Erdogan & Peres : ce qui les sépare est désormais plus important que ce qui les réunissait. Bad news for Wahington !
En dépit des efforts répétés de Washington, Paris et autres capitales européennes sous influence, en dépit de l’embargo européen sur le pétrole syrien, le ciel international n’est pas aussi sombre qu’on le dit pour Damas. D’abord, la Russie, par la bouche très autorisée du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a condamné, samedi 3 septembre, l’embargo de l’Union européenne sur les importations de pétrole syrien :

« Nous avons déjà dit que des sanctions unilatérales ne sont pas bonnes. Cela détruit la possibilité d’une approche commune face à une crise » a déclaré M. Lavrov qui s’exprimait à l’occasion de la tenue à Douchanbé (Tadjikistan) d’un sommet de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) qui rassemble l’actuelle Fédération de Russie et les anciennes républiques soviétiques (à l’exception des trois Etats baltes et de la Géorgie, tombés dans l’escarcelle de l’OTAN).
Pour le chef de la diplomatie russe, qui pensait sans doute à l’ »expérience » irakienne, « les sanctions d’ailleurs sont rarement la solution ». Bref qu’on ne compte pas sur Moscou et ses amis pour asphyxier l’économie syrienne et affamer les Syriens.
Ni d’ailleurs pour désarmer la Syrie : le gouvernement russe n’entend pas cesser de vendre, contrairement à la coalition euro-américaine, des armes à ce pays. Bref, il ne se passe pas de semaine sans que Moscou ne rappelle par une déclaration sans équivoque que la Russie restait aux côtés de Damas.
Et derrière la Russie et la CEI, il a encore l’essentiel de l’Asie, avec l’Inde et la Chine. Autant de pays qui ne sont pas dupes des slogans de l’Occident américano-centré, et qui ne sont pas disposés, sur le dossier syrien, à « se placer du bon côté de l’histoire » comme les en pressait récemment Hillary Clinton. D’autant moins qu’il n’est pas certain que le sens de l’histoire, en ce début de nouveau millénaire, aille dans la direction de Washington.
Ce sont sans doute ces puissances, avec d’autres pays du Proche-Orient – Iran, Liban, Irak – qui seront les partenaires économiques à venir de la Syrie.
Ankara s’est trouvé une nouvelle tête de Turc
On parlait d’Hillary Clinton. La patronne de la diplomatie américaine a depuis peu un nouveau caillou dans sa chaussure hégémoniste : rien ne va plus à nouveau entre ses alliés turcs et israéliens.Exaspéré par le refus de l’Etat hébreu d’assumer ses sanglantes responsabilités dans l’attaque de la flottille turque au large de Gaza en mai 2010 (pour mémoire, neuf victimes turques), Erdogan a carrément expulsé, vendredi 2 septembre, l’ambassadeur israélien à Ankara. Et décidé de suspendresine die les accords de coopération militaires turco-israéliens.
Les Turcs avaient demandé à Tel-Aviv des « excuses publiques » pour l’attaque meurtrière de ses commandos contre les navires des militants pro-palestiniens, en majorité turcs, ainsi du reste qu’un dédommagement pour les familles des morts et des blessés dans l’assaut. C’était apparemment trop demander à « Bibi » Netanyahou et son équipe gouvernementale, tout au plus disposés à concéder quelques « regrets », comme dans l’affaire, plus récente, des gardes-frontière égyptiens abattus par des soldats de Tsahal.
La publication, jeudi 1er septembre, par le New York Times, des « bonnes pages » du rapport de l’ONU sur l’affaire de la flottille n’a rien fait pour calmer la – juste – colère turque : l’enquête onusienne, qui traînait depuis des mois – curieux comme tout va tout de suite moins vite à l’ONU quand il s’agit d’Israël – semble avoir accouché d’une souris inoffensive pour l’Etat hébreux.
Les responsables de la mission onusienne, dirigée par le Néo-zélandais Geoffrey Palmer, assisté de l’ex-président colombien Uribe – pas des ennemis farouches de Washington, ni donc de Tel-Aviv – sont semble-t-il incapables de dire si les commandos de Tsahal ont ouvert le feu sur les militants sans préalables et avant l’abordage de la flottille.
Palmer et sa fine équipe se contentent, en conclusion de leur rapport, de juger « excessive » la réaction israélienne dans cette affaire, osant relever certaines attitudes déplaisantes de la part des soldats : intimidation, agression physique, refus d’accorder (aux militants pro-palestiniens arrêtés) une assistance consulaire…
« Mieux », si l’on peut dire, le même rapport estime que le blocus israélien de Gaza – qui étouffe quand même depuis janvier 2009 1,6 million de Gazaouis – est « approprié » et « conforme au droit international ». Cette burlesque partialité ne peut étonner ou scandaliser que ceux qui ne se sont pas aperçus que depuis au moins vingt-cinq ans – depuis la première guerre du Golfe – « Nations-Unies » est synonyme d’ »Etats-Unis ». Apparemment les Turcs n’avaient pas – encore – compris…
En tout cas, une chose est sûre : dans la « démonologie » géopolitique d’Ankara, la Syrie est en passe d’être détrônée par Israël. Une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui, de Washington à Ryad en passant par Paris et Londres, auraient tellement voulu faire faire leur sale boulot géostratégique par l’ami Turc.
La guerre de Troie syro-turque n’aura décidément pas lieu !
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