Dmitri Kossyrev
Mardi 6 Mars 2012
Cinq mythes sur Poutine ou la présidentielle vue de l’étranger

Cinq mythes sur Poutine ou la présidentielle vue de l’étranger
En apprenant que Vladimir Poutine s’était imposé à l’élection présidentielle dès le premier tour, les habitants des pays occidentaux ont émis un bâillement incoercible avant de retourner à leurs occupations. Aux Etats-Unis, la journée ne faisait que commencer, mais les Américains ont eu la même réaction. La raison est très simple : bien que l’élection présidentielle en Russie ait fait les unes de la presse, depuis le début on ne s’attendait pas à un scoop.

La seule discussion intéressante tournait autour du thème de la politique du nouveau président (notamment politique étrangère) après les événements politiques de l’hiver 2011-2012. Autrement dit, à qui aura-t-on affaire, à une Russie forte ou faible?

Les arguments des deux camps

Pour commencer, il faut reconnaître qu’il existe dans le monde bien d’autres sujets importants en dehors de la Russie. Pour l’Europe, il s’agit de la Syrie qui occupe la première place. Pour le Japon on cherche à savoir qui a menti à la population concernant la radiation à Fukushima. En Inde se sont tenues les élections législatives partielles, et la tension faisait des étincelles.
Les Etats-Unis sont également au point culminant de la campagne électorale. Demain se tiendra le Super Mardi, et on saura définitivement si Mitt Romney sera le principal candidat républicain à la présidentielle, ou si le pays se retrouvera avec un système pratiquement monopartite. Et le président Obama se prépare à dissuader le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’attaquer l’Iran. Bref, il faut reconnaître que la Russie est loin d’être une priorité à l’étranger.

En ce qui concerne la Russie, il existe une constante dans les communiqués détaillés et objectifs de la presse occidentale constamment mis à jour depuis Moscou – c’est la première (seconde) phrase, dans laquelle on s’efforce généralement d’inclure l’évaluation des événements. C’est la phrase qui est par la suite tweetée à l’échelle mondiale, et tout se limite généralement à cette phrase (lorsqu’il s’agit d’un public de masse).

Voici un exemple : « Vladimir Poutine tente, dans le contexte des communiqués rapportant les fraudes et les infractions, de réoccuper le poste présidentiel après avoir été premier ministre pendant quatre ans ». C’était le quotidien britannique The Guardian. D’ailleurs, il n’est pas le seul. Partout dans ce paragraphe clé on pourra lire que « les observateurs indépendants et les activistes d’opposition ont déclaré avoir des preuves matérielles de nombreux cas de fraude et d’infractions électorales ».

Non pas que ces faits soient erronés – c’est effectivement le cas. Ils ont réellement des preuves matérielles. Mais on pourrait également ajouter des arguments de l’autre camp. Par exemple, la Commission électorale centrale a annoncé qu’elle disposait d’informations sur des plaintes préalablement préparées contre des infractions électorales, et qu’une grande partie des dénonciations d’infractions était injustifiée. Et ce ne sera également qu’un simple fait. Enfin, il y a aussi des photos sur lesquelles vous ne verrez aucun autre rassemblement que ceux de l’opposition, et des individus cités dans des communiqués.

C’est de cette manière curieuse qu’on respecte un ancien principe journalistique « Ecoute les arguments des deux camps « . Au final, pour commencer les médias forment l’opinion publique, puis les gouvernements déclarent qu’ils sont forcés de la prendre en compte. Ce qui engendre des problèmes.

Des problèmes tels que la Syrie (on ignore qui sera le bénéficiaire des armes si elles sont envoyées à l’opposition syrienne – elles pourraient se retrouver entre les mains d’Al-Qaïda, déclare Hillary Clinton lors des audiences au Congrès), la question de savoir qui a initié la guerre d’août 2008 près de Tskhinvali…

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