7 décembre 2011Par Yovan Menkevick
(chronique d’une mort (presque) annoncée de la monnaie tellement unique qu’elle est en voie de se désintégrer, pilonnée par une guerre des monnaies qui ne se nomme pas)
Ne nous méprenons pas : si l’Euro n’est pas encore mort, il est en bonne voie de l’être. Il n’est pas intégralement mort, pas partout, mais en tout cas dans sa forme originelle, tel qu’il avait été conçu, voulu, surtout par la France et l’Allemagne, c’est fini. Il ne restera de l’Euro qu’une peau de chagrin une fois que le vent de la « crise de la dette souveraine » et de la spéculation internationale aura soufflé suffisamment : 3 ou 4 pays à gros PIB qui ne peuvent pas se permettre de s’en passer parce qu’ils sont assis sur la monnaie la plus surévaluée de la planète resteront, pas plus. Exactement l’opposé d’une autre monnaie issue d’un pays qui lui n’est pas près de flancher, malgré des difficultés inhérentes à sa montée en puissance économique et politique atypique dans l’histoire des nations : le Yuan Chinois.

Qui est en guerre et pourquoi ?
Il y a une guerre qui ne se nomme pas, et qui, si elle passe par des armées de spéculateurs et autres commandos de la finance dérégulée internationale est aussi celle des Etats. De deux Etats plus particulièrement : les Etats Unis d’Amérique et la République populaire de Chine.
Entre les deux belligérants, faisant office à la fois de champ de bataille et de source de pillage pour équiper les armées, mais surtout d’allié encombrant de l’un ou de l’autre des deux camps : la zone euro. L’US Dollar, monnaie de référence pour le remboursement de l’effort de guerre de 39-45 depuis les accords de Bretton Woods, puis monnaie de référence des échanges financier dérégulés par l’activation des taux de change flottants (basés sur le cours du dollar) et la sortie de la parité avec le cours de l’or, est arrivé à un moment crucial de son histoire. Tellement crucial qu’il ne sait plus comment faire pour ne pas devenir sous peu une sorte de monnaie de singe. De singe chinois en l’occurrence.
La Chine est entrée en guerre contre la monnaie américaine depuis maintenant 15 ans et la monnaie américaine ne peut pas riposter directement contre la monnaie chinoise. La stratégie du gouvernement américain consiste peut-être alors à aller tuer un allié potentiel des deux camps, qui une fois mort pourrait avoir tellement désavantagé l’adversaire chinois que celui-ci serait alors contraint de revenir à de meilleures dispositions ?
Une crise des dettes souveraines bien pratique et alimentée ?
Certains analystes, et pas des plus anti-capitalistes, en viennent à exprimer des doutes sur les motivations des agences de notations. Ces agences sont soupçonnées par exemple d’être « trop politiques » comme le vice-président du cabinet de conseil Weave, Eric Delannoy l’expliquait hier dans le magazine l’expansion. Vous savez, ce magazine hyper gauchiste :
« On l’a vu cet été avec le débat sur le plafond de la dette américaine qui a mené à une dégradation [qui n’a pas fait augmenter les taux d’emprunt pour autant des USA, NDLR]. Avec la politique économique de Berlusconi en Italie, un pays qui ne menaçait absolument pas de faire défaut. Et maintenant c’est au tour de la zone euro dans son ensemble. Comme si tout à coup, S&P s’imagine que des Etats comme la Finlande pourraient faire faillite. On voit bien ici que l’agence impose une refonte budgétaire de l’Europe sans aucune légitimité démocratique« .
Le problème actuel des dégradations par les agences de notations, comme S&P, est celui d’une étrange subjectivité toute financière et très certainement monétaire : comment expliquer que la Grande-Bretagne, avec un déficit budgétaire de 9,4%, supérieur à celui de la Grèce (plus une dette de 95% du PIB !), cumulés à des perspectives de croissance catastrophiques, ne soit pas inquiétée par les agences de notation, ni même citée par elles ?
Parce que la banque centrale d’Angleterre finance la dette du pays ? Très certainement, oui. Mais pas seulement. Peut-être bien également parce que la Grande-Bretagne n’est pas dans la zone euro et ne gène pas les belligérants cités plus haut. Dans le même temps la spéculation boursière des emprunts d’Etat fait rage et enrichit ceux-là mêmes qui déclarent le mal qu’ils ont accentué, de façon très orientée.
La guerre des monnaies est larvée, mais elle est opère en coulisses de la crise des dettes souveraines
Le Yuan, appelé aussi le Reminbi (RMB), est indexé au dollar depuis l’adoption par la Chine du taux de change flottant en 1994. Cette monnaie a donc suivi l’évolution du billet vert depuis des années. Puis, en 1997, le Yuan a vu sa marge de flottement réduite par le gouvernement chinois suite à la crise financière asiatique pour aboutir à une parité fixe de 1 dollar contre 8,28 Yuan, et ce, jusqu’en 2005.
Cette année là le gouvernement de la République Populaire de Chine a décidé de ne plus indexer sa monnaie sur le dollar mais sur un « panier de devises de références » qui n’a jamais été communiqué ! Depuis, le Reminibi fluctue très peu par rapport à ce « panier de devises », autour de 0,3%…
La monnaie chinoise est sous-évaluée, autour de 50% de sa valeur réelle, et cette « dévaluation de fait » lui donne un avantage colossal sur toutes les autres grandes puissances économiques. La croissance chinoise est « dopée par son dumping monétaire » au point qu’en termes comparatifs, son taux de change est inférieur à la plupart des devises africaines ! Au delà des coûts salariaux chinois très faibles, la sous-évaluation du Yuan abaisse les prix des produits fabriqués en Chine, vendus sur la planète entière.
La protection des industries chinoises est ainsi assurée par cette sous-évaluation, son bénéfice commercial extérieur aussi, au point que l’équilibre des balances commerciales Chine-USA, par exemple, en devient indécent :
Que se passe-t-il entre les USA et la Chine ? 
Et que fait celui qui a le plus de devises et une balance commerciale ultra positive ? Il achète de la dette en bons du trésor.
45% de la dette externe totale des Etats-Unis correspond à des bons du trésor. Ces bons sont détenus principalement…par la banque centrale de Chine. En 2010 la plus grande part des réserves de change chinois, sur un volume de 2450 milliards, était libellée en dollars. La Chine n’a pas intérêt à arrêter d’acheter des bons du trésor américain sous peine de voir ses avoirs libellés en dollars baisser très fortement, et par ricochet, la valeur de ses exportations.
Les USA sont furieux contre la politique monétaire chinoise qui leur coûte très chère en déficit commercial, et dans le même temps, ils sont dépendants des achats du géant asiatique en bons du trésor pour continuer à s’endetter.
Mais la Chine commence à acheter de la dette européenne en euros. Monnaie parfaitement stable puisque verrouillée par une banque centrale qui refuse de changer les taux directeurs par peur de l’inflation, qui ne prête pas aux Etats, et jusqu’à il y a peu, qui n’achetait pas de dette souveraine (alors qu’elle n’est pas censée pouvoir le faire) !
Dès lors, la mort de l’euro pourrait-être une bonne solution pour rééquilibrer les choses. Permettre une reprise en main du dollar sur les taux de change mondiaux, par les américain, par exemple. De l’autre côté, en Chine, on pourrait être tenté de vouloir utiliser ce basculement amenant une dépréciation du dollar pour instaurer des échanges monétaires avec des pays tels que le Brésil, comme l’avait annoncé Lula en mai 2009 alors en visite en Chine ?
Les européens, dindons de la farce ?
L’ancien ministre de l’Economie Allemand, Rainer Brüderle, du parti libéral FDP a fait cette déclaration étrange, toujours dans l’Expansion, déclaration qui renvoie du côté allemand à une conspiration visant à tuer l’euro : « Je ne suis pas partisan des théories du complot, mais quelquefois il est difficile de se défaire de l’impression que certaines agences de notation et certains gestionnaires de fonds américains travaillent contre la zone euro« . Personne n’a encore de certitudes sur ce que va devenir la monnaie unique, mais par contre, de plus en plus d’observateurs s’accordent à dire qu’il y a, comme qui dirait, de fortes présomptions sur une volonté de nuisance extérieure, nuisance plus probable qu’une simple problématique de « bonne gestion des dettes souveraines européennes »…
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