Cibouton
Et de trois. Après Crise ivoirienne, ma part de vérité et D’un stade à un autre. Devoir de mémoire, Charles Blé Goudé publie Côte d’Ivoire : Traquenard électoral. La présentation officielle du livre se fera ce dimanche 11 décembre à Paris. Le Nouveau Courrier a d’ores et déjà pu se procurer – en exclusivité – cet ouvrage qui, avant sa sortie, fait déjà le buzz. Côte d’Ivoire : Traquenard électoral est un livre de 140 pages, publié aux Editions L’Harmattan. Il donne à voir un homme qui vit son exil douloureusement. Meurtri par le chemin de souffrance par lequel passe le bord politique dont il est une des figures de proue. Mais également blessé par les accusations dont il est l’objet au cœur même de la «galaxie patriotique». Dans son livre, Charles Blé Goudé se livre donc à un plaidoyer «à plusieurs étages». Surtout à destination de ses lecteurs étrangers qui ne connaissent pas à fond le dossier ivoirien, il défend la cause du président Laurent Gbagbo, victime de manœuvres politiques et internationales ayant visé, dès le départ, à son renversement.
Dans le dernier chapitre de son livre, intitulé «Le choix de la légalité», il répond aux accusations de ceux qu’il appelle les «maîtres du monde», terminant son ouvrage par «Votre Honneur, ainsi prend fin ma plaidoirie». Comme s’il se préparait déjà, peut-être de manière inconsciente, à une éventuelle traduction devant la Cour pénale internationale (CPI), qui a déjà réussi à prendre son mentor dans ses rets. Dans le chapitre «Le faux procès», il répond à ceux qui, dans son camp politique, l’accusent de trahison parce que, contrairement à novembre 2004, il n’a pas lancé un appel à la mobilisation populaire au cours de la bataille d’Abidjan. Et il fait quelques confidences sur sa dernière rencontre physique avec Gbagbo, le 29 mars dernier, et sur leur dernière conversation téléphonique, le 5 avril. Sans dire tout, pour des raisons évidentes, il rectifie les «allégations mensongères» au sujet de la manière dont il a quitté Abidjan. Avec l’autorisation de l’auteur, et après concertation avec lui, nous partageons avec vous quelques «bonnes feuilles» d’un livre qui gagne à être lu.
«La certitude de notre victoire commune»
Au cœur de l’exil, dans une forme de clandestinité internationale, Charles Blé Goudé veut faire partager une de ses certitudes. «Un jour, la postérité saura sans doute reconnaître le mérite de tous et de chacun. Ceux qui se seront levés pour défendre leur nation seront honorés et ceux qui auront travaillé à sa ruine seront pointés du doigt. Que chacun d’entre nous, que chaque membre de notre génération ait donc l’audace d’assumer sa mission afin de ne pas léguer à sa descendance un patronyme synonyme de tragédie nationale».
Charles Blé Goudé poursuit : «La force d’un grand peuple réside dans son refus de faire le jeu de ceux qui veulent l’éteindre. En refusant de murmurer, nous ne saurons pas pour autant avengles. Dans mon cœur trône la certitude de notre victoire commune : je vois déjà la dignité de notre génération poindre à l’horizon. Cette génération qui fait chaque jour l’expérience de «l’amère saveur de la liberté» Nous tendons nos mains vers l’autre, vers les autres. Mais si nous ne voulons point d’ennemis, nous ne voulons pas et nous n’accepterons jamais l’oppression non plus. Car nul ne peut aspirer à vivre dans la servitude, nul être humain ne saurait aimer une vie d’esclave. La servitude n’est pas un destin».
Désarmement de la rébellion : quand Choi dénonçait les complaisances coupables de sa hiérarchie
Le storytelling martelé ad nauseum par les médias français tente d’imposer l’idée que le dernier épisode de la guerre ivoirienne qui a commencé le 19 septembre 2002, totalement indépendant des autres, est lié «au refus de Laurent Gbagbo de céder le pouvoir à son rival». Pourtant, tous les indices pré-électoraux montraient que l’absence de désarmement et de réunification du pays était porteuse de grands risques pour la paix après le scrutin. Blé Goudé raconte dans son livre une conversation intéressante avec Young jin Choi, l’ex-patron de l’ONUCI.
«C’est (…) sans le désarmement des rebelles, facteur pourtant essentiel au rétablissement de la paix, que le pays va se diriger vers les élections présidentielles d’octobre 2000. Bien avant la tenue de ce scrutin, j’ai sollicité, au nom de l’Alliance des jeunes patriotes, une audience auprès de Monsieur Choi, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire aux fins de lui transmettre les préoccupations des Ivoiriens au sujet de nombreux risques que comporterait un scrutin organisé dans ces conditions. Le fonctionnaire onusien m’a écouté attentivement et laissé entendre qu’il était conscient des risques encourus. Néanmoins au-delà de la sincérité apparente de ses propos et de la sérénité affichée, Monsieur Choi m’a donné l’impression que certaines choses ne dépendaient pas vraiment de lui. Il ne comprenait ni l’obstination des rebelles à ne pas déposer les armes, ni le peu d’empressement de la hiérarchie onusienne à traiter la question, malgré ses nombreux rapports. Il était même persuadé – en tout cas c’est ce qu’il m’a laissé entendre – que si tous les acteurs de la crise ivoirienne étaient vraiment animés par la même volonté politique que celle de Laurent Gbagbo, la Côte d’Ivoire serait déjà sortie de la crise. Le patron de l’ONUCI m’a également fait comprendre qu’il attribuait d’ailleurs le mérite des avancées enregistrées jusque-là dans le processus de résolution de la crise, à Laurent Gbagbo.
C’est donc avec un certain espoir et quelques interrogations néanmoins que j’ai quitté, au terme de cet entretien, le quartier général de la mission des Nations-Unies en Côte d’Ivoire : l’ONU était-elle enfin en train de prendre la mesure de la situation ? L’organisation était-elle en train d’évoluer dans le bon sens ? Les Nations unies étaient-elles enfin disposées à prendre les dispositions nécessaires pour pousser les rebelles vers le désarmement ? Les conditions d’une élection sereine et équitable seraient-elles finalement mises en place ? Ma désillusion sera par la suite immense, l’ONU prendra exactement le chemin inverse. Rien n’avait changé en réalité depuis le 19 septembre 2002 : les rebelles étaient toujours armés, le pays divisé en deux et voilà maintenant l’ONU qui estimait que l’élection présidentielle pouvait se tenir et ce, malgré d’innombrables signaux indiquant le risque de dérapage d’un scrutin organisés dans de telles conditions. La pression sur Laurent Gbagbo était quotidienne, incessante, de plus en plus forte. Et le président finira par se résoudre à suivre le schéma onusien, acceptant ainsi d’aller aux élections sans le désarmement préalable des rebelles. Ainsi donc, malgré tous les efforts déployés, Laurent Gbagbo n’aura obtenu au bout du compte que mépris et méchanceté. La vérité ? Le président ivoirien voulait la paix là où en réalité ses adversaires et leurs parrains cherchaient à le piéger pour le chasser du pouvoir».
Quand les observateurs électoraux de l’Union européenne étaient priés de se taire
Blé Goudé revient sur la manière dont le consensus international sur la «victoire électorale» propre d’Alassane Ouattara a été artificiellement fabriqué, au prix d’un certain nombre de pressions. Après avoir rappelé les réserves des observateurs de l’Union africaine – deux d’entre eux avaient été kidnappés dans le Nord tenu par les rebelles – et de la CEDEAO, qui a fait deux communiqués contradictoires, Blé Goudé, qui avait un informateur au sein de la Mission des observateurs de l’Union européenne, raconte.
«La position des observateurs de l’Union européenne sera, elle, assez étonnante. Les observateurs de l’Union européenne ont été témoins des violences évoquées par les autres observateurs. Ils en ont même été victimes et certains d’entre eux n’ont eu la vie sauve que grâce à un avion affrété par la compagnie aérienne Sofia Airlines pour les sortir de la zone sous contrôle des rebelles. De retour à Abidjan, les observateurs européens passent sous silence les violences vues et subies. Ils affirmeront même que les élections s’étaient déroulées dans de bonnes conditions et qu’elles avaient été remportées par Alassane Ouattara. Il faut signaler ici, qu’à la veille de cette conférence de presse, s’est tenue à l’hôtel Pullman, une réunion regroupant la délégation européenne. L’objectif de cette réunion était de dégager une position commune sur le rapport final à servir à la presse le lendemain. Selon mon informateur, un membre de la délégation, il a été impossible au cours de cette réunion de dégager une position consensuelle quant à la crédibilité du scrutin dans les zones sous contrôle des rebelles. Des instructions provenant de la hiérarchie vont être finalement transmises aux différents observateurs pour passer les dysfonctionnements et les violences constatées par pertes et profits. La conférence de presse terminée aux environs de 11 heures, c’est sur la pointe des pieds et dans la précipitation que la délégation de l’Union européenne va quitter Abidjan, laissant derrière elle comme conséquence de son rapport complaisant, une Côte d’Ivoire profondément divisée et au bord de l’affrontement. Dès cet instant, un véritable tsunami diplomatique va s’abattre sur Abidjan.»
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