Les dernières nouvelles en provenance de Libye concernent principalement les atrocités commises par l’opposition qui a pris le pouvoir. Et il n’est même pas question du corps de Mouammar Kadhafi exposé dans le rayon boucherie d’un supermarché (après tout, c’était un dictateur et un criminel, direz-vous). Mais il y a d’autres précisions au sujet de la révolution libyenne.

Les membres de Human Rights Watch ont découvert 53 corps de partisans de Kadhafi fusillés la semaine dernière à Syrte (où se déroulaient les derniers combats de l’étape actuelle de la guerre civile) par les opposants en provenance de Misurata (ceux qui ne font pas vraiment allégeance au Conseil national de transition de Benghazi). Les corps étaient en train d’être enterrés (les poings liés), lorsque les militants des droits de l’homme ont débarqué… Entre-temps, le chef du Conseil national de transition déclare que la Libye vivra désormais selon la charia…
Il convient de noter que le plus intéressant à l’heure actuelle, ce ne sont pas les nouvelles en provenance de Libye, mais la manière dont elles sont interprétées dans les pays qui ont participé à l’opération de l’OTAN. Sur la scène médiatique de ces Etats on assiste à des changements pour l’instant peu perceptibles qu’on a du mal à déceler et à définir, si ce n’est vers une baisse de l’enthousiasme pour les événements en Libye.
Ce sont donc des islamistes !
« Un autre dictateur a été renversé par une révolution », se dit pour l’instant le public de masse. Rappelons que la semaine dernière, l’Union européenne (« la fin d’une ère de despotisme ») et le président américain Barack Obama (« la fin d’un chapitre long et douloureux pour le peuple libyen ») ont réagi à la mort de Kadhafi. Par contre, pour le public « expert », le tableau informationnel de la Libye était déjà complexe par le passé, et il l’est d’autant plus actuellement.
Par exemple, lundi la principale nouvelle était le discours à Tripoli de Moustapha Abdeljalil, ex-ministre de la Justice de Kadhafi et actuellement chef du Conseil national de transition. Il a déclaré que désormais la Libye vivrait selon les lois islamiques, et que toute loi allant à l’encontre de la charia serait abrogée. Il convient de rappeler dans ce contexte le flux pratiquement incessant des analyses d’experts sur le thème libyen, qui au cours des derniers mois paraissaient dans le magazine d’élite dans tous les sens du terme Foreign Affairs (publié par le Conseil américain pour les Affaires internationales, le principal centre cérébral de la diplomatie américaine).
Dans ce magazine, le « facteur islamique » en Libye était discuté très sérieusement, y compris les mentions du fait que le personnage clé militaire du Conseil national de transition, Abdelhakim Belhadj, a été vu dans les années 1990 en Afghanistan dans les rangs du Groupe islamique combattant en Libye. Et après le 11 septembre 2001 certains de ses collaborateurs ont fait un séjour à Guantanamo et dans d’autres centres clandestins de détention de terroristes (ainsi que des innocents, et on assiste actuellement à de vifs débats aux Etats-Unis à ce sujet).
Rappelons également que les résultats des élections dans un autre pays « révolutionnaire » d’Afrique du Nord, en Tunisie, seront annoncés sous peu. Et on saura si les islamistes remporteront la victoire ou connaîtront une défaite. On a écrit à plusieurs reprises que les révolutions au Moyen-Orient étaient en réalité un désagrément pour les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne. Simplement il y a été décidé de faire faire bonne mine à mauvais jeu et de soutenir verbalement les « combattants contre les dictatures. »
Mais maintenant que le « chien enragé du Proche-Orient » est mort, un autre jeu commence, et les pays impliqués dans l’opération de l’OTAN en Libye n’y ont pas encore clairement réagi. Bien qu’il soit facile de deviner que les pays européens ne se montrent optimistes qu’en public. Et pas pour longtemps, car la « chariatisation » de la Libye n’est une très bonne nouvelle pour ceux qui ont aidé le Conseil national de transition à prendre le pouvoir.
L’OTAN devra s’attarder en Libye
En ce qui concerne les interventions des experts au sujet des leçons à tirer de l’opération libyenne et de ses conséquences, côté leçons tout va bien, par contre on ignore quelle est la marche à suivre.
Selon Sir Richard Dalton, ancien ambassadeur britannique en Libye, « le fait que l’avenir de la Libye soit flou ne signifie pas qu’il faut poser la question de cette manière : avions-nous raison de faire ce qu’on a fait. »
Donc, tout a été fait comme il le fallait. Sir Richard Dalton exprime au nom des dirigeants français et britanniques les principaux critères de l’ingérence de l’OTAN dans les futurs conflits de ce genre : « la légalité, le soutien régional et la possibilité d’aboutir à un succès. » Il existe d’autres publications montrant les points communs entre les guerres des Etats-Unis ou de l’OTAN au Kosovo, en Afghanistan, en Irak…
En fait, il convient de noter qu’il est impossible de qualifier ces opérations de brillantes, bien que pour des raisons différentes. Mais le problème clé n’est pas de savoir si les forces extérieures devaient ou non participer aux opérations terrestres. La question est de savoir s’il faut ou non dépenser des sommes astronomiques et mettre en œuvre des moyens immenses (y compris militaires) pour l’édification nationale d’un pays victime d’une guerre. Il est évident que c’est là (et non pas dans les opérations militaires) que réside le principal problème, et surtout des dépenses incroyablement élevées.
Autrement dit, actuellement les vainqueurs de l’opération libyenne de l’OTAN règlement la question la plus pénible : peut-on laisser le sort de la Libye entre les mains des vainqueurs (c’est-à-dire le CNT et deux autres mouvements rebelles), ou faudra-t-il une nouvelle fois s’impliquer dans l’édification nationale. Et pour l’instant les conclusions ne sont pas réjouissantes.
Le Conseil américain pour les Affaires internationales a organisé un brainstorming d’analyse juste après la mort de Kadhafi pour mettre en évidence les problèmes clés de la Libye à l’heure actuelle.
Il s’agit, par exemple, des relations complexes entre les habitants de Tripoli (qui estiment avoir joué un rôle décisif dans la guerre contre Kadhafi) et les nombreuses troupes du désert et des provinces qui ont inondé la capitale. Il est également question de la combinaison explosive de trois facteurs : les troupes fidèles à Kadhafi (ou à son fils), la présence d’un immense arsenal échappant à tout contrôle et la dynamisation des islamistes radicaux dans les rangs du Conseil de transition.
Et la conclusion : il ne faut pas se faire d’illusions, l’OTAN devra s’attarder en Libye, sous une forme ou sous une autre. C’est du moins l’opinion des experts.
Source : egaliteetreconciliation
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