Ça y est. La nouvelle est tombée comme un couperet, lourde, assourdissante, pénible. Laurent Gbagbo et son épouse ont été inculpés pour «infractions économiques, vol aggravé (pour les décisions concernant la BCEAO, la BICICI et la SGBCI), pillage, détournement de deniers publics, concussion, atteinte à l’économie nationale, etc.» Un fait sans précédent dans l’histoire de notre jeune nation en construction. Que la voilà bien inspirée, la justice ivoirienne.

Un juge d’instruction tellement libre, indépendant qui prend sur lui la responsabilité d’inculper Laurent Gbagbo et son épouse devant les scrupules du procureur. On y croit.

Laurent et Simone Gbagbo, bombardés, arrêtés, assignés à résidence et aujourd’hui inculpés. Et demain ? Qu’il est pénible le chemin qui mène à la liberté. Long, tortueux, parsemé de doutes, d’angoisses, d’obstacles…
Mais la vérité jaillit toujours pour sortir de l’ombre les justes. Toujours. Dans le tumulte de la politique ivoirienne, avec ce feuilleton judiciaire de mauvais goût, il importe de rappeler aux Ivoiriens les enjeux de tant de gesticulations.
La mort du tutorat français, la liberté, pleine, totale. Et Laurent Gbagbo lui-même ne croyait pas si bien dire quand il invitait ses compatriotes à enjamber son corps si jamais «il tombait». Eh bien ! Chers amis, nous sommes au regret de leur annoncer, à eux, du mauvais côté de l’Histoire, que «Laurent Gbagbo est toujours debout». Son état d’esprit nous est rapporté par son porteparole, le ministre Koné Katinan. Le contraire nous aurait étonné. Petite piqure de rappel. Il a refusé toute compromission hier quand il avait tout à gagner, il ne se reniera pas aujourd’hui qu’il n’a plus rien à perdre.
«La force de Laurent Gbagbo s’est totalement éteinte. Il a perdu l’affection de la population ivoirienne après s’être accroché au pouvoir pendant quatre mois». Et voilà le Coréen Young-Jin Choi qui vient nous éclairer sur les sentiments des Ivoiriens vis-àvis de leur président. Le drame quand on est petit, c’est qu’il se trouve toujours des gens pour parler à votre place. Cette sortie du Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire symbolise à elle seule la lecture de la crise ivoirienne que le ‘‘bloc ouest (la France en tête)’’ a réussi à faire avaler à l’opinion mondiale. C’est la faute à Gbagbo.
Des hordes de rebelles ont attaqué la République, condamnation de l’ONU et toutes les organisations satellites mais c’est quand même la faute à Gbagbo. Relire Marcoussis. Il ne faut pas chercher loin ce qui coule comme de l’eau de source, Laurent Gbagbo et ‘‘son clan’’ ont toujours été dans le collimateur des puissants. Aujourd’hui encore, c’est la faute à Gbagbo si la Côte d’Ivoire a sombré dans la guerre alors que dans un discours officiel il appelait à recompter les voix afin d’éviter au pays un bain de sang inutile quand son adversaire prônait, lui, le passage en force. Mais c’est toujours la faute de Laurent Gbagbo. Il n’aurait jamais dû revenir d’Italie, il aurait dû partir en novembre 2004, démissionner après le scandale des déchets toxiques, céder le fauteuil présidentiel après une élection contestée et contestable. C’est la faute de Laurent Gbagbo, de son épouse, de son fils, de ses gourous, de ses jeunes patriotes.
Tout est de sa faute à ce Gbagbo. Une fois dépeint comme le père des escadrons de la mort, l’auteur d’un charnier, tribaliste, xénophobe (ne reprend-il pas l’ivoirité de Bédié à son compte ?), va-t-en guerre, esclavagiste (l’affaire des enfants esclaves dans les champs de cacao)… qui pleurera ce Sheitan ?
Puisqu’il nous faut vivre, autant mourir de rire. Mais n’en déplaise aux abonnés de TCI, désormais baptisée RTI 1, de RFI, de TV5 Afrique et consorts, la réalité ivoirienne ne s’accommode que très peu de caricature.
On pourrait si l’on voulait approfondir la réflexion, se demander comment le président Laurent Gbagbo a fait pour résister pendant une décennie à cette coalition. Mais passons, même si la réponse à la préoccupation posée explique la réalité ivoirienne. La famille Gbagbo aux arrêts, qui encore ça étonne ? C’était couru d’avance. Ils s’adonnent à coeur joie, les vainqueurs de la bataille (non de la guerre). Ils vendent leur réconciliation le jour et incarcèrent la nuit. Hermann Aboa, des cameramen, des médecins. «Venez à nous vous tous qui êtes exilés, nous vous donnerons le réconfort de la patrie». Ah ! Adam, Satan te veut vraiment du bien. Le Général Dogbo Blé Brunot inculpé pour enlèvement, séquestration et assassinat du français Yves Lambelin. Et sur l’assassinat du français Philipe Remond monsieur le Procureur ? Où en est l’enquête ?

Oubliée dans les tiroirs pour une raison qui fait froid dans le dos : c’est un «Blanc de Gbagbo». Pourquoi dépenser l’argent du contribuable pour arrêter «des sauveurs» (le mot est du Procureur) ? Dans cette affaire Philipe Remond, Gbagbo (ou ses proches) n’est pas coupable alors… Affaire suivante.
Désiré Tagro ? Non ! Qui alors ? Peu importe, tant qu’on peut condamner des pro-Gbagbo. «C’est une règle de morale et de politique qu’il ne faut jamais pousser son adversaire jusqu’au désespoir», a ditJoseph Maistre.
Bienvenue dans la République du surréalisme (refus de toute construction logique et défense des valeurs de l’irrationnel, de l’absurde, le rêve). Le retour à la réalité sera plus dur que prévu. Un pouvoir en affaire courante qui finira sans doute dans le mur de l’incompréhension. Jugez-en vous même. «Nous étions tous à Abidjan, ces gens (les miliciens) massacraient la population. D’autres personnes sont arrivées pour mettre fin à ces crimes.
Et puis au même moment, on demande de poursuivre ceux qui sont venus mettre fin à la forfaiture… Chérif Ousmane met fin à ces tueries. Et puis des gens sortent d’on ne sait où, ils recueillent des témoignages tronqués des parents des miliciens et autres…». Témoignages tronqués des parents des miliciens, donc des pro-Gbagbo. Vous l’aurez compris. Si le silence est d’or, c’est qui les riches ?
Il parle ex profeso le Procureur Simplice Kouadio. Et en plus, il a de l’humour, le justicier sélectif. Et le ton, chers lecteurs ! Léger mais avec du corps. Puisqu’il nous faut vivre, vraiment autant mourir de rire.
Prendre l’horizon pour les bornes du monde et nous entrainer dans sa méprise. Non Monsieur. On vous aura compris, il n’y en aura que pour les pro-Gbagbo parce que c’est toujours la faute à… Gbagbo. Le bus 19 dans la lagune, la dream team des Eléphants qui ne ramène jamais de trophées, «c’est Gbagbo qui a fait ça». On embouchera la même trompette pour dire oui il est coupable le Gbagbo.
Coupable d’avoir fait prendre conscience à la jeunesse africaine qu’elle doit se battre pour conquérir sa souveraineté. «Le serpent n’est pas encore mort», clamait-il. Il ne s’agit plus là du système PDCI mais bien plus. Se libérer des chaînes, être l’égal du maître. L’Afrique du Sud des Mandela, Govan Mbeki, Sobukwe, Steve Biko l’a réussi. La Côte d’Ivoire n’abandonnera pas ce chemin.
«Combattant de la dignité» comme il s’est plu à se définir, la faute de Gbagbo, c’est de nous avoir tous ouvert les yeux, de quelque manière que ce soit, de quelque bord politique que nous soyions, sur cette décolonisation inachevée. Verdict.
Guy Constant Neza
Source : Le Nouveau Courrier/infodabidjan
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