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«Sauvez l’or de la Suisse»

«Sauvez l’or de la Suisse»

Suisse 2005 Berne banque nationale

par Luzi Stamm, conseiller national

Lorsqu’un Etat nation veut sauvegarder sa souveraineté, il doit également conserver la souveraineté de sa monnaie. L’euro et l’asservissement de la Grèce qui lui est lié montre très clairement ce qui arrive quand un pays ne peut plus déterminer lui-même sa politique monétaire. Il perd toute indépendance et les Etats puissants lui dictent ce qu’il doit faire.
La stabilité d’une monnaie dépend de nombreux facteurs. Un facteur important, que l’on a supprimé il y a 40 ans pour des raisons financières et politiques, était la convertibilité en or. Après cette mesure, les Etats-Unis surtout se mirent à augmenter continuellement leur masse monétaire et l’Etat ne cessa de s’endetter. Les «plans de sauvetage» de l’UE et les mesures financières prises par les Etats-Unis en faveur des banques en difficultés constituent le point culminant de ce processus. Des centaines de milliards de dollars ont été imprimés et injectés dans des banques pourries.
La Suisse, qui n’a pas adhéré à la zone euro, a pu conserver une certaine indépendance en matière de politique monétaire, mais en adhérant au Fonds monétaire international elle a dû accepter une certaine perte de souveraineté monétaire. En effet, la participation au FMI exige l’abandon de la convertibilité en or et représente par conséquent une atteinte flagrante à la souveraineté monétaire d’un pays.
C’est précisément à cette perte de souveraineté que l’initiative populaire fédérale «Sauvez l’or de la Suisse» s’oppose. Elle demande la transparence sur les réserves d’or, stipule qu’elles doivent être stockées en Suisse – car sinon, elles échappent totalement à leur utilisation par la Suisse – et que les ventes d’or ainsi que celles des réserves de la Banque nationale sont interdites. Ainsi, l’initiative ne contrevient pas aux dispositions du FMI – dont on pourrait discuter – mais assure à la Banque nationale, et donc au pays, des réserves monétaires durables. Elle arrive au bon moment et doit être soutenue.
Dans une brochure intitulée «Rettet unser Schweizer Gold», le conseiller national Luzi Stamm a rassemblé les principaux arguments en faveur de l’initiative. Nous reproduisons ci-dessous des extraits de cette brochure.

«A partir de mai 2000, on a à plusieurs reprises vendu de l’or, notre «trésor national», mais la Banque nationale et le Conseil fédéral ont cessé d’informer sur l’endroit où se trouvait le reste du métal précieux. Inquiets, des parlementaires de tous bords se sont demandé où était stocké l’or de la Suisse. Se trouve-t-il en partie à l’étranger? L’a-t-on peut-être prêté? A-t-il disparu?

Où sont nos réserves d’or?

L’absence de véritable réponse du Conseil fédéral n’a fait que renforcer les soupçons. La réponse du conseiller fédéral Kaspar ­Villiger à la question du conseiller national Paul ­Günter est restée célèbre: «Je ne peux malheureusement pas vous dire où se trouvent ces lingots d’or. Je n’en sais rien. D’ailleurs je ne dois pas le savoir et ne veux pas le savoir.» (Bulletin officiel, 10/3/03)
Ce n’est pas seulement chez nous qu’on fait des mystères. En Allemagne, une rumeur tenace veut que 3400 tonnes de réserves d’or se trouvent depuis longtemps aux Etats-Unis. Et même aux Etats-Unis, après avoir constaté dans les comptes, que le poste «or» est devenu «créances en or», on se demande où se trouve l’or américain. Or il existe une différence considérable entre les deux: les créances en or – y compris l’or prêté – n’existent que sur le papier. Seuls ceux qui possèdent de l’or réel peuvent être rassurés. Un payement ne peut être effectué que si le débiteur possède encore l’or physiquement et qu’il veut ou peut le rendre. Non seulement nous ne savons pas où se trouve l’or prêté par la Banque nationale suisse mais peut-être qu’il n’en reste plus rien. […] Lorsqu’en 1971 des banques centrales étrangères (comme la Banque d’Angleterre) voulurent échanger de plus en plus d’or contre des dollars (au prix fixe de 35 dollars l’once), le président Richard Nixon tira la sonnette d’alarme le 15 août: Il interdit au Trésor américain l’échange d’or contre des dollars, ce qui contrevenait à des accords internationaux importants. C’était une mesure arbitraire digne d’une république bananière.

Naissance d’une bombe à retardement

Cette décision modifia les fondements du monde financier et eut des conséquences qui se ressentent encore aujourd’hui. Ce fut le coup de grâce donné au système de Bretton Woods qui avait créé la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.
En 1973, le système des cours de change fixes s’effondra définitivement et fit place au système des cours de change flottants dans lequel toutes les monnaies variaient librement les unes par rapport aux autres. En octobre 1973 se produisit la première grande récession de l’après-guerre.
Mais la décision de Nixon marqua le début d’une bombe à retardement: tant qu’il y avait des taux de change fixes, on n’avait pas besoin de garanties monétaires. Pour ceux qui produisaient des biens durables (p. ex. des locomotives, des avions, etc.), le nouveau système des cours de change flottants modifia la donne du jour au lendemain. Les garanties monétaires devenues nécessaires ouvrirent au secteur financier un marché tout à fait nouveau et extrêmement rentable.
L’esprit humain a toujours été ingénieux. Grâce à des contrats dérivés, des swaps, des options, des contrats à terme, etc. un nouveau secteur opaque est né où même de nombreux banquiers ne se retrouvent pas. Des instruments permettant des spéculations sans limites ont été créés. Un casino mondial est apparu, incomparablement plus dangereux que le «paradis des joueurs» de Las Vegas.

Les banques centrales accordent des crédits incroyablement élevés

Les conséquences sont dramatiques: autrefois, les gouvernements et le monde des affaires devaient s’accommoder du fait que la création excessive de monnaie (à travers les déficits des balances commerciales qui en résultent) a été pénalisée par l’écoulement d’or. Aujourd’hui, les banques centrales peuvent accorder sans problème des crédits – c’est-à-dire créer de l’argent – à partir de rien. Il n’est même plus nécessaire d’imprimer des billets: il suffit d’un clic de souris sur un ordinateur.
L’opinion publique s’est rendu compte de ce que cela signifie depuis le début de la crise financière (à partir de septembre 2008). C’est la banque centrale américaine, la Fed, qui a enclenché la machine lorsqu’elle est intervenue avec une somme de crédits incroyablement élevée (en 2008 déjà, plus de 1000 milliards de dollars). A Londres, en 2009, les plus importantes puissances financières du monde (le G20, dirigé par les Etats-Unis) se vantaient d’avoir, avec l’aide du FMI, décidé «le plus important programme conjoncturel mondial de l’époque moderne».
La disparition de la couverture or obligatoire donna aux banques centrales – c’est-à-dire à celles qu’ils contrôlaient – un pouvoir illimité. Au lieu de limiter l’argent mis en circulation par les banques d’affaires, elles se firent de plus en plus les sauveteurs de ces dernières, c’est-à-dire leurs complices, et mirent à leur disposition tout l’argent qu’elles demandaient. On oublia les principes de l’économie de marché et donc la possibilité de faire faillite. Dans ce système où les banques centrales sont des «sauveteurs de dernier recours», la discipline n’est plus nécessaire et elle n’est d’ailleurs plus souhaitée par les responsables: On récompense ainsi l’endettement irresponsable. […]

La réaction de la Banque nationale suisse

Suivant le mouvement international, la Banque nationale suisse jeta également ses principes par-dessus bord et augmenta massivement sa masse monétaire. En 2002 encore, elle écrivait, en réponse à la question «Comment la valeur de notre monnaie est-elle garantie sans couverture-or?»: «Tant que la monnaie de papier devait être couverte par de l’or, celui-ci servait d’ancrage. Comme la quantité d’or extraite n’augmentait que lentement, il n’existait guère de risque que l’or et, partant, la monnaie de papier en circulation soient excédentaires. De nos jours, les banques centrales s’engagent à bien doser la quantité de monnaie en circulation. Elles peuvent ainsi garantir le maintien de la valeur de la monnaie. Cet engagement des banques centrales joue aujourd’hui le rôle d’ancrage.» (Brochure «La Banque nationale et l’incontournable argent», BNS, 2002).
Or subitement, il n’était plus question d’«engagement» ni de «bien doser la quantité de monnaie en circulation». La BNS acheta des quantités invraisemblables de devises étrangères (p. ex. des emprunts d’Etat allemands), pour près de 80 milliards de francs au cours d’un seul mois (et en août 2011 encore une fois pour 100 milliards de francs). En peu de temps, elle porta ses devises à plus de 250 milliards de francs et enregistra des pertes de plusieurs dizaines de milliards de francs car l’euro et le dollar avaient perdu de leur valeur. Même si on est d’avis que ces interventions étaient défendables, voire justes, on peut se demander pourquoi la BNS n’a pas acheté de l’or avec une partie de ces sommes gigantesques? Cela l’aurait rendue moins dépendante de l’évolution politique des pays de la zone euro et des Etats-Unis.

Pressions étrangères?

Il est important de se demander si, lors des décisions sur les ventes d’or, les achats de quantités considérables d’euros ou l’octroi de crédits au FMI, les personnes qui définissent la politique de la BNS agissent par conviction ou sous la pression de l’étranger.
On a de fortes raisons de penser que la BNS se laisse associer à des décisions prises par l’étranger. Pourquoi, par exemple, la direction de la BNS s’est-elle si fortement engagée que le Parlement a accepté des crédits supplémentaires de plusieurs milliards au FMI (pour le «plan de sauvetage de l’euro»)? Pourquoi s’est-elle laissé convaincre d’acheter d’énormes quantités d’emprunts d’Etat allemands?
Et pourquoi, à partir de 1996, a-t-on parlé soudain d’or «excédentaire» qui pouvait être vendu (groupe de travail «Politique de placement et distribution des bénéfices de la BNS»)? Y a-t-il eu des pressions intérieures (de ceux pour qui l’or devait enfin rapporter de l’argent) ou des pressions extérieures? C’était l’époque où la Suisse subissait de lourdes pressions des Etats-Unis visant à lui faire verser des milliards pour de prétendus manquements commis pendant la Seconde Guerre mondiale. On en vint à suggérer que la BNS vende pour 7 milliards de francs de ses réserves d’or en faveur de la «Fondation de solidarité» (1997). Il s’en est suivi l’«Accord de Washington sur l’or» par lequel la BNS convenait d’effectuer la vente d’or prévue, alors qu’à l’époque du moins, il n’existait pas de base légale pour les ventes d’or. […]

Notre indépendance est en jeu

Qu’on lise ce que le journaliste financier allemand Bruno Bandulet écrivait dès 1996 dans son ouvrage intitulé «Die Finanzkrise und die Zukunft des Goldes» (ISBN 3-907983-24-6) où il montrait avec une clairvoyance étonnante que dans des pays comme la Grèce, une inévitable crise de la dette se préparait.
Il insistait sur le fait qu’une monnaie nationale solide était un gage d’indépendance et il ajoutait: «L’indépendance politique sans souveraineté monétaire est impensable. […] Jusqu’à maintenant, la Suisse a réussi à échapper aux attaques, mais il faut mettre en garde contre les illusions prématurées. La bataille du franc suisse n’est pas encore tranchée. Il faut s’attendre à de nouvelles tentatives de circonscrire et d’absorber le franc suisse.»
On peut comprendre que les puissants de ce monde n’aient pas intérêt à ce qu’existe une Suisse petite, indépendante et possédant sa propre monnaie et sa propre banque centrale indépendante. On peut comprendre également que Bruxelles veuille abolir les anciens Etats d’Europe par le biais de la monnaie commune (la Banque centrale européenne remplace les anciennes banques centrales nationales). Mais ceux qui souhaitent que la Suisse reste un pays indépendant et riche doivent lutter en faveur d’une banque nationale forte qui soit en mesure de résister aux crises grâce à d’importantes réserves d’or. Une monnaie et une banque nationales comptent parmi les conditions essentielles de l’indépendance de notre pays. Plus nos réserves d’or resteront importantes à longue échéance, plus la Banque nationale sera indépendante.»    •
(Traduction Horizons et débats)

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