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La vérité sur le bilan des banques est-elle le secret le mieux gardé au monde ?

La vérité sur le bilan des banques est-elle le secret le mieux gardé au monde ?

Les économistes de marché sont des fainéants. Ils sont 3 000 à l’échelle de la planète (aussi nombreux que les employés d’une DDE rurale ou d’un département culture de la mairie de Paris), et pourtant ils ne peuvent répondre simplement à des questions aussi élémentaires que le niveau de la croissance dans 10 ans en Chine, le bon point d’entrée pour le CAC40, ou l’impact d’un raid aérien contre l’Iran sur les stocks de pétrole à Cushing, Oklahoma. 
Arrivés à ce niveau d’incompétence, et sachant qu’ils sont le plus souvent payés à la fin du mois par des banquiers, on peut douter de leur capacité à analyser le bilan des banques sans atteindre le Mont Fuji-Yama de la mauvaise foi, et sans recourir aux formules stratosphériques de la macroéconomie sur un sujet aussi sectoriel. 

Relevons ici le défi, en trois étapes : les bilans bancaires n’ont pas le monopole de l’opacité et de la fragilité (première étape), ils sont en mode slim fast depuis 4 ans et plus encore depuis 4 mois, c’est indéniable, sans que l’on puisse parler pour autant de credit crunch ou pénurie de crédit (seconde étape). Enfin, il faut bien reconnaître que la restructuration des banques européennes est rendue très douloureuse par la banque centrale européenne (troisième et dernière étape).
Les bilans bancaires n’ont pas le monopole de l’opacité et de la fragilité
On ne connaît pas bien les bilans des grandes banques européennes, et c’est normal : il n’est pas rare que le bilan d’une banque dépasse le PIB de très grands États. 
Étant donné que ces derniers sont incapables de suivre les dépenses et de provisionner les pertes (Dexia, Areva,…), il serait étrange que des entités qui ne disposent pas de hordes de comptables nationaux très compétents, et qui opèrent dans un cadre plus complexe (mondialisé, concurrentiel et plus « leveragé » par nature), y parviennent. Les États encouragent tout ce qui ne va pas, dans le sens d’une bonne maîtrise des bilans des banques, comme le biais fiscal en faveur du financement par endettement (au détriment du financement par fonds propres) ou la promotion de normes pro-cycliques (Bâle III, Solvency II). 
L’État providence multiplie les bombes à retardement budgétaires, alors que le « hors bilan » des banques est bien mieux connu (et en mode weight watchers depuis que la titrisation – soit l’émission de titres financiers sur le marché des capitaux – est congelée). On demande en fait aux banquiers et aux assureurs une maîtrise des risques et une transparence que la plupart des autres secteurs – les régulateurs en premier lieu – seraient bien incapables de s’appliquer à eux-mêmes. Alors, qu’il y a-t-il dans le bilan des banques me direz-vous, après cette tentative de défense vouée à l’échec ? Eh bien, toujours les mêmes choses qu’avant (beaucoup d’immobilier), mais le regard social a changé. A l’actif, des crédits et des titres qui sont impactés par la crise (mais ce n’est tout de même pas le Japon), au passif des dépôts qui tiennent bon (la Grèce est un cas à part, les dépôts ont baissé de 25% en deux ans, ailleurs ils résistent), et des fonds propres qui ont été renforcés (certains auteurs néo-autrichiens voudraient une démarche plus ambitieuse mais peut-être faudrait-il leur rappeler quelles sont les conditions de marché en ces temps de suspicion généralisée). 
Beaucoup de bruit pour rien ? Les économistes ne découvrent pas aujourd’hui la réalité des banques. Ils réfléchissent d’ailleurs à la dimension systémique du secteur bancaire depuis deux siècles. Mais tant que les dirigeants du monde ne seront pas des économistes, ou les économistes des dirigeants, il nous faudra alerter en vain et prêcher dans le désert.
es bilans en mode slim-fast
Nous avons vu cela maintes fois par le passé : le cycle se retourne, « on » réalise que prêter 600 000 dollars à 4% à un ménage dont le revenu annuel n’atteint pas 30 000 dollar n’est guère raisonnable. On redécouvre à cette occasion que l’essentiel du crédit a toujours été dirigé vers l’immobilier, que les cycles bancaires et la pierre vont donc mano en la mano. On admet de plus en plus que c’est le shadow banking (pratiques bancaires illicites) plus que le banking qui est responsable du désastre hypothécaire américain (mais Obama n’a pas la moindre envie de réformer Fannie Mae et Freddie Mac). Les clients redécouvrent que les produits complexes ne sont pas la panacée (« back to basics »). 
Bref, chacun redécouvre progressivement la lune et en attendant, les bilans des banques – même réduits et repensés – font de parfaits boucs émissaires. Les banques se séparent de certains actifs pour consolider le bilan et l’image (le downsizing des Banques de financement et d’investissement au 2e semestre 2011 suite à l’accentuation de la crise européenne : 30% environ des activités supprimées, en particulier celle qui consomment le plus de capital et le plus de dollars US, et des licenciements même en France). 
Mais de nos jours ce n’est pas une crise de l’offre bancaire, c’est une crise de la demande : la fameuse économie réelle qui prétend être étranglée a été gavée de crédit pendant 10 ans, les agrégats monétaires avaient été complètement perdus de vue par la BCE. Pour un authentique credit crunch manigancé par les banquiers, encore faudrait-il que les entreprises aient des projets et les ménages une volonté de s’endetter davantage.
Une restructuration des banques européennes rendue douloureuse par la Banque centrale européenne
Le deleveraging bancaire, un processus long et désinflationniste, est rendu très délicat en zone euro du fait de la politique outrageusement non-coopérative de la BCE, la banque des banques européennes.
Passons sur les relèvements intempestifs de taux : les initiatives pathétiques des printemps 2008 et 2011 (destinées à combattre de l’inflation en pleine période de déflation) ont précédé deux jeux de massacres bancaires.
Passons sur la comédie des stress-tests bancaires que Mario Draghi critique aujourd’hui pour mieux faire oublier la langue de bois d’hier.
Passons aussi sur le refus de tout Quantitative Easing (QE) massif et assumé, qui distingue la BCE de ses consœurs (Fed, BoE, BNS) et qui entraine pour nos banques un désavantage compétitif géant via la suspicion sur les dettes périphériques.
Mais le summum a été atteint récemment avec les LTRO (programmes de fourniture de liquidités) couplés aux gros sabots de la répression financière : les banques sont incitées à acheter des titres PIIGS de maturité courte au moment même où toutes les pressions réglementaires et médiatiques vont dans le sens contraire, une façon originale de dissiper les incertitudes.
Au total, le dégonflement ordonné du bilan des banques est grandement perturbé : en choisissant une stratégie digne de la Bank of Japan des années 1990, la BCE transforme la nécessaire cure d’amaigrissement des banques européennes en une grève de la faim monétaire qui ne dit pas son nom et qui déstabilise le cycle des affaires à l’échelle du monde. 
Source: Atlantico
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