… Une certification instillant chez un grand nombre la conviction erronée que ses faux « résultats » « électoraux » étaient les bons. Tout le mal et les très nombreuses victimes de la crise post-électorale ivoirienne découlent de l’acceptation non-critique de ces faux résultats. Cela est allé de la presse aux politiques et diplomates. Cela s’est étendu jusqu’aux internautes et autres blogueurs abusés de plus ou moins bonne foi — incapables de reconnaître avoir été abusés, même lorsque Gbagbo demandait un recomptage face à ses adversaires (de Ban Ki-moon à Ouattara) qui préféraient la guerre demandée par Sarkozy ! Autant d’acteurs, allant des politiques aux blogueurs en passant par la presse officielle, qui ont contribué à la propagande qui a conduit à la situation actuelle… Et a fourni un nouveau modèle aux guerres post-bushiennes, désormais obamiennes et sarkoziennes. Cf. la guerre en Libye…
Article de Frank Toti. Extrait du Nouveau Courrier n°312 du vendredi 9 septembre 2011 :

« Certification controversée de la présidentielle 

Comment Choi a tout planifié »

Plus de neuf mois après la proclamation des résultats du second tour de la présidentielle et une semaine après son départ définitif de la Côte d’Ivoire, on en sait un peu plus sur l’un des plus grands scandales du système des Nations unies, en l’occurrence, la certification de Young Jin Choi. Au cœur d’une machination.
Même si pour certains, la page des élections semble tournée avec la bataille militaire ayant tourné, grâce aux soutiens déterminants des forces françaises et onusiennes, à l’avantage du camp Ouattara. Il importe pour l’histoire et la postérité que la vérité soit sue d’une part et restaurée d’autre part, et aussi pour la mémoire de toutes ces personnes tombées au nom d’un idéal de démocratie. Neuf mois après, dans une correspondance particulière, une personnalité au cœur du système fait des révélations sur la «scandaleuse» certification de l’ex-patron de l’Onuci, Young Jin Choi. Un Choi qui a été fait, le 7 août dernier, grand commandeur de l’ordre national pour service rendu, a-t-on dit, à la Côte d’Ivoire. Pourtant, affirme notre source, il a « avec subtilité, trompé la communauté internationale qu’il a amenée à entériner le faux résultat de Bakayoko Youssouf». Son récit commence à la date du 11 novembre 2010, veille de la certification du premier tour.
Les détails d’une certification
Ce jour-là, Choi assisté du chef de la Division électorale et de la responsable de la cellule certification de l’Onuci échangent avec cinq candidats et sept représentants de candidats. Au cours de la réunion, la responsable de la certification déclare «que relativement aux textes qui régissaient l’organisation du scrutin, la Commission Electorale de Côte d’Ivoire avait suivi toutes les procédures qui ont conduit à la proclamation des résultats provisoires et aux résultats définitifs, proclamés par le Conseil Constitutionnel». Il s’agit là du résultat du premier tour…
Ce 11 novembre là, certains candidats et des représentants de candidats posent plusieurs questions à Choi et à son équipe notamment sur des irrégularités qu’ils avaient constatées et qui ont, selon eux, entaché la sincérité du scrutin. Notamment, les empêchements de vote dans certaines localités, l’absence de stickers sur certains bulletins de vote, l’absence des soldats du Centre de Commandement Intégré (Cci) dans certains lieux de vote, les votes frauduleux des Forces de Défense et de Sécurité et des éléments des Forces Nouvelles, les votes multiples etc.
«En réponse aux préoccupations soulevées par certains candidats et représentants de candidats, M. Choi et ses collaborateurs ont indiqué que ces questions devraient plutôt être adressées à la Cei et au Conseil constitutionnel qui sont responsables à divers niveaux, de l’organisation de la campagne, du scrutin et de la proclamation des résultats provisoires et définitifs», raconte notre source. Certains candidats et représentants de candidats reviennent à la charge «pour signifier vertement à M. Choi et à ses collaborateurs qu’ils ne comprenaient pas bien la mission de la certification parce qu’ils estimaient que les irrégularités étaient flagrantes et par conséquent ont négativement influencé la proclamation des résultats provisoires et définitifs du premier tour du 30 octobre 2011». Il n’en fallait pas plus pour mettre le «certificateur» Choi dans une colère à peine contenue. «Le rôle de la certification est d’apprécier toutes les étapes et d’apporter un jugement au regard des critères et non de se substituer aux institutions Ivoiriennes en charge de la conduite du processus électoral. Je n’ai pas le mandat que vous me demandez et je vais certifier le premier tour parce que toutes les procédures ont été respectées», a-t-il conclu. Avant de certifier le premier tour le lendemain 12 novembre 2010 par une formule assez révélatrice : «Les résultats des élections sont déterminés à l’issue d’un processus transparent et accepté par tous ou contesté de manière pacifique par les voies appropriées».
2nd tour : La volte-face du certificateur en chef
Le 30 novembre 2010, le second tour de l’élection présidentielle se déroule dans une atmosphère tendue à Abidjan et empreinte de violence dans la zone Cno et quelques localités dans la partie gouvernementale. L’attente des résultats provisoires de la Cei ne va pas arranger les choses. 72 heures après le délai imparti, Youssouf Bakayoko et les commissaires centraux n’ont pu délivrer les résultats. La suite, on la connaît plus ou moins. Le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, retiré quelques heures chez lui après l’expiration des 3 jours francs pour donner les résultats provisoires, est embarqué pour l’Hôtel du Golf, après le refus poli de Young Jin Choi, d’accueillir la proclamation – en mode solitaire, les membres du bureau de la CEI n’étant pas associés – des résultats dans son «bunker» du Sebroko, siège de l’Onuci.
«La Cei n’ayant pas proclamé les résultats provisoires selon ses procédures et les textes en vigueur, il a été constaté que son Président Bakayoko Youssouf a énoncé de manière solitaire des chiffres à l’Hôtel du Golf, «siège» des Forces nouvelles (ex-rébellion), transformé en QG de campagne du candidat Ouattara. Le Conseil constitutionnel a proclamé les résultats définitifs le vendredi 3 décembre 2010. Le même jour, le Représentant spécial du Sg des Nations unies en Côte d’Ivoire dit avoir certifié les chiffres énoncés par le Président de la Cei», explique notre source. Selon elle, la procédure de certification telle que suivie au premier tour, n’a pas été respectée au second tour par le certificateur en chef, Choi.
«Au premier tour, les candidats ou leurs représentants avaient été préalablement convoqués pour l’enregistrement de leurs observations. Au second tour, personne n’a été invité par l’Onuci à cet effet. C’est en écoutant la Radio de l’Onuci que les candidats et les Ivoiriens ont suivi la conférence de presse où M. Choi indiquait qu’il venait de certifier les chiffres énoncés par M. Bakayoko et rejetait les résultats définitifs tels que proclamés par la juridiction suprême de Côte d’Ivoire, le Conseil constitutionnel. Et ce, malgré le préambule de la Résolution 1765 du Conseil de sécurité des Nations unies du 16 juillet 2007 qui réaffirme son attachement au respect de la souveraineté, et de l’indépendance de la Côte d’Ivoire». L’Histoire le retiendra, en dépit de la campagne de communication massive déployée par Choi avant son départ : c’est cette volte-face inexplicable dans la certification précipitée du second tour qui est à l’origine de la crise post-électorale. Choi avait-t-il le droit de proclamer des résultats définitifs de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire parce qu’il est investi d’un mandat de certification par l’Onu ? Lui-même avait répondu par la négative, en répondant aux préoccupations évoquées par les candidats du premier tour de l’élection au cours de la réunion du 11 novembre 2010 au siège de l’Onuci. En réalité, le mandat du certificateur n’a jamais consisté à valider les résultats définitifs, mais à vérifier la conformité aux règles du déroulement du scrutin, depuis la campagne jusqu’aux résultats définitifs et, à en porter témoignage au Secrétariat général des Nations unies, tel que l’explique Choi lui-même, juste après le premier tour de la présidentielle. A l’évidence, il s’est investi d’une autre mission entre les deux tours de la présidentielle, allant même jusqu’à s’ériger président d’une sorte de «Haut» Conseil constitutionnel, seul habilité à donner la qualité de vainqueur à tel ou tel autre candidat. Les Ivoiriens ont payé de leur vie, une certification à double face pour une même élection présidentielle. Et Choi est retourné dans son pays, avec le sentiment du devoir accompli… après avoir trompé tout le monde. »
Source : un article de unebourriche
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