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Contrat en Libye. Amesys s’explique

Contrat en Libye. Amesys s’explique

Amesys, qui possède une antenne rennaise, a installé pour le compte de la Libye, un logiciel d’interception informatique. Il aurait permis au régime de cibler des centaines d’opposants à Khadafi. Alors qu’Amesys évoque de son côté un contrat de fourniture de « matériel d’analyse » signé dans un contexte de rapprochement diplomatique avec la Libye, le député PS Christian Paul réclame lui de connaître le niveau d’implication de l’Etat français dans ce dossier.

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L’affaire a été révélée par le Wall Street Journal mardi. Le programme d’interception et de surveillance informatique, « Eagle », a été en partie conçu à Rennes, dans les locaux d’Amesys (groupe Bull) sur le campus de Ker-Lann (*). Les nombreux articles de journaux parus ces dernières heures ont sérieusement secoué l’entreprise pour laquelle travaillent 600 collaborateurs en France.
Une vente soumise à autorisation gouvernementale
« Il n’y a aucun doute sur la présence du système Eagle dans les locaux des services secrets libyens », explique la CFDT, le syndicat majoritaire qui a du mal à placer le curseur sur le tableau de l’éthique. « Du point de vue des citoyens que nous sommes, nous ne pouvons que nous indigner d’apprendre qu’une industrie française a fourni du matériel d’espionnage à un régime totalitaire qui torture ses opposants. De notre point de vue de salariés, nous ne pouvons que souhaiter que notre entreprise croisse et nous donne du travail ».Un responsable syndical CFDT, rappelle aussi que la vente d’un tel matériel est soumise à autorisation gouvernementale. « C’est notre gouvernement qui a décidé du bien fondé de cette vente ». 
Amesys s’explique
Après plusieurs heures de silence absolu, le groupe Amesys a fini par s’expliquer. La société reconnaît avoir signé un contrat en 2007 avec les autorités libyennes, soit l’année de la libération des infirmières bulgares et de la visite officielle de Mouammar Kadhafi en France. Ce contrat « concernait la mise à disposition d’un matériel d’analyse portant sur une fraction des connexions internet existantes, soient quelques milliers ». Toutefois, « il n’incluait ni les communications internet via satellite, utilisées dans les cybercafés -, ni les données chiffrées (type Skype), ni le filtrage de sites web » et ne permettant pas non plus de surveiller les lignes téléphoniques fixes ou mobiles », précise Amesys. La société française « n’opère aucun centre d’écoute téléphonique ni internet à aucun point du globe », ajoute-t-elle.
Le programme vendu a commencé à fonctionner en juillet 2008. Il n’a pas été conçu spécialement pour le régime libyen. Il existait avant cette date, mais a été considérablement développé pour le marché libyen.
Un député PS demande des comptes
Certains politiques, surtout à gauche commencent à parler de scandale. Le député socialiste de la Nièvre Christian Paul, par exemple, souhaite connaître précisément le niveau d’implication de l’État français dans ce dossier. Il a formulé une demande d’information dans une question écrite présentée mercredi à l’Assemblée nationale.
Après avoir comparé les outils informatiques vendus à « des armes technologiques », il demande si le gouvernement a donné « son feu vert pour de tels contrats avec la Libye ». Si ce n’est pas le cas, « quelles mesures le gouvernement entend-il prendre pour qu’à l’avenir » ces technologies ne puissent être vendues à des états totalitaires. Pour ce député, les libertés numériques « font aujourd’hui partie des principes que notre république doit défendre sans faiblir.
(*) À l’heure actuelle, seules 6 personnes seraient rattachées au site rennais.
Didier Déniel et AFP
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