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Politique étrangère et numérique

Politique étrangère et numérique

 Le dernier coup d’éclat de Wikileaks a provoqué bien moins de remous dans la presse que le précédent, qui a consisté à rendre public une collection de cables diplomatiques révélant les dessous de la politique internationale. Pourtant, aux yeux des spécialistes, ces documents publiés début décembre, que Reflets égrène depuis février dernier, et qui dévoilent une multitude de technologies de surveillance en usage aujourd’hui, éclairent bien plus encore le monde dans lequel nous vivons que tout ce qu’a révélé Wikileaks jusqu’à présent, en particulier sur la politique étrangère de la France.

La surveillance qui naguère consistait à placer sous écoute quelques personnes ciblées, s’opère désormais sur l’ensemble de la population. Plus besoin d’opérateurs humains pour écouter les conversations téléphoniques, lire les SMS et les mails, ou dérober les contenus stockés sur votre téléphone portable et votre ordinateur : des logiciels et des machines surpuissantes s’en chargent, les analysent et les ‘comprennent’, afin de ficher tout le monde, de déterminer quelles sont les relations entre les individus et de vous géolocaliser en temps réel. Ceux qui s’imaginent que Google et Facebook représentent un danger pour leur vie privée devront se raviser, ce n’est rien face à ce que font les gouvernements.
La fronde menée en ce moment à l’encontre de Facebook n’est qu’un vaste écran de fumée destiné à rendre impossible tout débat serieux sur le sujet. Facebook, qui est loin d’être exempt de reproches, a au moins le mérite de vous échanger la monétisation de votre vie privée contre un outil. Si vous vous contentez de l’utiliser pour vous distraire, traversez donc la Méditerranée et regardez ce que d’autres en font : le deal n’est peut être pas si mauvais que celà.
La France s’avère être l’une des nations les plus avancées dans le développement de ces technologies de surveillance et des infrastructures techniques qui les rendent possibles. Notre pays a certes du retard en matière de startups et d’adoption des usages internet par la population, mais quand il s’agit de vendre à des régimes autoritaires les outils indispensables à la mise sous surveillance de leur opposition, nous sommes des champions. Ceux qui s’imaginent une France volant au secours des révolutions arabes devront revoir leur copie. Nos champions nationaux du secteur, lourdement financés par l’Etat, étaient il y a quelques semaines encore en Syrie, et peu avant les bombardements en Libye. On les retrouve partout en Afrique et au Moyen Orient. L’empressement de la France à prendre le leadership d’une guerre en Libye et à nouer une alliance avec un gouvernement que son émissaire s’est empressé de proclamer représentatif cache tout autre chose. Cela n’aura pas empêché la presse américaine et arabe de découvrir la complicité de la France dans la mise sous surveillance de la population Libyenne, et l’aide apportée au colonel Kadhafi dans la traque de ses opposants politiques, révélé par Owni, grâce à un petit coup de pouce de Reflets, mais ce détail n’aura suscité qu’une poignée d’articles et un bref passage télé. Bien peu comparé au déluge d’image qui a accompagné la mise en scène d’une France censée voler au secours d’une population opprimée… par elle même.
Notre politique étrangère et notre influence à l’international sont intimement liées à ce soutien technologique aux régimes autoritaires. Voilà qui explique sans doute l’empressement des partis de gouvernement à soutenir le concept d’économie numérique planifiée. Un terme pudique qui cache une réalité terrifiante, financée par de l’argent public.
Jour après jours, Reflets énumère la présence de technologies de surveillance made in France sur tout le continent Africain et le Moyen Orient : Libye, Qatar, Guinée, Maroc… la liste est loin, très loin d’être close. Une fois celle-ci terminée, il sera plus rapide, en réalité, de faire l’inventaire des pays qui ne sont pas nos clients, et qui, sans l’aide active de la France, ne pourraient contenir la grogne qui faire rage partout sur le continent Africain.
Cela donne au pays des droits de l’homme une assise décisive sur laquelle s’appuie sa politique étrangère, son renseignement et la dépendance dans laquelle elle a placé depuis longtemps une large partie des pays qui furent naguère ses colonies.
Seul problème, et de taille, cette stratégie repose sur le maintien de régimes autoritaires dans ces pays, et ce à tout prix, car une fois passé à des démocraties, il y a peu de chances que les populations tolèrent d’être ainsi surveillées.
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