Le président géorgien Mikheïl Saakachvili a effectué le 30 janvier sa première visite officielle à Washington. Du fait de sa situation géographique et grâce à l’orientation fortement pro-Otan du régime actuel – qui rêve d’intégrer l’organisation occidentale –, la Géorgie pourrait aider Washington contre Téhéran.

Obama&Saakashvili._Lisbon._2010Le 30 janvier, le président géorgien Mikheïl Saakachvili a été reçu par son homologue américain Barack Obama dans le Bureau Ovale de la Maison Blanche, à Washington. Une première, car "en dehors des rencontres de travail dans les couloirs de différents sommets internationaux, c'est la première visite officielle de Saakachvili aux Etats-Unis", observe le site caucasien Vesti Kavkaza.

A l’ordre du jour officiel se trouvait le prochain sommet de l’OTAN à Chicago, où la Géorgie espère enfin obtenir la « feuille de route » pour entrer dans l’Alliance atlantique, et la participation très active de Tbilissi dans la coalition internationale en Afghanistan (où 1600 – et bientôt 1700 – soldats géorgiens sont présents sur le terrain, le plus gros contingent parmi les pays non membres de l’OTAN).Cependant, selon des experts, les discussions ont vraisemblablement aussi – et surtout – porté sur la participation de Tbilissi à une possible opération militaire contre l’Iran. Le site d’informations en ligne russe Vzgliad soupçonne Saakachvili de vouloir « proposer le territoire géorgien en cas d’escalade avec Téhéran, justifiant ce pas par le souci de protéger la Géorgie contre ‘la menace militaire’ russe ». L’expert indépendant géorgien Guiorgui Nodia tempère : « Le voyage du président géorgien est en lien avec le renforcement de la coopération américano-géorgienne dans le domaine sécuritaire, notamment à cause de ce qui se passe autour de l’Iran. On peut supposer qu’en cas d’un affrontement avec l’Iran, la Géorgie soutiendrait les Etats-Unis plus activement que la Turquie ou les autres voisins de Téhéran », explique un autre expert de renom, Paata Zakaréïchvili.

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President Barack Obama talks with President Mikheil Saakashvili of Georgia at the Nuclear Security Summit at the Washington Convention Center in Washington, D.C., April 13, 2010. (Photo credit: Wikipedia)

Alors, Saakachvili a-t-il « trouvé une utilité à la Géorgie ? », selon l’expression ironique du quotidien moscovite Kommersant. « D’aucuns pensent que [le 30 janvier] les deux présidents allaient s’accorder sur l’utilisation de l’espace aérien de la Géorgie », analyse l’hebdomadaire de Tbilissi Kviris Palitra. Aux dires de certains observateurs et opposants géorgiens, c’est pour faire de la Géorgie une base arrière en cas d’attaque contre l’Iran que Washington a financé la reconstruction des anciens aérodromes militaires de Vaziani et Marnéouli, et du port de Batoumi, en mer Noire, et sponsorisé la construction de plusieurs hôpitaux dans différentes villes de Géorgie.De quoi en inquiéter plus d’un. D’autant que frapper des cibles stratégiques situées dans le nord de l’Iran depuis le Caucase du sud est « confortable, car envoyer les chasseurs américains Super Hornet depuis un porte-avion américain situé dans le Golfe persique, à deux heures de vol de l’Iran, c’est une chose, mais le faire depuis, par exemple, l’Azerbaïdjan, à 3-5 minutes de vol, c’en est une autre », poursuit le journal.

Oui, mais si Téhéran ripostait sur Tbilissi? « Du nord de l’Iran à la frontière géorgienne [en passant par l’Arménie ou par l’Azerbaïdjan qui partagent chacun une frontière terrestre avec l’Iran] il y a 160 km, et 215 km jusqu’à notre capitale. Une longue distance qui exclut l’utilisation par Téhéran de l’artillerie », tente de rassurer Kviris Palitra, avant de rappeler que le vrai danger serait « un nuage radioactif qui s’abattrait sur la région en cas de destruction de cibles nucléaires iraniennes ».Paradoxalement, c’est l’actuel ennemi numéro un de Tbilissi, la Russie qui, en cas de déclenchement d’hostilités jouerait les boucliers protecteurs pour la Géorgie et l’ensemble de la région. En effet, Moscou dispose de bases militaires à Gyoumri (en Arménie), en Abkhazie et en Ossétie du Sud (républiques séparatistes géorgiennes reconnues par Moscou en 2008), et de la station radar de Gabala en Azerbaïdjan, permettant une détection rapide de tirs de missiles. Ainsi, Moscou peut « verrouiller l’espace aérien du Caucase du Sud. Comme quoi, à quelque chose malheur est bon : grâce à cela [la force de frappe de la Russie], la Géorgie n’entrera pas dans l’Histoire comme base d’opérations contre l’Iran », espère le journal.

Source : courrierinternational

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