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Au coeur de la stratégie de défense et d’attaque de Gbagbo

Au coeur de la stratégie de défense et d’attaque de Gbagbo

Au-delà de l’émotion légitime qu’elle a suscitée en Côte d’Ivoire et ailleurs dans le monde, la première comparution du président Laurent Gbagbo devant ses juges a permis d’entrevoir assez clairement la ligne politique et judiciaire sur laquelle ses défenseurs et lui ont l’intention de camper à l’occasion de son procès, qui s’annonce déjà comme le plus suivi de ceux qui ont jusque-là commencé à la Cour pénale internationale (CPI). Ses propos «liminaires», prononcés dans le cadre du récit de ses conditions d’arrestation, de détention et de transfert à La Haye, permettent d’avoir une idée de sa stratégie de défense… et d’attaque !
Gbagbo n’a pas choisi la «défense de rupture»

Contrairement à ce que l’on aurait pu penser au regard de la personnalité d’un de ses avocats les plus médiatisés, Jacques Vergès, Laurent Gbagbo n’a pas choisi la stratégie de la «défense de rupture». Cette technique dans laquelle Vergès est passé maître consiste à jouer l’opinion publique contre l’institution judiciaire, attaquée sur sa légitimité à juger la personne se trouvant au banc des accusés. Ainsi, dans l’affaire Omar Raddad, jardinier marocain accusé – sans doute injustement – d’avoir assassiné sa patronne, Vergès fait le procès du racisme judiciaire, d’une Cour de Blancs remplis de préjugés.
La Côte d’Ivoire n’est pas membre de la Cour pénale internationale, comme on peut le voir dans un des couloirs de l’institution, où les différentes nations ayant ratifié le statut de Rome sont signalées très clairement. Les critiques récurrentes et de plus en plus vives sur la CPI, qui s’acharnerait sur les Africains et craindrait les criminels contre l’humanité des pays puissants, auraient pu alimenter une stratégie de défiance convaincante. Mais cela, Gbagbo ne le fera pas. «On va aller jusqu’au bout», a-t-il lancé, martelant plusieurs fois qu’il n’a aucune intention de se dérober. «Si on mʹaccuse, c’est quʹon a des éléments de preuve pour mʹaccuser ; donc je comparais. Je vais voir ces éléments de preuve, je vais les confronter… les confronter à ma vérité à moi, et puis vous jugerez», a-t-il affirmé devant les juges. Il ne plaidera pas l’incompétence de la CPI, manifestement. Il a même, de manière très claire, lancé quelques fleurs à l’institution, en disant qu’il était bien traité, à la grande satisfaction de la présidente de la troisième chambre préliminaire, Silvia Fernandez de Gurmendi, dont tout le monde a remarqué l’acquiescement flatté.
Gbagbo et ses avocats sont-ils de doux naïfs qui pensent que la CPI est une juridiction vraiment libre, indépendante, bien au-dessus des interférences des grandes puissances ? Non, bien entendu. Mais le fondateur du FPI a souvent expliqué qu’il n’aimait pas mener plusieurs batailles de front. Son combat, il ne le mène pas contre la justice internationale, sur laquelle, il le sait, d’autres exerceront des pressions telles qu’elle pourrait être obligée, pour survivre, de rétablir un certain équilibre… 
Le procès de l’action de la France en Afrique
A Paris, personne ne s’y est trompé. Si Nicolas Sarkozy a réussi à conduire son ennemi ivoirien devant la CPI, comme il a conduit son rival local Dominique de Villepin devant la justice française, dans le cadre de l’affaire Clearstream, Gbagbo retournera la situation en se positionnant à la fois comme défenseur de sa cause et accusateur de la France officielle en Afrique. Par petites touches, le président ivoirien renversé a déjà commencé. Entre allusions subliminales – «malheureusement, je ne parle que français» –, et accusations claires – «c’est l’armée française qui a fait le travail» –, il a annoncé les couleurs. Gbagbo se pose en témoin et en victime expiatoire de pratiques néocoloniales scandaleuses, et il est d’ores et déjà évident qu’il a de la matière, tant la crise ivoirienne a été un révélateur grandeur nature de réalités que l’on croyait à jamais enfermées dans les livres d’Histoire. Sur le terrain de l’affrontement avec la France, Gbagbo part avec un avantage certain. Paris a déjà fait le tour du village mondial pour l’accabler, souvent de manière totalement mensongère. Désormais, les aspects les plus sombres de la guerre de l’ombre de la France en Côte d’Ivoire, qui ont laissé de nombreuses traces irréfutables mais sont maintenues à la marge, étouffées par des techniques classiques d’étouffement médiatique, seront au cœur d’une controverse en mondovision. 
Gbagbo a également l’intention de mettre en lumière la nature réelle de la prétendue démocratie que la France officielle se vante d’avoir installé à coups de bombes. Du régime Ouattara donc. Qui apparaît comme un adversaire par ricochet. En effet, quand Gbagbo rappelle l’assassinat de Désiré Tagro, les outrages faits à des personnes innocentes, très peu impliquées politiquement, comme son fils Michel et son médecin personnel, Christophe Blé, cela éclabousse le régime ivoirien, mais également son principal sponsor politique, la France de Nicolas Sarkozy. Qui renforce un pouvoir dont les dérives ne se comptent plus. Et qui reproduit en Côte d’Ivoire, cinquante ans après les indépendances, les techniques d’exclusion politique de ceux qui lui déplaisent et de modelage autoritaire et artificiel d’une classe politique qui n’est absolument pas le reflet des vrais rapports de force sur le terrain. En reconnaissant l’idéologie des droits de l’homme, en se positionnant résolument sur le terrain des valeurs universelles que l’Occident professe pour dénoncer le sort fait à son pays, au-delà de sa personne, Gbagbo tentera de démontrer que les lobbies qui se cachent derrière le procureur Louis Moreno-Ocampo, qu’il tentera de dissocier des juges, sont des hypocrites, des loups vêtus en peau d’agneau. Qui instrumentalisent la lutte contre l’impunité et sont, à long terme, des adversaires de la communauté des authentiques défenseurs des droits de l’homme.
Théophile Kouamouo
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