LA VERITE RENDRA LIBRE ET LA JUSTICE RETABLIRA TOUT.

QUE CELUI QUI A FAILLI SE RELEVE

« MEMORANDUM »

A l’heure qu’il est, plus personne ne doute, malheureusement la mort dans l’âme, du pire à venir dans notre pays et surtout à endurer, une fois de plus, par le peuple congolais, qui pourrait replonger dans le désarroi d’une dramatique crise politique, sociale et humanitaire, si rien n’est fait pour rétablir en RDC la Vérité des urnes et, avec elle, la confiance du peuple congolais en la Justice.

MEDFLAG 2010, Kinshasa, Democratic Republic of...
MEDFLAG 2010, Kinshasa, Democratic Republic of Congo, September 2010 (Photo credit: US Army Africa)

Voilà pourquoi, fidèle à notre mission et devoir de défendre d’abord l’intérêt du peuple au nom duquel nous nous battons et pour l’intérêt supérieur de la Nation, nous vous adressons, respectueusement, ce mémorandum, en réponse à l’interpellation de   l’Abbé Bosangia Ile, contenue dans sa  courageuse  homélie du 07/01/2012, à l’Eglise Saint Joseph de Matonge.

Notre crainte est d’autant plus grave dans la mesure où, par  amnésie volontairement entretenue ou pas, on laisse les mêmes causes produire les mêmes effets. Qui ignore que les graves conflits et guerres connus dans notre pays, souvent savamment instrumentalisés par la suite à d’autres fins, n’ont-elles pas pris naissance à partir de revendications politiques, entraînant des graves crises humanitaires aux conséquences jamais objectivement évaluées jusqu’à ce jour, mais qui certainement font de la RDC un des pays le plus affectés au monde par un niveau généralisé de souffrance, au point qu’il est le dernier pays de la planète selon l’indice de développement humain (IDH) de l’année 2011 !

Et portant la large majorité des habitants de la RDC sont des chrétiens…

Aujourd’hui, c’est la soif de la manifestation de la Vérité et la nécessité de rendre justice au peuple congolais que pousse notre action, avant que la RDC sombre dans un conflit ouvert de plus grande envergure.

Mais qui  peut rétablir cette vérité ?

La société civile nationale évolue en dents de scie et en ordre dispersé : d’une part les associations de droit de l’homme et autres organisations très limitées, d’autre part, les confessions religieuses, comme dernier rempart moral, divisées « inter » et « intra »,face à la position courageuse à adopter au nom de la Vérité et de la Justice.

L’Eglise Catholique doit sortir de sa position de neutralité abstraite qui ne sert  pas la cause de la vérité, surtout dans le contexte socio-politique actuel :

elle ne peut qu’assumer ses responsabilités, en démarquant son action de celle des forces dites neutres, qui, se cachant derrière leur prétendue impartialité, ne feront qu’assister impuissantes à l’instauration d’une énième dictature en Afrique Centrale, avec son lot de conflits, humiliations et souffrances additionnelles pour le peuple congolais déjà martyrisé.

Autopsie d’un chaos organisé et tombée des masques

Pour l’essentiel, le processus électoral en cours, dont le scrutin du 28 novembre 2011 a été qualifié « d’entaché de graves irrégularités et manque de crédibilité »,continue à être considéré comme un train sans conducteur qui fonce contre un mur !

Les limites intrinsèques de ce processus ont commencés à apparaitre avec la dénonciation de son impréparation, déjà visible dans la non budgétisation des élections pendant les quatre premières années de la législature finissant.

La volonté délibérée d’une CENI in vitro, clonée, taillée sur mesure, excluant la Société civile, volontairement redevable et à la solde d’un camp politique, a été mise en place dans un cafouillage sans merci. Cette CENI aux allures cavalières et à des prétentions démesurément jusqu’auboutistes, imposant unilatéralement à gauche et à droites ses propres vues, torpillant par-ci par-là la Constitution, violant à gré la loi électorale pour finir par avouer ses limites et recourir dans la confusion la plus totale à l’expertise internationale qu’elle finit par flouer sans scrupule a mieux fait de se dévoiler au grand jour.

Deux camps opposés, logiquement constitués aujourd’hui, se disputant la légitimité, l’un au nom du peuple et l’autre au nom… du président sortant.

D’une part, une vraie opposition qui s’est battue, avec toutes les énergies positives qu’elle a pu rassembler au sein d’une la société congolaise désireuse plus que jamais d’alternance politique,  de changement, d’affirmation de l’Etat de Droit; qui a lutté et manifesté, malgré la forte répression, pour la transparence du fichier électoral ; qui a dénoncé, sans être écoutée, les dérives et les failles du processus électoral. Qui a donné de l’espoir au peuple congolais.

De l’autre côté, une mouvance présidentielle, trop sûre des stratégies frauduleuses orchestrées, du contrôle des institutions sous sa coupe, de l’indéfectible accompagnement des partenaires multiformes préoccupés par la sauvegarde  de leurs intérêts partisans ; une mouvance politique qui ne fait pas moins les frais de la contestation et de la dénonciation des irrégularités généralisées, confirmant, à n’en douter, l’autodestruction pragmatique de ses stratégies de fraude face aux clameurs de la Vérité et de la Justice.

Au centre, s’est élevé le peuple, souverain primaire, arbitre et source de toute légitimité qui, comme par un sursaut d’auto-prise en charge et de déterminisme, va incarner le surhomme nietzschéen à même de manifester la volonté de puissance en bravant tout et en imposant un « vote  sanction », malgré la fraude orchestrée et les entraves à la libre expression, un vote pour l’alternance politique qui s’avère à ce jour comme l’unique source de référence pour déceler la « la vérité des urnes ».

Sans oublier ici le réconfort hautement moral de l’engagement sans faille de la diaspora congolaise, qui brille de mille feux et pèse ainsi de tout son poids dans la balance pour le rétablissement de la vérité des urnes.

Et ce peuple, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la RDC, à fait son choix.

Oui, ainsi que nous l’avons tous vécu et reconnu, le peuple vigilant a démasqué beaucoup de tentatives et des cas avérés de tricheries et fraudes massives et a fini par exercer un vote utile.

Les observateurs de tous bords en ont pris acte en reconnaissant que malgré toutes ces irrégularités, le peuple a pu exprimer sa volonté tel que transmise dans les PV authentiques des dépouillements affichés et imposables à tous, PV que la CENI a délibérément ignorés dans ses compilations en les remplaçant par les résultats saisis dans ses centres de traitement, selon les témoignages des observateurs internationaux.

La même CENI, comme un diable dans un bénitier, ne sachant à quel saint se vouer, reconnaissant elle-même ses insuffisances et incohérences, dénonçant ses propres agents, les permutant, qui à gauche, qui à droite, récusant – tout honte bue – l’expertise internationale et par ironie du sort, mettant unilatéralement terme, par la suite, à  la compilation des résultats pour attendre l’arrivée des ces mêmes experts internationaux afin de crédibiliser le processus. Et, coup de théâtre, seulement quelques jours après, cette même institution dite Indépendante reprend la compilation des résultats des élections législatives, de la même manière, sans que les problèmes soulevés ne soient résolus, donnant ainsi l’impression de gérer une affaire personnelle et privée et d’une manière honteusement partisane !

Ce retour à sa plus basse expression l’a immanquablement discréditée à tous égards…

La société civile, diversement constituée, n’a pu faire grand-chose. Si les Associations des droits de l’homme et autres observateurs n’ont pu élever plus loin leurs voix d’une manière audible, les confessions religieuses, en vertu de leur vocation à faire triompher la vérité n’ont pas pu donner, à ce jour, le meilleur qu’on attendait d’elles, à quelques exceptions près.

Alors que l’Eglise catholique, eu égard à son importance en nombre de fidèles et par rapport aussi à sa large couverture géographique, doublée de son expertise avérée dans l’éducation civique, à travers la CENCO et par l’entremise Son Excellence Mgr Fridolin AMBONGO BESUNGU, Evêque de Bokungu-Ikela et Président de la Commission épiscopale Justice et Paix, declara sur les antennes de la RFI le  21/11/2011 :

« Le rôle de l’Eglise, c’est de dire la vérité. Si les résultats des urnes contredisent ce qu’annoncera, je ne le souhaite pas, la Céni, notre rôle sera de faire comprendre au peuple que c’est ça le vrai résultat »,

ellea, par la suite, déçus les congolais en général et le croyants, en particulier, lors de la conférence de presse de la Cenco du 4 décembre 2011, où sa position – définie par certains organes de presse internationale comme un revirement – était vivement attendue pour régulariser la proclamation des résultats provisoires de la présidentielle, inoculés, comme de gouttes de poison, par la CENI dans l’opinion publique congolaise.

Ce faisant, la Cenco a contribué à réconforter la direction de la CENI dans ses gesticulations et donnant même l’occasion à certaines forces partisanes d’ exploiter abusivement sa nouvelle prise de position, pour enfin voir, tardivement, la même CENCO commencer à sortir, après coup, son artillerie – le 8 décembre 2011 -, sans effet escompté, le vin ayant été déjà tiré.

La CENI, rassurée d’atteindre ses objectifs face à des témoins qui avaient décidé de devenir aphones, a foncé dans ses projets néfastes….

Enfin, il a fallu plus de courage à Son Eminence le Cardinal Monsengwo pour assumer son rôle prophétique au prix du martyr dont il porte la marque dans ses insignes cardinalices, pour remettre la pendule à l’heure dans sa conférence de presse nécessaire, incontournable et salvatrice pour l’Eglise Catholique du 12 Décembre 2011, où il déclara en substance que les résultats publiés par la CENI n’étaient conformes ni à la vérité ni à la justice.

Vite fait, l’autre Eglise des frères séparés (protestants), loin de venir à la rescousse, va se livrer à une diatribe rappelant la vieille époque des reformes pour s’en prendre éperdument aux propos de Son Eminence, dans une déclaration que, heureusement, ne  reconnaissent pas les autres membres de l’ECC.

Les kimbaguistes, acquis d’avance par la consigne de vote de leur père spirituel – qui d’ailleurs ne fut pas du tout suivie, au regard des résultats de Kinshasa et du Bas-Congo où se comptent la majorité de ses membres – ont brillé, par la suite, par un silence gêné.

Les musulmans, quant à eux, ont laissé porter leur voix par leur Imam Président, dont le comportement dans le Comité de médiation dit tout. Alors qu’on attendait le compte rendu de l’audience auprès de M Kabila, tel qu’annoncé par ce Comité à l’issue de l’audience auprès du Président Etienne Tshisekedi, on l’a vu débité la prière la plus expressivement partisane des toutes le jour de l’investiture et aux allures rappelant l’époque des  croisades, mettant ainsi une croix sur les efforts du Comité de médiation, mort-né.

La Communauté internationale, très embarrassée, soufflant le chaud et le froid, jouant à la souris et au chat, avec des tonalités différentes selon les accointances des uns et des autres avec un camp, mettant  en sacrifiant l’intérêt du peuple sur l’autel du mythe d’une stabilité abstraite, pense s’octroyer sans égratignure, une voie de sortie honorable qui franchement, elle ne mérite pas.

Alors que le Parquet général de la République s’est désintéressé de tous les cas de flagrance dont la saisine nous aurait évité tous ces cauchemars, invalidant, comme prévoit la loi électorale, la candidature du candidat dont le nom ressort dans tous les cas de bourrage des urnes, la Cour Suprême, quant à elle, s’est vite attelée, comme un mouton de panurge, à rendre mot à mot un arrêt lui dicté, sans la moindre observance des procédures élémentaires en la matière, en proclamant, nuitamment et loin des regards hostiles de la majorités des congolais, son « élu », confirmant ainsi les accusations de partialité déjà dénoncées par l’opposition politique congolaise.

Enfin, le gouvernement sortant, metteur en scène de la tragédie macabre que le peuple congolais vit aujourd’hui, s’est fait rattraper par ses propres turpitudes et sa passivité face aux structures parallèles de pouvoir, au point de ne pouvoir plus exercer aucune autorité morale dans la crise actuelle.

Les pouvoirs d’état en question : exécutif, législatif et judiciaire opère-t-ils  dans un esprit républicain ?

Le gouvernement de la République ayant sciemment cautionné l’impréparation et la tricherie jusqu’à la dérivé actuelle, ne devrait-il pas se remettre en question ?

Les parlementaires sortant, surtout ceux de la majorité sortante, pour n’avoir pas eu le courage de dénoncer jusqu’au boycott les insuffisances et irrégularités de tous bords, particulièrement celles  ayant cautionné et entériné la configuration actuelle de la CENI, excluant la société civile, consacrant ainsi un déséquilibre partisan entre tendances politiques, ne trouve-t-ils pas ici des raisons pour reconnaitre sa trahison par rapport à son rôle constitutionnel de contre poids du pouvoir pour les intérêts supérieurs de la Nation et pour ceux du peuple? Ne se retrouvent-ils pas, les membres de cette majorité présidentielle, avec des conflits électoraux en son propre sein ? Et cette majorité présidentielle, avec ses satellites, n’est-elle pas à la base du 90% des 19.000 candidatures aux élections législatives, lancées pour confondre les électeurs et mieux manipuler un processus enfanté dans le chaos?

Et même l’ancienne CEI, arborant l’hypothèse de se pérenniser, ne se reproche-t-elle son activisme audacieux en se maintenant en place au-delà de son rôle, arrivant jusqu’à proposer un calendrier inconstitutionnel ?

Et plus particulièrement, le Président actuel de la CENI, qui ne s’offusque de se galvauder, en toute circonstance, de son titre de répondant direct de l’institution, Révérend Pasteur de son état, évoquant intempestivement Dieu et le plaçant partout, sauf au-dessus de tout, ne peut-il pas revoir sa théocratie balbutiante et pleines de contradictions?

Les membres de l’opposition parlementaire représentés à la CENI, ne se reprochent-ils pas d’avoir préparé, d’une manière ou d’une autre, le lit d’un forcing au camp adverse sans poser aucun acte pour se dissocier et dénoncer un processus électoral indiscutablement fallacieux, au point de faire douter leur propre composante, de leur irréprochabilité ?

Les contradictions « inter » et « intra » au sein de la société civile, les hésitations, la duplicité consciente des uns, les demi-mesures des autres, n’ont-elles pas eu raison de l’ascendance morale éminemment attendue d’elle ?

La Communauté internationale ayant fait usage de deux poids, deux mesures dans l’accompagnement de ce processus par rapport à des cas similaires. Les uns voyant leurs recommandations ignorées sans crainte de représailles, les autres prenant timidement bonne note sans prendre acte en entretenant ainsi un flou artistique diplomatique ; les autres encore, critiquant tout par rapport aux preuves qu’ils détiennent, sans les opposer à quiconque au moment opportun au lieu de se contenter de bouder l’investiture ou de menacer des représailles vouées à augmenter la souffrance du peuple déjà suffisamment meurtri.

Cette communauté internationale, incluant naturellement la MONUSCO, peut-elle se soustraire au jugement d’un imaginaire collectif congolais la qualifiant de complice pour non-assistance à personne en danger ? Et comment honnêtement imaginer que de l’équation qui voit   «le  peuple » contre « l’état » puisse ressortir une quelconque stabilité, si chère aux gestionnaires des multinationales qui exploitent les ressources naturelles du Congo ? En réalité, de la fraude massive ne peut que découler l’instabilité et l’ingouvernabilité à bref, moyens et long terme.

Interpellations d’ailleurs

A suffrage clair, légitimité incontestable ; regardons au tour de nous, ce qui se passe ailleurs….

17 décembre 2010. L’humiliation de trop ! Mohamed Bouazizi s’immole par le feu en Tunisie. Par le sacrifice d’un de ces êtres méprisés par les régimes imbus de leur toute-puissance, l’Histoire bascule. Dans le monde arabe, certes, mais c’est en Afrique !

Depuis un an, des pouvoirs réputés inébranlables se sont effondrés, comme pour rappeleraux dirigeants politiques qu’il vaut mieux s’assurer d’avoir réellement le suffrage – l’adhésion – de leurs peuples, pour espérer gouverner sans craindre d’être chassé, comme Ben Ali, arrêté, comme Moubarak ou Gbagbo, ou lynché, comme Kadhafi ;

Quelle est l’enseignement de l’histoire contemporaine à retenir ?

Les élections gagnées à la faveur d’irrégularités patentes ne vous mettent à l’abri de rien !

Les victoires remportées sur une opposition muselée ou contrainte au boycott par un dispositif grotesque de fraude ne signifient rien !

Les scores vertigineux (60%, 80%, 90%, 100%) ne sont que vanité, si les populations qui vous les accordent sont tenues par la terreur !

Les scores inférieurs à la majorité qui vous font roi, parce que vous avez décidé, subitement, un jour, de changer le mode de scrutin pour une proportionnelle de convenance, tripatouillant « à la hussarde » la Constitution adoptée, elle, par referendum, sont tout aussi vains.

Au fond, c’est de légitimité que l’on vous parle !

Le vote ne peut être une formalité que l’on expédie vite, dans une impréparation visible à l’œil nu, juste pour renouveler son bail à la tête d’un Etat, pour perdurer ainsi au pouvoir.

Dans l’Afrique d’aujourd’hui, les élections approximatives, avec des irrégularités que l’on minimise, comportent plus de risques (collectifs et individuels) que d’avantages. La meilleure assurance contre une fin  humiliante ou même tragique est de s’assurer que l’on tient sa légitimité de la majorité et que l’on gouverne dans l’intérêt du peuple.

Bien sûr, il y aura toujours dans l’entourage d’un chef d’Etat (surtout en Afrique), des courtisans, pour lui faire croire qu’il a la population avec lui, même quand ce n’est pas le cas. Mais lorsque les choses tournent mal, les foules en colère pourchassent rarement les courtisans et les griots (même si en RDC cela semble changer, aux soins de la diaspora…).

Qui se souvient de Moussa Ibrahim, éloquent porte-parole du colonel Kadhafi, qui se mentait à lui-même et a menti, jusqu’au bout, à son maître ?

L’Histoire est en marche ! En lettres de feu et de sang, l’humble Mohamed Bouazizi en a écrit les premières lignes. Les peuples arabes et africains savent, à présent, que ce sont eux qui auront le dernier mot. Ils ont beau être écrasés par les tyrans, abusés par les despotes ou floués par les margoulins, l’heure a sonné pour chaque peuple de s’écrier : « Nous n’avons plus peur ! Nous ne nous laisserons plus faire ! ».

Et comment taire et ne pas y voir un parallélisme frappant avec le geste désespéré, mais hautement symbolique, de Cedrik Nyanza de Boma, ce jeune congolais  qui s’est immolé par le feu –  comme Bouazizi – le lendemain de l’annonce des résultats provisoires des élections présidentielles 2011 en RDC ?

Comment ne pas y voir un signe annonciateur d’un changement plus profond dans notre société, de notre jeunesse, au bord du désespoir le plus absolu, après des années de mauvaise gouvernance qui la prive de son futur ?

Elections bâclées et confiscation du pouvoir

Au menu de ces derniers jours de la tumultueuse année 2011, encore de la violence politique, des morts, et du gaz lacrymogène à volonté. Le Sénégal et la République démocratique du Congo, à la une de cette actualité déprimante, éclipsent quelque peu les événements qui ont ravivé la foi que l’on nourrit encore en l’avenir de l’Afrique.

Un premier mort, au Sénégal, en rapport direct avec la présidentielle de février prochain ! Des hommes de main, qui opèrent comme une milice privée, sont entrés en action, et cela n’augure rien de réjouissant. Et c’est en marge de cette violence que le président Wade vient de se faire investir par son parti, pour briguer un troisième mandat. Mais la détermination ne faiblit pas chez ceux qui veulent l’empêcher de se présenter. Pour éviter une déflagration, nombre de Sénégalais tentent de se persuader que les juges du Conseil constitutionnel, dans un sursaut ultime de courage, peuvent encore invalider la candidature du chef de l’Etat sortant.

Lorsque l’on tue avant les élections, il y a des risques que l’on tue pendant et après le scrutin.

La RDC en est la triste illustration. Les mêmes causes portent aux mêmes effets. Et si l’on le laisse faire, par irresponsabilité et félonie collective, Kabila, comme Wade, trouvera encore une astuce pour se lancer dans un troisième coup de force…

Ceux qui, en dépit de toutes les alertes, ont organisé les élections bâclées du 28 novembre dernier, peuvent se vanter d’avoir précipité le Congo dans l’inconnue.

A quoi sert-il donc de voter, si c’est pour se retrouver avec un pays où la légalité est à l’opposé de la légitimité ?

D’un côté le peuple, de l’autre la force !

Comme si le drame de la Côte d’Ivoire n’avait servi à rien : deux gouvernements, deux armées et, finalement, des milliers de morts dus au pourrissement de la situation.

Et que dire des centaines de morts congolais, à partir du 26/11/2011, dernier jour de campagne électorale et les jours suivants, des centaines de jeunes enlevés dans leurs maisons et portés disparus?

Comment justifier ces corps sans vie emportés en RDC par leurs bourreaux, enterrés dans des fosses communes à l’insu des familles et sans une digne et sainte sépulture ? Comme s’il s’agissait de sacrifices humains à l’imposture.

Joseph Kabila a prêté serment, contre tous et tout. Mais la « fête » se situait dans un microclimat sécurisé, derrière des grilles bien gardées, à l’abri du peuple qui lui est hostile, dans un camp militaire reconstitué : elle ne peut se considérer comme une vraie investiture démocratique. Elle reste illégitime.

Même la symbolique n’y était pas. Et que dire de la défection des chefs d’Etats africains annoncés ? Quant à la présence incongrue du seul Robert Mugabe, l’on se demande encore s’il faut le rajouter au prestige ou au discrédit de l’événement.

En ce qui concerne le Président Etienne Tshisekedi, lui aussi a prêté serment, au nom du peuple congolais et malgré les entraves de sécurité érigées contre sa personne et contre tous les congolais qui auraient bien voulu assister à l’évènement, même au péril de leur vie ! Et certains jeunes ont été tués, d’autres arrêtés en masse, coupables d’être étiquettes comme opposants pour avoir revendiqué leur victoire ! Quel contraste !

Du Sénégal à la RDC, en passant par la Côte d’Ivoire, nous tenons, à présent, la preuve définitive que l’instabilité et les conflits, en Afrique, naissent principalement d’élections approximatives et de la tentation de confisquer durablement le pouvoir par les dirigeants en place au moment du vote. Voilà la preuve, aussi,  de l’incongruité de la thèse de certains milieux diplomatiques qui veulent faire croire à leurs gouvernements que Kabila représente la stabilité : en réalité, tout gouvernement issu de la fraude massive et rejeté par le peuple  ne peut qu’engendrer instabilité et ouvrir la route au cercle infernal des conflits de pouvoir.

Méfions-nous, donc, des « élections dont les résultats se proclament sous la protection des blindés, au cœur de la nuit profonde, avec un quadrillage de la capitale par la police, ou même par l’armée, dont les dirigeants croient devoir se servir pour se protéger contre leur propre peuple » dixitJean-Baptiste Placca.

Pour une convergence de l’éthique

Trois cent soixante-quatre jours pour les dirigeants, un jour pour le citoyen : c’est le bilan du bien-être dans les régimes autocratiques.

Normalement ce jour de fête pour le peuple est le dernier de l’année ou bien le jour de Noel, mais celui-ci non plus n’a pas été fêté en RDC par la grande majorité de la population, exclusion faite pour l’élite au pouvoir…

Dans l’organigramme touffu de la corruption et des incivilités diverses (on pourrait dire des anti-valeurs), qui contrarient l’essor des nations africaines, le sommet vit, certes, de la base, mais une partie de la base elle-même prospère à la faveur de ses compromissions avec le sommet. Et cette collusion cause plus de dégâts que l’on ne peut imaginer.

Un célèbre avocat africain, qui consacre une partie de son temps à réfléchir – et à partager ses réflexions – sur les freins au développement économique et à l’état de droit, en Afrique, affirmait, il y a peu, que ce continent ne peut espérer s’en sortir, si chaque citoyen n’adopte une éthique en conformité avec sa position dans la société. « La morale, dit Maître Mamadou Ismaïla Konaté, est indispensable en politique, mais aussi dans les affaires, dans le sport et dans toutes les activités qui concourent à la vie de la cité » ;

Oui, pour tous et pour chacun, il y a une éthique à respecter dans la société.

Dans certains métiers, cela s’appelle la déontologie. Des règles, dont il faut savoir ne pas dévier, que l’on soit homme politique, juge au Conseil constitutionnel, petit détaillant de cigarettes, au coin de la rue, ou vendeuse de poisson fumé au marché ou bien…prêtre.

Les pays que l’on cite souvent en exemple, sur ce continent, connaissent, en général, cette convergence de l’éthique : chaque citoyen sait respecter l’autre, a le respect du travail de tous et de chacun, et le respect du bien commun. Il y a, bien sûr, toujours des nuances, des exceptions, mais la notion de « peuple sérieux » n’est pas sans fondements.

Même si l’on a voulu  vendre une thèse ardue au nom de la stabilité, pour cacher en réalité des intérêts inavouables, les acteurs clé du processus électoral en cours en RDC, ont encore une marge de manœuvre pour se corriger.

Le chemin de l’honneur, lorsque l’on s’est trompé, commande d’avoir la décence d’accepter au moins une petite traversée du désert. Après tout, même le « Dieu Tout-puissant et miséricordieux », que l’on mêle à tout, désormais, a prévu, pour le pécheur, le purgatoire, avant le paradis !

Signes de faiblesse et d’impuissance qu’il faut à tout prix corriger

Les Etats-Unis d’Amérique ont affirmé, par la déclaration de Madame la Secrétaire d’Etat Hilary Clinton, que les dernières élections en RDC n’ont atteint aucun niveau de crédibilité des dernières élections en Afrique. Quelle sanction peut-on réserver à une telle injure démocratique et méconnaissance du droit international ?

La CENCO avait déclaré être du côté de la Vérité à n’importe quel prix.

D’où vient, des lors, ce balbutiement qui a suivi de sa part?

Souvenons-nous de l’interpellation de Sa Sainteté Benoît VI au parlement allemand :

« Le Nazisme était légal mais injuste ».

L’arrêt de la Cour Suprême de Justice pour confirmer la réélection de M. Kabila est peut-être formellement légal mais injuste et non conforme à  la Vérité. Dès lors, illégitime car vicié « ab origine ».

Selon la Théorie juridique de l’arbre aux fruits empoisonnés, l’arrêt de la Cour Suprêmeporte en soi les germes de sa nullité, à l’instar de tous les actes qui en découleront. Un cercle vicieux de la honte qui ne fera qu’assombrir encore plus l’image de notre pays.

Toute légalité ne provient pas de la légitimité, mais par contre, toute légitimité fait le lit de la légalité, à la lumière de la Vérité et de la Justice.

Mieux vaut tard que jamais…

Chaque composante concernée dans crise électorale de la RDC sait de quel pied se lever et danser pour rétablir instantanément la Vérité et rendre ainsi Justice. C’est seulement une question de volonté.

Qu’attendent les composantes-clé au regard de leur envergure de booster cette régularisation ?

La Communauté internationale, par la voix l’Ambassadeur des Etats-Unis, avait clamé haut qu’elle ne s’en tiendrait, entre autres, au rapport de l’Eglise  catholique, qui n’est pas seulement plus représentative et outillée, mais qui a bénéficié de l’appui de ses partenaires pour ce faire.

Qu’attend l’Eglise catholique pour tout démontrer et apporter afin de mettre tout le monde au pas de la régularisation ?

Il est plus que temps pour de se relever de sa faiblesse pour que Vérité et Justice s’embrassent et que Paix et Réconciliation s’installent pour un Congo heureux et prospère, où la légalité coïncidera avec la légitimité.

La Cenco avait donné, à son temps, le portrait-robot  du candidat que les Chrétiens devaient voter : les chrétiens ont respecté les consignes de l’Eglise. Ils ont sanctionnés les détenteurs du pouvoir fautifs.

Après s’être érigée en sentinelle de la Vérité et de la Justice, elle ne peut trahir les attentes des fidèles : l’Eglise a le devoir de reconnaitre la victoire du candidat élu par le peuple, S.E. Etienne Tshisekedi, et accompagner les fidèles dans le combat noble et pacifique pour le rétablissement de la Vérité et de la Justice en République Démocratique du Congo.

Cela peut s’opérer seulement par le respect absolu de son devoir de dire et soutenir en toute circonstance la Vérité, à n’importe quel prix, résistant à toutes les pressions, publiant enfin le rapport des observateurs de la Cenco, (l’original et sans manipulations de sorte) dont a fait référence Son Eminence le Cardinal Laurent Mosengwo, qui résume le travail d’observation de plus de 30.000 d’observateurs chrétiens sur l’ensemble du territoire national.

Pourquoi ce rôle revient-il à l’Eglise ?

Nous venons de l’expliquer plus haut : c’est la finalité même de ce mémorandum.

Cet engagement citoyen de l’Eglise est certes une lourde charge mais aussi un devoir absolu, dans le sens Kantien du terme : le devoir pour le devoir.

Il ne suffira pas, peut-être, de rendre publique cette Vérité pour qu’elle s’impose toute seule :

l’Eglise devra aider et accompagner le peuple congolais, certainement le plus meurtri de la terre en ce debout du 21° siècle, dans son combat non violent pour faire en sorte que son martyre cesse. Au Kivu, comme à Kinshasa, à l’Equateur comme au Katanga ou bien au Kongo Central et aux Kasaî, en Province Orientale…

Son rôle est celui de rester aux côtes des justes, surtout s’ils sont les plus faibles.

Au moment où le peuple congolais refuse de s’incliner devant les auteurs duhold up électoral Du 28 novembre 2011, la CENCO – une institution sur laquelle il a reposé sa confiance absolue – pactiserait-elle avec le diable?

Trahira-t-elle l’impératif moral que le christianisme lui impose de respecter ?

Restera-t-elle indifférente face aux revendications du peuple congolais ?

Non, nous ne pouvons pas le croire !

Car  au-delà du « sophisme » d’une certaine diplomatie qui joue à l’équilibrisme pour cautionner la victoire frauduleuse du président sortant, s’accommodant d’un « statu quo » mortifère pour le peuple congolais, la réalité et la vérité sont ailleurs et nos Evêques le savent …

En effet, Excellences Monseigneurs les Eveques, quelle est cette République démocratique qui censure l’information, qui musèle la presse nationale et internationale, qui réprime les manifestants, qui déploie des chars de combat dans toutes les villes ? Qu’elle est la nature de cette « République » que M. Hyppolite Joseph Kabila-Kanambe s’apprête à nous imposer?

A-t-on vraiment besoin de la Garde Républicaine pour réprimer les congolais qui ne veulent pas se faire voler leur vote, ou bien pour suspendre l’envoi et la réception des sms afin d’empêcher la diffusion, en temps réel, des résultats de procès-verbaux affichés aux portes de bureaux de vote?

N’est-ce pas là l’indice troublant d’un pouvoir qui redoute son peuple et qui essaie plutôt de s’imposer par la force et de gouverner par défi ?

En ce moment précis, où les chrétiens sont  attaqués par des extrémistes  intolérants dans certains pays africains et massacrés, à cause de leur foi, dans l’indifférence des autorités de ces pays,  la jeune Eglise de la RDC a entre ses mains le moyen de donner à l’Afrique et au monde la preuve du pouvoir immense de la parole évangélique agissante, devenant la voix des opprimés et sauvant ainsi la Démocratie en République Démocratique du Congo.

Comment est-il possible que l’un des pays le  plus chrétiens d’Afrique puisse vivre de telles souffrances et risquer de sombrer, encore une fois, dans l’autoritarisme,  alors que les Chrétiens sont la majorité des croyants et non une minorité persécutée au Congo Démocratique? L’Eglise Catholique Congolaise peut-elle accepter une telle forfaiture ou risque de faire tomber les chrétiens congolais entre les mains d’autres confessions ?

Je ne peux m’empêcher de penser à tout ce que le Pape Jean Paul II représenta pour son pays, la Pologne, quand le peuple polonais lutta contre le régime soviétique pour se réapproprier de sa Liberté, de la Vérité et de la Justice.

Nous vous saurions gré, Excellences  Les Evêques,  d’accorder à notre démarche, une attention inspirée mais aussi   le bénéfice de l’urgence au moment où la majorité du peuple  congolaise vous demande d’être à ses côtés, sans plus tarder ou tergiverser !

C’est en son nom, humblement, que nous vous prions de recevoir et prendre en compte le présent mémorandum.

Kinshasa, 10/01/2012

Que Dieu Bénisse la RDC !

Vérité et Justice pour le Congo !

Eugène Diomi Ndongala,

Président National de la Démocratie Chrétienne,

Coordonnateur de l’Union Sacrée pour l’Alternance, USA

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