Sale temps pour les producteurs de cacao ivoiriens ! Leur désarroi ne fait que s’accroître depuis l’ouverture officielle de la campagne de commercialisation. Le prix d’achat du kilogramme bord champ fixé par le Comité de gestion à 1000 FCFA n’a jamais été respecté, déjà dans les premiers moments. Les producteurs se sont souvent retrouvés devant des acheteurs qui leur imposaient (c’est le terme qui convient car le prix indicatif n’a aucun caractère contraignant pour l’acheteur) un prix largement inférieur – moins de 700 FCFA. Si certains ont pu bloquer leur production de cacao qu’ils ont refusé de vendre en dessous du prix officiel, ils se sont laissés à la brader à l’usure par besoins d’argent frais. 
L’angoisse des paysans n’est pas prête de prendre fin. Bien au contraire ! Depuis le début du mois de septembre dernier, les cours du cacao ont perdu 18% sur l’ICE à New York, tombant à 2520 dollars la tonne (environ 1260 FCFA le kilogramme). Et leur chute, selon des spécialistes de matière première, devrait se poursuivre jusqu’au premier trimestre 2012. C’est-à-dire la petite campagne comprise. Dans les zones de production, on avance des prix d’achat entre 300 et 500 FCFA, ce qui en rajoute aux courroux des producteurs. 

Quel ratio apporté à cette équation d’autant plus qu’un niveau aussi bas n’avait plus été observé depuis le mois de juillet 2009. Après la crise post-électorale, les pays consommateurs avaient anticipé sur une baisse drastique de l’offre. Une position favorable à la Côte d’Ivoire. Malheureusement, le Comité de gestion a cru bon – en véritable amateur – de communiquer le volume de la récolte : la production de cacao de la Côte d’Ivoire a battu tous les records avec 1,502 million de tonnes pour la campagne 2010/2011. Ce volume, comparé aux 1,242 million de tonnes de la précédente campagne déjoue tous les pronostics qui tablaient sur un déclin de la production ivoirienne. Histoire de montrer que sous Alassane Ouattara la Côte d’Ivoire cacaoyère va bien. Par stratégie commerciale, silence devait être observé autour de la quantité produite. Et comme les exportateurs avaient déjà pris leurs dispositions pour faire face à une éventuelle pénurie, la demande mondiale est devenue très faible et ne devrait pas augmenter sensiblement car la plupart du chocolat qui sera vendu dans les rayons des magasins pour les fêtes, est déjà dans la chaîne de production. 
A ces données physiques, il faut ajouter les inquiétudes relatives à la zone euro qui laissent entrevoir une offre abondante et le renforcement du dollar qui plombe les prix. Un contexte qui pénalise en général les matières premières. 
Plus globalement, l’affaiblissement de l’euro face au dollar rend en effet encore moins attractifs les achats de matières premières – libellés en dollars – pour les investisseurs non détenteurs de billets verts. 
Reste à voir si la réforme pourra résoudre les problèmes des paysans.
Interview réalisée par César Ebrokié
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