Cibouton
Journaliste,auteur de plusieurs ouvrages à succès, notamment les « Tirailleurs sénégalais», « Les secrets du génocide rwandais », Charles Onana, de nationalitécamerounaise, s’intéresse à tout ce qui se passe en Afrique. A la faveur de lasortie, le 4 novembre 2011 de son livre « Côte d’Ivoire : Le coup d’Etat », il a bien voulu se prêter aux questions deLe Temps. Entretien.
Vous venez de publier « Côted’Ivoire : Le Coup d’Etat »… Quels sont les éléments concretsauxquels s’applique une telle image ? Et à quelle question vouliez-vousrépondre ?

Ce titre correspond àune réalité politique qu’ont eu à affronter le chef de l’Etat ivoirien LaurentGbagbo et tous les Ivoiriens qui l’ont élu. Depuis son arrivée au pouvoir enCôte d’Ivoire, il a échappé à au moins trois coups d’Etat. Le premier en 2001,le second en 2002 et le troisième en 2004. Il s’agit, dans les trois cas,d’initiatives militaires tantôt conduites par les “rebellesivoiriens” avec le soutien implicite ou explicite du Burkina Faso etd’Alassane Ouattara, tantôt sous l’impulsion de la France pendant la présidencede Jacques Chirac. Je fais allusion dans ce dernier cas aux événements de 2004où l’aviation ivoirienne a été détruite par l’armée française sous prétexte quele président Gbagbo aurait commandité l’assassinat de 9 soldats français àBouaké. Je démontre dans mon livre, sur la base de témoignages et de documentsémanant des juges français et même des militaires français que les accusationsportées contre le président Gbagbo sont fausses. Mieux, que le travail de lajustice française est fortement entravé par le pouvoir politique en France.Je publie les deux lettres des juges françaises chargées d’enquêter sur lesévènements de Bouaké qui affirment clairement n’avoir rencontré que desobstacles et aucune coopération des autorités françaises dans ce dossier.Pourquoi empêcher la justice française de faire son travail si c’est leprésident Gbagbo qui est responsable de la mort des 9 soldats français? Ceque je peux dire, c’est que dans le dossier de la justice française que j’aiconsulté, presque tous les officiers de l’opération Licorne mettent leprésident Gbagbo hors de cause dans la mort de leurs soldats. Mêmel’avocat des victimes françaises m’a dit qu’au départ, il croyait ce quedisaient les médias sur le rôle du président Gbagbo mais que désormais, de cequ’il a vu dans le dossier, il ne veut plus entendre parler de l’implication duprésident Gbagbo dans la mort des soldats français à Bouaké. Comprenez qu’ilest difficile de trouver plus crédible que lui! Le dernier point qui permet deparler de coup d’Etat est l’attaque du palais présidentiel en avril dernier. Ila été dit que le président Gbagbo aurait perdu les élections présidentielles etque pour cette raison, le vainqueur désigné par la “communautéinternationale”, c’est-à-dire monsieur Alassane Ouattara, devait êtreplacé au pouvoir conformément au résultat électoral. Mon enquête montre qu’iln’en est rien. Il s’agit simplement d’une décision politique prise par leprésident burkinabé Blaise Compaoré et par le chef de l’Etat français NicolasSarkozy dans le but de renverser le président Gbagbo et de mettre à sa placemonsieur Ouattara. J’ai retrouvé des correspondances très confidentielleséchangées entre les deux hommes à ce sujet. Je les publie également. En résumé,le titre du livre reflète le combat acharné mené pendant 10 ans de 2001 à2011 contre un homme et un régime qui ne correspondaient pas à l’idée quecertains se faisaient ou se font encore d’un chef d’Etat en Afrique. LaurentGbagbo est un dirigeant atypique et insoumis. Voilà le profil que Paris etWashington ne voudraient pas voir à la tête de la Côte d’Ivoire ni en Afriquefrancophone.
C’est tout de mêmebouleversant comme information quand on sait que la communauté internationaleet l’Onu ont parlé de « confiscation du pouvoir de la part de LaurentGbagbo » et « d’actions pour rétablir la démocratie ».
C’est une plaisanterie. Comment le présidentGbagbo pouvait-il confisquer le pouvoir en acceptant la tenue d’élections dansun pays coupé en deux et contrôlé en partie au Nord par les rebelles sous leregard bienveillant de l’ONUCI et des forces françaises ? Qui peut regarder lesIvoiriens droit dans les yeux et soutenir sérieusement ce discours ? La réalitéest la suivante : lorsque le président Gbagbo demandait le désarmement desrebelles avant d’aller aux élections, ce qui était d’ailleurs conforme auxaccords de Ouagadougou et d’Accra, les grandes puissances disaient qu’ilrefusait d’organiser les élections parce qu’il voulait rester au pouvoir.Lorsqu’il les a organisées, on a dit encore qu’il ne voulait pas quitter lepouvoir. Pendant les élections, lorsqu’il constate – la mission desobservateurs de l’Union Africaine également – qu’il y a des fraudes massivesdans cette même région du nord, personne ne veut en tenir compte. Il demandemême une commission d’enquête internationale pour faire la lumière sur laréalité électorale dans le Nord et tout le monde hausse les épaules. En fait,ceux qui accusent le président de tous les maux et qui n’ont pas voulurecompter les voix, même sous les caméras de télévision du monde entier,avaient besoin des élections dans un pays illégalement occupé pour réussir lecoup d’Etat. Ils savaient que la fraude et la brutalité des forces rebellesétaient indispensables pour parvenir à leurs fins. Certainessources à l’ONUCI m’ont confirmé qu’il était hors de question de ne passuivre les objectifs de Paris et de Washington qui voulaient installer monsieurOuattara au pouvoir, au besoin par la force. C’est finalement ce qui a étéfait.
Dans votre livre, vous expliquez quece sont Sarkozy et Blaise Compaoré qui ont renversé Laurent Gbagbo. Mais,comment est-ce possible quand on sait que le président Blaise Compaoré setrouve être le facilitateur de l’Accord de Ouaga ?
Monsieur Blaise Compaoré a joué au moins surtrois tableaux. Premièrement, il a toujours soutenu Alassane Ouattara touten orchestrant, pour des raisons de politique intérieure burkinabé,l’instabilité en Côte d’Ivoire. Souvenez-vous que les autorités burkinabésavaient fait publier un communiqué en 2000, au moment où la polémique battaitson plein à Abidjan sur la nationalité d’Alassane Ouattara, affirmant haut etfort que monsieur Ouattara n’était pas burkinabé. Ce qui est faux. Il atoujours été burkinabé comme le prouvent tous les témoignages et les documentsque j’ai retrouvés aux Etats-Unis. Il me semble bien que les autoritésburkinabé, à défaut de dire la vérité sur l’identité de leur ancien étudiantboursier aux Etats-Unis (Alassane Ouattara), devraient tout moins s’abstenird’interférer dans un débat de politique intérieure propre à la Côte d’Ivoire.Jamais la Côte d’Ivoire ne s’est mêlée de la vie politique intérieure duBurkina faso sous Blaise Compaoré. Deuxièmement, il a été désigné par des puissances étrangères comme médiateurdans un conflit dont il était un des parrains. C’est très cynique de sa partmais cela correspondait à une réalité et à sa propre stratégie du moment. Enmême temps qu’il participait à la médiation, il abritait les campsd’entrainement des rebelles sur son territoire, et soutenait militairement lesmêmes rebelles. Il souriait publiquement au président Gbagbo mais préparait sachute. Il s’agissait d’un véritable jeu de dupes. Troisièmement, lorsque jetombe sur la lettre du président Compaoré du 24 mars 2011 invitant le présidentSarkozy à engager une action militaire contre le président ivoirien LaurentGbagbo, je comprends qu’il n’a jamais renoncé à renverser le chef de l’Etativoirien. Les déclarations de monsieur Compaoré dans la presse françaisesouhaitant la chute du régime ivoirien sont explicites. Il a endormi certainsde ses interlocuteurs pour mieux réaliser son coup. Ceci coïncidait bien avecl’agenda des puissances étrangères et du président Sarkozy contre Gbagbo.Monsieur Compaoré a légitimé au sein de la CEDEAO le coup d’Etat contre Gbagbo.En plus d’avoir renversé son prédécesseur et ami Thomas Sankara, il a voulu etobtenu la chute du président Gbagbo. Reste à savoir si la CEDEAO prendra unjour à Ouagadougou les mêmes initiatives lorsque les opposants burkinabésdénonceront, encore plus fort qu’ils ne le font depuis plus de 20 ans, lafraude électorale et les dérives bien connues du régime burkinabé.
Vous nous dites donc que le mondeentier a été trompé sur la réalité de la crise post électorale en Côte d’Ivoire?
C’est évident! Le président Thabo Mbeki,médiateur de la crise ivoirienne, le chef de la mission des observateurs del’Union africaine Joseph Kokou Kofigoh le disent aussi. Sauf à croire qu’ilssont tous naïfs et de mauvaise foi. Ce que personne ne peut croire ou démontrerobjectivement. Les faits sont sous nos yeux pour ceux qui veulent les voir.
Partagez-vous l’opinion selon laquelle onaurait fait l’économie d’une guerre si le président Laurent Gbagbo s’étaitrefusé d’organiser l’élection présidentielle dans les conditions qu’on savait,avec une rébellion armée qui contrôlait encore toute la moitié nord dupays ?
Non, je ne partage pas cette vision deschoses, mais je la comprends. Vous savez, l’analyse du dossier ivoirien n’estpas simple et pour mieux comprendre la réaction du président Gbagbo, il fauttenir compte de plusieurs paramètres internes et externes. Il a engagé uneaction militaire à travers l’opération césar ou dignité pour reprendre lecontrôle du nord et organiser des élections dans un contexte politique d’unitéterritoriale. Au moment où cette action était sur le point d’aboutir, l’Elyséea orchestré une action de manipulation à Bouaké avec des complicités internesen Côte d’Ivoire. 9 soldats français ont été tués dans des circonstances encorenon élucidées et l’on a accusé immédiatement le président Gbagbo d’en être leresponsable. Ceci a été le prétexte pour détruire l’aviation ivoirienne le 6novembre 2004. Pis, ce même événement a entraîné les tueries de l’hôtel Ivoireet de nombreuses victimes ivoiriennes. C’est dire qu’une action militaire forteétait prévue contre le régime Gbagbo quelque soit le cas de figure (électionsou pas élections). Par la suite, la communauté internationale a intensifié lespressions avec l’embargo sur les armes et une campagne médiatique sanséquivalent contre le régime du président Gbagbo. En plus des ingérencesafricaines, en l’occurrence celle du Burkina Faso, le président Gbagbo devaitlutter contre l’isolement de son pays et les pressions de toutes sortes sur leplan international. Il a choisi la paix et la négociation. C’est ce qui apermis aux Ivoiriens d’obtenir un répit jusqu’aux élections. Ceux qui pensentqu’il était possible d’éviter la guerre en refusant d’organiser les électionsse trompent. Savent-ils quel était l’agenda des déstabilisateurs de la Côted’Ivoire ? La seule chose qui pouvait éviter la guerre c’était de faire cadeaudu pouvoir à monsieur Ouattara comme l’exigeaient, sous différentes formes, leBurkina et “la communauté internationale”. Ce qui signifie qu’il ne fallait passuivre les règles constitutionnelles et les procédures démocratiques.L’attitude décrite sur la reconnaissance précipitée d’Alassane Ouattara aprèsles élections et le soutien massif des grandes puissances en est la démonstration.La constitution ivoirienne, le choix des Ivoiriens, les procéduresdémocratiques n’intéressaient pas les parrains de l’instabilité en Côted’Ivoire.
Certains observateurs politiques traduisentla crise ivoirienne et la capture de Laurent Gbagbo comme répondant à desenjeux géostratégiques et économiques de la France. Qu’en pensez-vous ?
Je ne suis pas de cet avis. La capture deLaurent Gbagbo et la déstabilisation de son régimereposent essentiellement sur la volonté personnelle de Nicolas Sarkozy et decertains lobbies financiers qui voulaient changer de régime en Côte d’Ivoire.Parler globalement de la France n’est pas exact car la décision de renverserLaurent Gbagbo n’a pas été prise après un débat parlementaire ni après uneconsultation nationale. Le chef de l’Etat français a utilisé abusivement sonpouvoir de représentant de l’Etat français pour réaliser le coup d’Etat aumépris de la souveraineté de la Côte d’Ivoire et du débat démocratique enFrance. D’ailleurs, différents députés de gauche comme de droite ont expriméleur désapprobation sur l’intervention française. Certains ont aussi demandéune commission d’enquête au Parlement, demande qui a visiblement été étouffée.
8 mois après l’avènement du régime Ouattara,peut-on considérer qu’aujourd’hui une démocratisation du pays est en marche,avec un Etat de droit, une liberté de la presse ? Autrement dit, après 20 ansde crise, Ouattara est-il l’homme de la réconciliation de la Côted’Ivoire ?
Il me semble, d’après certaines organisationsdes droits de l’Homme que l’on ne peut soupçonner d’être favorables à l’opposition,que la situation des libertés publiques est très préoccupante en Côte d’Ivoire.Reporters Sans frontières écrit par exemple ceci : “ Depuis le mois d’avril etl’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara, les autorités ivoiriennes n’ont pasdémontré leur respect de la liberté de la presse “. Même le consulat de France donne desconsignes de très grande prudence aux touristes qui se risqueraient à voyager àAbidjan. A croire que la fanfare sur l’avènement démocratique en Côte d’Ivoirene tient toujours pas ses promesses.
Que pensez-vous des prochaines législativesen Côte d’Ivoire ? Vont-elles conduire à une normalisation de la viesociopolitique, comme le pense le pouvoir en place ?
Il ne peut y avoir de compétition politiquenormale dans un climat de peur, de racket et de pillages des populationsciviles. Le nouveau pouvoir n’a pas réussi à garantir la sécurité des Ivoiriensni même celle des étrangers. Les Ivoiriens ne peuvent pas croire à la sincéritédes élections lorsque les résultats des élections de novembre 2010 n’ont pasété clarifiés et que la décision du Conseil constitutionnel n’a pas étérespectée.
Le pouvoir a libéré 20 prisonniers politiques,il y a peu. Seulement, le Fpi ne participera pas à ces législatives. Il a posécomme condition à sa participation, entre autres, la libération de LaurentGbagbo… Quellelecture en faites-vous ?
C’est toujours bien de libérer des innocentsou des prisonniers politiques. Le FPI est logiquement fondé à réclamer lalibération de ses militants et de tous les prisonniers politiques. La détentiondu président Gbagbo à Korhogo est totalement arbitraire et repose uniquementsur des motivations politiques. Pour l’instant, les avocats et de nombreuxobservateurs constatent que les accusations portées contre le président Gbagbone sont pas étayées. Pour le FPI, participer à des élections dans cesconditions reviendrait à entériner la reconnaissance internationale du nouveaurégime au niveau national. C’est-à-dire, à accepter que Monsieur Ouattara a étéle vainqueur de l’élection présidentielle de 2010, ce qui, à ce jour, n’est pasprouvé.
Les chefs d’Etats se succèdent enFrance sans qu’il y ait rupture dans les méthodes dites « françafricaines ».Un rééquilibrage des relations France-Afrique vous semble-t-il possible ? Et dans quellesconditions ?
Le changement des rapports entre la France etl’Afrique francophone ne dépend pas et ne doit pas dépendre des dirigeantsfrançais, mais plutôt des dirigeants et des élites du continent africain. Ilsdoivent faire valoir leurs priorités, leurs intérêts et leurs politiques. Pourl’instant, c’est la France qui a toujours conduit les débats et les Africainsont presque toujours suivi. Le président Gbagbo a été parmi les raresdirigeants africains à vouloir faire valoir les intérêts de son pays et de sespopulations, on lui a préféré un allié du FMI et de la finance internationale.Au lieu de passer beaucoup de temps à critiquer la politique française (ce quiest fait régulièrement depuis les indépendances), les Africains doiventaujourd’hui passer aux actes. Le président Gbagbo a passé moins de temps àcritiquer la France mais a essayé de montrer qu’il y avait une autre façon defaire ou de travailler avec la France. La CEDEAO a préféré le menacer plutôtque de défendre les intérêts vitaux d’un pays phare de la sous-région. Ce quiest déplorable.
Comprenez-vous mieux aujourd’hui René Dumontlorsqu’il déclarait au début des années 60 que « l’Afrique noire est malpartie » ?
Non, l’Afrique noire n’est pas mal partie !Ce sont les dirigeants africains qui ne savent pas toujours où ils vont. Ilssont censés diriger leur pays en défendant à la fois la souveraineté de leursEtats et le bien-être de leur population ; ils semblent plutôt qu’ils écoutentdavantage ce que leur suggèrent les puissances extérieures et les forces quiempêchent le développement du continent africain. On leur a dit que les plansd’ajustement structurel étaient bons, ils les ont appliqués. On leur a dit quela dévaluation du franc CFA était une bonne chose pour leurs économies, ilsl’ont acceptée. On leur a dit de signer des accords avec l’Union Européenne oules Etats-Unis parfois au détriment de leurs propres avantages, ils l’ont fait,avant de se rendre compte que les termes de ces accords leur étaientdéfavorables. Il faudra bien un jour qu’ils sachent négocier, qu’ils sachentrésister, qu’ils refusent la facilité et qu’ils n’aient pas toujours peurd’être renversés s’ils n’obéissent pas à ceux qui tirent les ficelles.
Avec le recul, pensez-vous que cette criseivoirienne était-elle liée à un déficit de démocratie ?
Ça dépend encore dece qu’on entend par démocratie. Les uns ont pensé que la démocratie en Côted’Ivoire c’était le fait que la communauté internationale impose le dirigeantde son choix à la tête du pays, peu importe qu’il y soit mis par des moyensillégaux, non conformes aux lois et à la constitution ivoiriennes. D’autres aucontraire pensent que la démocratie c’est le respect scrupuleux de ces lois etde cette constitution mises en place après un référendum populaire. Je ne croispas qu’il y a eu déficit de démocratie mais plutôt une conception antagonistedes règles de base du fonctionnement d’un Etat démocratique. Certains étaientprêts à prendre le pouvoir par tous les moyens alors que d’autres voulaientrespecter scrupuleusement la loi et la constitution de Côte d’Ivoire.
Les crises ivoiriennes et libyennes nesont-elles pas symptomatiques du caractère inopérant de l’ingérence du droithumanitaire ? Et finalement l’Onu et la communauté dite internationale neportent-elles pas toute la responsabilité de ces crises africaines ?
Je ne crois pasqu’il faille attribuer toute la responsabilité des crises africaines à l’ONU età ce qu’il est convenu d’appeler “la communauté internationale”. Les Africainsne sont pas de grands enfants qui subissent et qui par fatalité ou déterminismedoivent toujours subir. La CEDEAO a été la première à menacer le président Gbagbod’intervention militaire. Ce fut déplorable, irresponsable et lamentable.L’Union Africaine s’est illustrée par une complaisance sans équivalent lorsquela prétendue “communauté internationale” a reconnu monsieur Ouattara. Denombreux dirigeants sachant qu’ils côtoient beaucoup la fraude électorale etqu’ils règnent sans opposition démocratique dans leur pays ont entériné ladécision de la France et des Etats-Unis. Les mêmes Africains ont applaudi la secrétaire d’Etataméricaine Hilary Clinton qui leurordonnait presque d’expulser les ambassadeurs libyens accrédités dans leurspays respectifs. En cela, leur comportement ne fut guère exemplaire non paspour le colonel Khadafi mais pour la dignité et la respectabilité desdirigeants africains. La première responsabilité est donc la leur.
Vous dénoncez « les secrets de lajustice internationale » dans l’un de vos ouvrages. Quelles sont lessolutions que vous proposez pour que l’Afrique se réapproprie son développementet son avenir ?
Ce serait prétentieuxde ma part que de prétendre détenir des solutions sur le devenir de l’Afrique.La justice internationale ou ce qu’on qualifie comme telle n’en est pas une.Celle qui traite par exemple du Rwanda est un scandale. Dans un conflit qui aopposé des rebelles aux forces gouvernementales, seuls les membres dugouvernement rwandais sont incarcérés et condamnés. C’est comme si en Côted’Ivoire, on décidait de traduire en justice tous les ministres pro-gbagbo etque tous les rebelles qui ont commis des actes répréhensibles depuis 2001n’étaient aucunement concernés par la justice. C’est cela le Tribunal pénalInternational pour le Rwanda. La communauté internationale a décidé que seulsles Hutu étaient les méchants et les rebelles tutsi, eux, les bons et les gentils.Malgré tous les crimes que ces derniers ont commis au Rwanda et au Congo, lajustice ne s’intéressera jamais à eux. C’est probablement ce scénario qui estenvisagé en Côte d’Ivoire. On parle de traduire le président Gbagbo devant laCPI, sur quel fondement juridique? Quelle est la légitimité de la CPI dans lesélections et les actes qui entourent ces élections en Côte d’Ivoire ? J’ai eule privilège de recevoir au cours de mon enquête le mémorandum du 9 mars 2011rédigé par les avocats français de monsieur Alassane Ouattara qu’ils ontadressé à la Cour Pénale Internationale. Ce document préparé avant le coupd’Etat d’avril 2011 avait été concocté pour neutraliser le président LaurentGbagbo et non pas pour analyser la situation des droits de l’Homme en Côted’Ivoire comme ses auteurs le prétendent. Ils accusent “le président Gbagbo etson clan” de multiplier les violations des droits de l’Homme depuis“l’élection” de monsieur Ouattara le 28 novembre 2010. Pourquoi ce texte très politique commence àaccuser le président Gbagbo seulement à partir du 28 novembre ? Il eut étépréférable et plus cohérent, danas cette logique, de commencer dès son arrivéeau pouvoir en 2000 ou dès 2001. On pourait ainsi enquêter sur ceux qui ont faitla tentative des coups d’Etat de 2001, 2002, 2004, ainsi que leurscommanditaires et finir par le coup réussi de 2011. Y a-t-il eu violations desdroits humains à toutes ces périodes ou pas ? Les Premiers ministres successifspeuvent-ils être concernés par des enquêtes judiciaires ou pas ? Vous voyez quelorsqu’il faut aller au fond des choses, ça peut devenir très embarrassant etpeut-être aussi très intéressant. Je pense pour l’instant qu’il faut libérercelui qui a permis à monsieur Ouattara de se présenter aux élections alors qu’ilétait sous le coup d’un mandat d’arrêt international de monsieur Bédié pourfaux et usage de faux. Je note simplement que Monsieur Gbagbo n’a jamais mismonsieur Ouattara en prison alors qu’il était fondé de le faire après deuxtentatives de coup d’Etat en 2001 et 2002. Cependant, monsieur Ouattara a déjàmis arbitrairement Laurent Gbagbo en prison à deux reprises (1992 et 2011) simplement parce qu’il n’ajamais toléré de voir ce dernier gravir les hautes marches vers le pouvoirsuprême. En regardant simplement les faits, on est obligé de constater que saconception de la démocratie est vague et très aléatoire.
Réalisée par NikittaKadjoumé
Source : Infodabidjan
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