tel courrier n’aurait pas d’autre fin que de dévoyer l’institution qui l’emploie. Par ailleurs, dans cette veine, nous avons déjà vu sur le net, le corps de M. Alassane Ouattara dans un cercueil, et pourtant, il n’a pas ressuscité. Toujours est-il qu’il est en Côte d’Ivoire, bien planté sur ses deux pieds. Au plus fort de la crise ivoirienne, nous avons vu une jeune dame baignant dans un liquide rouge-sang, au quartier Abobo-gare, précisément à Abidjan. Un autre jeune homme fit le mort au siège de l’ONU-CI, non loin de l’hôtel Sébroco, toujours à Abidjan. Ces deux personnes sont encore et toujours bien vivantes. Leur manège n’a pas échappé à l’œil de la caméra qui filmait et enregistrait tous les sons alentours. Nous avons donc entendu, clairement des propos s’adressant aux supposées victimes. Notamment, il était demandé à la jeune dame de rester en place car le film continue de tourner. Quant au jeune homme, la suite du film l’a fait voir se lever et marcher. Ces mensonges ont servi de base à la décision 1975 du conseil de sécurité visant les armes lourdes du camp LMP. Tous ces exemples cités, nous rappellent que le camp Ouattara n’en est pas à son coup d’essai en la matière.

Mais bien plus, si c’est pour démontrer que le magistrat argentin a des accointances avec son futur prisonnier et que fort de cela, M. Soro Kigbafori Guillaume n’ira pas en prison, c’est mal connaître la nature des crimes reprochés au chef rebelle de son état. On qualifie ces faits simplement de crimes contre l’humanité. Ils sont par conséquent imprescriptibles. Si M. Ocampo ne les instruit pas pour les faire punir, quelqu’un d’autre le fera plus tard. A preuve, dans le même temps, peu après la parution de ce courrier de félicitation, Madame Bensouda, la remplaçante de M. Ocampo est venue en Côte d’Ivoire. Et, selon toute vraisemblance, elle aurait rappelé à M. Ouattara que la CPI n’est pas dans le tango qu’il exécute par un pas en avant et deux en arrière. Il faut que personne n’échappe à la justice internationale, semble dire, Madame Bensouda. Alors si cette mascarade qui, du reste, est inimaginable et insolite dans les annales de L’ONU, avait pour but de préparer les esprits à une éventuelle impunité des rebelles et de leur chef, ce montage n’aura été qu’un flop. C’est tout simplement de l’autocélébration sans avenir. Comme quoi, la peur change de camp, car c’est pour se donner du contenu devant l’implacable appareil de la CPI que les partisans de M. Soro ont fait ce montage. Mais, si réellement ce courrier avait existé, quel sens faudrait-il lui donner ?

 Le sens du courrier du procureur Ocampo

Il y a des métiers qui, de par leur nature, imposent un devoir de réserve à ceux qui les exercent. C’est notamment le cas du fonctionnaire en général, et du magistrat en particulier. Eu égard à l’âge et au rang occupé par le magistrat argentin, il nous semble mal venu d’adresser un courrier amical de félicitation au prochain pensionnaire de La Haye. Non seulement il met à mal la réputation de la cour pénale internationale, mais il est surtout maladroit, car ce serait plutôt un abus que d’utiliser l’en-tête de la CPI pour un courrier privé, n’ayant aucun rapport avec les missions de cette institution.

Dans l’hypothèse où ce courrier serait vrai, le fait de féliciter un homme pour qui on a de l’admiration ne dit pas qu’on s’interdit de le poursuivre. En plus, on peut dire, sans risque de se tromper, que le procureur argentin a souvent été contredit par ses pairs de La Haye. Nous avons encore en mémoire les récriminations de certains journalistes occidentaux qui taxaient les sorties du procureur Ocampo de « plus politiques que juridiques ». Récemment, il avait voulu donner dans la facilité, en voulant limiter son enquête aux évènements post électoraux dans la crise ivoirienne. Mais, mal lui en prit, quand ses collègues ont demandé de remonter à l’an 2002.

En tout état de cause, une telle lettre serait une embardée juridique de plus et même de trop, qui pourrait coûter une récusation du procureur argentin.

 Du silence radio qui a suivi la publication de ce courrier

Ce silence à notre avis revêt un double sens :

D’une part, on peut comprendre le silence du procureur comme une confirmation de sa volonté de dévoyer sa propre mission. Ne dit-on pas que « qui ne dit mot consent » ?

D’autre part, on peut également l’analyser comme une infirmation d’une telle idée saugrenue…

On peut également faire le rapprochement avec les rencontres aux Etats-Unis entre le procureur et Guillaume Soro, mais aussi entre lui et M. Alassane Ouattara en France. Tout ceci devient une affaire de copinage malsain. Aussi, féliciter un criminel, pour le magistrat argentin, c’est jouer avec le feu. Certes, M. Soro Guillaume peut vouloir chercher à noyer le poisson dans l’eau, avec ou sans la complicité du procureur, mais ne serait-ce pas faire preuve de cécité ou de naïveté de ne pas se référer à Maurice Papon qui, comme on le sait, a été rattrapé par la justice à laquelle il a cru, pendant longtemps, avoir échappé.

Julius Blawa Gueye

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Publié dans : CPI

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