Permanence Oumar Lamine Badji à Dakar (permane...
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Mais où est donc le Parti démocratique sénégalais (Pds), cette redoutable machine de guerre électorale, cette machine à gagner, ce rouleau compresseur qui écrasait tout sur son passage ? Qu’est devenu ce formidable instrument de mobilisation populaire, cet appareil tentaculaire implanté à travers tout le territoire national et qui empêche l’ancien Premier ministre, M. Idrissa Seck, de dormir tellement il est convaincu que son contrôle, voire sa possession, lui ouvrirait grandement les portes du palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor ?

Apparemment, cette courroie de transmission, œuvre de toute une vie de l’actuel président de la République, qui l’a bâtie à coups de sacrifices, y ruinant même sa fortune, cette courroie, donc, s’est grippée. En tout cas, la mécanique n’est plus aussi huilée que jadis et elle connaît des ratés inquiétants surtout au moment où son propriétaire a le plus besoin d’elle. Jouant son maintien au pouvoir et devant mener la « mère des batailles » face à un ancien Premier ministre défénestré justement parce qu’on le soupçonnait de vouloir mettre la main sur le parti — un reproche aussi adressé auparavant à M. Idrissa Seck —, le président Abdoulaye Wade ne peut malheureusement plus compter sur son parti. Lequel n’est, de toute façon, plus en ordre de bataille, démobilisé qu’il est depuis longtemps par celui-là même qui l’avait fondé et en avait fait une armée de choc. Car le Pds, c’était avant tout des militants convaincus, prêts à tous les sacrifices, à courir tous les risques, y compris le risque suprême, et pour qui la prison était une seconde demeure, en tout cas le passage obligé vers le pouvoir. Et face aux gigantesques moyens des socialistes alors au pouvoir, les militants et responsables du Parti à l’épi de mil avaient opposé leur foi aveugle à un homme qui incarnait l’espoir à leurs yeux et qui était pour eux un messie, voire un prophète, celui du « Sopi ». A pied, à vélos, à dos d’âne ou de cheval, à bord de charrettes, voire de cars rapides ou de Ndiaga Ndiaye, ces militants intrépides ont sillonné le Sénégal dans ses moindres coins et recoins pour porter la bonne parole du Pape du Sopi. Bien évidemment, le chemin a été long et semé d’embûches. Beaucoup n’ont pas pu tenir le coup et ont jeté l’éponge. D’autres ont cédé aux menaces, au chantage, aux intimidations voire aux espèces sonnantes et trébuchantes de l’adversaire socialiste. Certains ont même payé de leur vie ce combat pour le « Sopi », le changement.

En 2000 arrive, justement, le changement tant attendu. Les compagnons historiques s’attendaient donc à  être récompensés, à récolter les fruits de leur long combat.

Force est de reconnaître qu’ils le furent dans leur grande majorité. Mais de majorité, justement, le Pds n’en avait pas sur le plan électoral en accédant au pouvoir tout comme il manquait cruellement de cadres. Or, les élections législatives pointaient à l’horizon et il fallait absolument les gagner pour se libérer du soutien encombrant d’alliés comme M. Moustapha Niasse. Comment faire pour se constituer cette majorité électorale ? Eh bien, en allant chercher les troupes là où elles se trouvaient, c’est-à-dire chez l’adversaire défait, le Parti Socialiste et ses gros bataillons ! D’où le phénomène de la transhumance consistant à encourager les porteurs de voix socialistes à rejoindre les prairies bleues libérales. En même temps, il fallait recycler les cadres de l’ancien régime pour faire tourner l’appareil de l’Etat et les sociétés nationales. Souvent beaucoup plus expérimentés, plus roués, plus riches aussi, les nouveaux venus ne tardèrent pas à s’incruster à tous les niveaux du Parti démocratique sénégalais, jusqu’à entrer dans le saint des saints, le Comité directeur, là où les responsables des années  de braise étaient laissés en rade. Un exemple flagrant de cette injustice subie par les « historiques » : Mme Seynabou Wade, actuelle maire de Colobane, Gueule Tapée et Fass. Du temps où le Pds était dans l’opposition, elle devait faire face, dans ce qui constituait les limites territoriales de la deuxième coordination du Parti Socialiste, à Mme Léna Diagne Fall, alors tout auréolée de son opération « Une femme, un gramme d’or » organisée pour venir en aide aux victimes de la grande sécheresse des années 70 et du début des années 80. Léna, c’était une force de frappe financière sans précédent.  Quant à Seynabou Wade, elle était contractuelle à la Lonase à l’époque. Malgré tout, avec ses faibles moyens, elle a essayé de porter haut le flambeau du Pds durant toutes ces années-là. Et les jours d’élections, c’est sans ménagement que les gros bras de la responsable socialiste la bousculaient. Lorsque survient l’Alternance. Mme Léna Diagne Fall migra avec armes et bagages vers le Pds. Mieux, elle est entrée au Comité directeur, là où la brave Seynabou Wade végétait dans les instances inférieures. Il y a mieux. Entre les deux tours de la présidentielle de 2000, un débat est organisé entre les deux tours, opposant les représentants des deux candidats qualifiés. Mme Seynabou Wade se bat comme une tigresse contre l’avocate du candidat Abdou Diouf. Laquelle traite le candidat que Mme Wade défendait de « Fantomas ». Eh bien, quelques mois plus tard, cette même représentante de M. Abdou Diouf, Mme Aïda Mbodj pour la nommer, non seulement adhère au Pds, non seulement entre au gouvernement (ce qu’on peut concevoir à la rigueur) mais encore trône au Comité directeur du Pds ! Autrement dit, elle est devenue la patronne politique de Mme Seynabou Wade qui militait au Pds depuis les années 70 !

Le cas Seynabou Wade est emblématique des injustices subies par les militants et les responsables historiques du Pds, lesquels ont été progressivement relégués au second rang de leur parti au profit de transhumants et d’opportunistes de la pire espèce qui y tiennent aujourd’hui le haut du pavé. En même temps, le président de la République lui-même s’est coupé de ses compagnons de traversée du désert pour ne plus s’entourer, du moins pour l’essentiel, que de ces militants de la 25ème heure. Lesquels ont fini de s’emparer des leviers de commande du Pds. Mieux, plutôt que de faire confiance aux « enfants » de ce parti pour leur confier les rênes et préparer l’un d’entre eux à prendre la relève, il a systématiquement broyé tous ceux d’entre eux qui faisaient simplement mine de regarder son « fauteuil ». Idrissa Seck et, ô cruelle ironie, M. Macky Sall feront les frais de ces purges qui rappellent celles de la pire époque stalinienne. Pis, le Pds qui s’est massifié après son accession au pouvoir, n’arrivait plus à digérer tous ces nouveaux venus. Résultat : les tentatives de renouveler ses instances se sont transformées partout en foires d’empoigne et se sont effectuées à couteaux tirés. Pour ne pas voir son parti imploser, Wade a ordonné de tout arrêter. Impossible de savoir qui pesait quoi à partir de ce moment-là. Et comme si cela ne suffisait pas, des opportunistes regroupés autour de son fils — dont la sincérité est incontestable — ont tenté de lancer une Opa sur le Pds mais en avançant masqués et en se réfugiant derrière la « Génération du concret », un machin dont on ne sait si c’est un parti politique, un mouvement de soutien ou un gouvernement parallèle.

Autant de choses qui ont fait que le Parti démocratique sénégalais en tant que tel n’existe plus. A l’heure où l’opposition regroupée au sein du M23 investit la rue, il n’y a aucune force organisée pour lui faire face. Et lors du premier tour de la présidentielle, le candidat Wade s’est appuyé sur son directoire de campagne, certes, mais aussi sur les Fal 2012, une coalition composée de partis cabines téléphoniques dont l’apport en termes de voix est plus que discutable. En effet, alors que le Pds seul a toujours fait 30 % de voix environ, avec le soutien de plus de 80 partis alliés, son candidat n’a même pas pu réaliser un score de 35 % au premier tour. Cherchez l’erreur… Et plutôt que de rectifier le tir en faisant appel à des responsables historiques, voilà que Wade relègue au second plan son directoire de campagne et met en place un Comité de pilotage. Lequel est dirigé par… le Pr Iba Der Thiam, un homme qui, dans les années 80, avait créé le mouvement « Abdoo ñu doy » pour soutenir l’ancien président socialiste et qui, jusqu’au lendemain de l’Alternance, était encore contre Wade. En effet, c’est au lendemain de l’accession au pouvoir de l’actuel président qu’il avait créé, avec feu Cheikh Abdoulaye Dièye — père de Cheikh Bamba — et Ousseynou Fall, un candidat malheureux à l’élection de 2000, le pôle « Dëgay mujj » pour s’opposer… au président Abdoulaye Wade.  C’est ce caméléon qui a la responsabilité de coordonner le corps d’armée du Pds pour repartir à l’assaut de l’électorat ! Mais s’il n’y avait que cela. Car devinez qui est chargé de gérer les finances, c’est-à-dire le nerf de cette importante guerre ? M. Mamour Cissé, ex-membre de Benno Siggil Sénégal et leader d’un parti lilliputien qui n’avait qu’un seul élu à l’Assemblée nationale, c’est-à-dire lui. Et encore, un élu qui n’avait pu accéder à l’Assemblée nationale qu’en vertu du plus fort reste. Et dire que la gestion des finances a été retirée à M. Pape Diop, financier du Parti démocratique sénégalais durant la période des vaches maigres, pour être confiée à une girouette politique ! Certes, M. Diop aurait demandé à être décharge des finances pour mieux  battre campagne sur le terrain,n mais n’aurait-on pas pu choisir un autre « sopiste » plus authentique pour gérer les sous ? Ah, on allait oublier, toute la précampagne du candidat Wade a été effectuée par… Mme Aïda Mbodj et son opération « Ma carte, ma caution » qui visait à collecter des fonds pour payer la caution électorale du candidat Wade. Les Pds pur jus étaient réduits au rôle de spectateurs.

Bien évidemment, on ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que le Parti démocratique sénégalais soit invisible sur le terrain, les militants convaincus, les vrais, ayant décidé de se croiser les bras ou de faire service minimum. Obligeant ainsi le « frère » Secrétaire général national à payer de sa personne — en se lançant notamment dans une pitoyable quête de « Ndigëls » — pour espérer se faire réélire. Mais que sont donc les compagnons historiques devenus ?

                                                                                              Mamadou Oumar NDIAYE

Le Témoin N° 1076 –Hebdomadaire Sénégalais (MARS 2012)

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