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Le village de Ouandia-Séria à environ 2 km d’Issia sur la route de Daloa est réduit en cendres. Sur une quarantaine de maisons, 29 ont été entièrement pillées et incendiées. Les autres qui n’ont pas été incendiées ont tout de même été pillées.
Les tristes faits se sont produits le samedi 29 octobre. Les maisons en terre battue sont sans toiture et les traces de feu étaient encore visibles à notre arrivée à Ouandia-Séria ce même samedi dans l’après-midi. La fumée se dégageait encore des ruines des cases en terre battue.

Un détachement des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) était posté à l’entrée du village armes de guerre aux poings. Dans le village voisin, Ouandia, des gendarmes et des éléments des Frci étaient également disposés avec des armes de combat. Le calme règnait sur Ouandia et Ouandia-Séria. Les deux villages étaient déserts et l’atmosphère était visiblement lourde.
Que s’est-il passé pour que le village de Ouandia-Séria soit pillé et incendié ? Selon les informations recueillies, Yéré Michel natif de Ouandia est allé, le jeudi 27 octobre à Issia, chercher Moussa Diarra, d’origine malienne et acheteur de produits pour lui proposer du cacao dans son village à Ouandia. Moussa Diarra et Yéré Michel qui, indique-t-on, sont des amis de longue date, quittent la ville pour le village afin que le premier achète le cacao du second. Mais, jusqu’à ce samedi matin, Moussa Diarra n’a pas regagné son domicile. Il est introuvable. Le jeune Yéré Michel également. Alors, pour la communauté des allogène et surtout des ressortissants du nord, il n’y a aucun doute, leur homme a été tué par Yéré Michel. Ils décident donc d’envoyer une expédition punitive contre le village de Yéré Michel. Ce samedi matin, au dire des différentes sources, ces communautés jettent leur dévolu d’abord sur Ouandia-Séria. Ce village était déjà vide parce que les populations étaient, dit-on, à des funérailles dans un autre village. C’est donc en toute tranquillité que les assaillants pillent toutes les maisons avant d’y mettre le feu. Ils s’apprêtaient à s’attaquer à Ouandia, le village de Yéré Michel quand les Frci et la gendarmerie interviennent sur ordre du préfet d’Issia qui tenait déjà une réunion de crise relativement à cette affaire. « C’est pendant que nous étions en réunion de crise que les gens sont allés incendier le village », explique le préfet Olivier Ossey Achi. Qui indique n’avoir pas été informé tôt de la disparition de Moussa Diarra.
Le gouverneur affirme que la gendarmerie a entrepris des recherches afin de tirer au clair cette affaire qui risque d’embraser le département. Le samedi après-midi, des chars de l’Onuci et un impressionnant dispositif de policiers, de gendarmes et de Frci étaient devant la préfecture pour sécuriser la réunion que tenait le préfet.
Le dimanche matin, le dispositif des gendarmes, policiers et Frci a été renforcé dans le village de Ouandia-Séria. Quelques habitants meurtris étaient en train de constater les dégâts causés dans leur village. Des femmes étaient en pleurs et le spectacle intenable.
Dans l’après-midi de dimanche hier, la gendarmerie a arrêté Yéré Michel dans sa cachette dans un campement situé loin de son village de Ouandia. Des sources proches du dossier indiquent que Yéré Michel aurait avoué avoir tué Moussa Diarra en croyant qu’il avait sur lui une forte somme d’argent. La même source rapporte que Yéré Michel n’aurait trouvé que 20.000FCFA sur sa victime. Yéré Michel aurait donc indiqué à la gendarmerie l’endroit où se trouvait le corps de sa victime. Le malfaiteur aurait été transféré à Daloa hier dimanche pour qu’il réponde de ses actes devant la justice.
Maintenant que Yéré Michel aurait avoué son forfait, on s’interroge pourquoi le village de Ouandia-Séria a été littéralement pillé et mis à feu. Ce village n’est pas le village de Yéré Michel alors pourquoi cette localité a-t-elle fait les frais de la révolte de la communauté allogène et allochtone ? Et même si Ouandia-Séria était le village natal de Yéré Michel, est-ce que pour un acte posé par un seul individu on doit s’attaquer à tout le village ? Pourquoi n’avoir pas laissé les recherches de la gendarmerie avant de faire quoi que ce soit ? Ces préoccupations méritent d’avoir des réponses.
D’ailleurs, à Ouandia, les jeunes ressortissants du Nord disaient sans gêne qu’ils feront vivre le calvaire à la communauté Bété si Moussa Diarra était retrouvé mort. Le pire reste à craindre. Surtout qu’aucun des assaillants n’a été interpellé.
Benjamin Koré, Envoyé spécial à Issia
Source: Notre voie
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