Lettre ouverte de Monsieur l’Abbé Brice Bahouamio aux évêques du Congo
Excellences, Pères Évêques,
Je tiens tout abord à m’excuser de quelques imperfections orthographiques que pourrait contenir ce texte à cause du clavier anglais que j’utilise. J’implore également votre indulgence d’avoir choisi les colonnes de « Nerratis-Press » pour vous adresser cette lettre dont la confidentialité serait peut plus idéale. J’avoue que j’ai fait flèche de tout bois pour obtenir l’adresse e-mail de la « conférence des Évêques du Congo », mais en vain. Cela soit dit.
A l’heure ou le Congo vient de célébrer le 51eme anniversaire de son accession à l’« indépendance », je ne puis me contenter de ma situation présente sans pour autant me prononcer Lettre ouverte de Monsieur l’Abbé Brice Bahouamio aux évêques du Congosur l’avenir de notre nation a laquelle tout fils modèle de la glaise de son sol, reste redevable. Nous sommes tous redevables à cette terre qui nous a portée dans son sein, nous a nourri de ses mamelles et a gouverné nos premiers pas. Nous lui sommes redevables parce que le « Dieu Père », créateur de l’univers, nous a placés sous ce coin du ciel pour y travailler afin de hâter l’avènement de son Royaume. Nous lui sommes redevables parce qu’elle est un héritage de nos ancêtres, de ceux-là même qui n’ont ménagé la moindre goutte de leur sang pour libérer notre pays des chaînes de la « servitude », de la « traite négrière », du « colonialisme » et du « marxisme léninisme ». Je pense de façon spéciale à Kimpavita, à André Grenard Matsoua et ses compagnons, à Boueta Mbongo, à Mabiala Ma Nganga, à Mama Ngounga, à l’Abbé président Fulbert Youlou, le père de notre « indépendance », a Monseigneur Mbemba Théophile notre premier Évêque autochtone, au Cardinal Émile Biayenda qui nous a légué un témoignage immortel de sainteté, à Monseigneur Benoît Gassongo, à Monseigneur G. Poaty, à Monseigneur Batantu Barthélemy incarnation de la « sagesse Kongo », à Monseigneur Ernest Kombo dont la bravoure et l’engagement politique et social pour la défense des droits des opprimes inspirent les générations futures. Je ne saurais clore cette litanie sans témoigner une pensée pieuse a tous les martyrs de notre pays, à tous ces fils et filles du Congo à genou et humiliés. Je m’incline pieusement devant la mémoire fraîche des disparus du Beach et des charniers du Pool et de toutes les contrées de notre pays. Mention particulière à vous Pères Évêques, héritiers d’une riche tradition de sacrifices et de victoires. Dieu vous a voulu la à cet instant de notre histoire pour mener à son achèvement l’œuvre de vos prédécesseurs. Et moi, qui ne suis qu’un nain juche sur les épaules de ces géants de notre histoire. Je viens donc par ici m’acquitter de mon devoir comme fils de cette mère patrie qui n’attend de sa progéniture qu’un devoir de reconnaissance car « wa dia fua yika dio (l’héritage se fructifie) », nous disent les ancêtres. 
Chaque anniversaire étant une occasion à la fois de faire le bilan et de dégager les perspectives, je voudrais partager avec vous Pères Évêques quelques réflexions sur l’état d’esprit de notre église locale face à la dégradation de la situation sociopolitique, économique et religieux de notre pays. Cette réflexion est un exercice de prospection de nous-mêmes qui s’impose à chaque citoyen de notre pays, mais surtout à ceux-là qu’incombe la charge de conduire les âmes surtout dans le contexte actuel de grands traumatismes et souffrances causes à notre peuple qui n’aspire qu’a vivre son bonheur comme créature et fils de « Dieu », comme sujet à part entière de l’humanité, et non pas comme simple objet et spectateur de son propre destin. Bien avant tout permettez-moi, Messeigneurs, de vous dépeindre en quelques mots les abus et injustices qui, dans notre pays, ne laissent personne indiffèrent. Le Congo notre pays donne l’image d’une nation sans loi ni foi.
Sur le plan politique, c’est le retour au galop du monopartisme, de la dictature à l’état pur et simple sous les oripeaux d’une fausse démocratie avec des violations de droits de l’homme, le musellement de l’opposition, des syndicats et de toutes les « forces vives » de la nation, avec une constitution taillée à la mesure d’un individu qui en dispose les remaniements selon ses humeurs sans ne s’inquiéter de personne. Le tout couronne par un totalitarisme sans précèdent avec des arrestations, des enlèvements et assassinats arbitraires et sans procès.
Sur le plan économiques, notre pays n’a jamais été aussi béni qu’actuellement. Mais à qui profite toute cette richesse exploitée au quotidien ? C’est bien sur à une famille, à un « clan », à un « lobby » mafieux et occultiste, tandis que le gros du peuple croupit dans la mendicité, la pauvreté éhontée, la prostitution, la débrouillardise, etc. Au Congo, nul donc n’a accès au bonheur s’il n’est pas parent, membre du « clan » ou du « lobby ».
Sur le plan social c’est bien la division entre les fils d’un même pays. Division due à la marginalisation de certains peuples par le pouvoir de Brazzaville qui l’instrumentalise pour asseoir et assouvir sa dictature. Toujours sur ce dernier plan, on ne saurait oublier les pénuries d’eau potable et d’électricité devenue des denrées rares dans un pays arrosé par des cours d’eaux non de moindre importance. On ne saurait non plus ignorer ces étendues et ces édifices d’immondices qui jonchent rues et avenues, vous offusquent la vue et sont devenues des quartiers généraux des mouches, cafards et moustiques tous agents vecteurs de toute sorte de maladies qui tuent au quotidien le peuple congolais. Cette division susmentionnée n’épargne pas l’« armée congolaise » devenue clanique avec plus de 99 pour cent d’officiers supérieurs tous d’un même bord régional et ethnique. Sur le plan religieux c’est la marginalisation et la persécution des chrétiens. En effet, il n’est plus aise à un chrétien de se faire embaucher au Congo ou d’occuper les hautes fonctions de l’administration. Ce privilège est réserve aux seuls inities, entendu ici aux « franc-maçons ». Ce qui conduit nombreux de nos fidèles laïcs à renoncer leur foi chrétienne pour se faire de la place au soleil. Au regard de tout cela quelle est alors l’attitude de l’église ? Que dit l’église des contrats compromettants que le régime de Brazzaville est en train de signe sans le moindre état d’âme ? Contrats qui lient notre pays aux sociétés chinoises et occidentales dont la durée se chiffre en termes de siècles. Contrats et dettes que nos enfants ne pourront jamais rembourser mais au contraire les rendront esclaves. Que dit l’église face à l’hypothèque, au bradage de nos sols, sous-sol, forets et minerais devenus les propriétés de certaines puissances véreuses et sans cœur ? C’est le silence.
Oui Pères Évêques ! Face à toutes ces injustices qui oppriment et oppressent l’homme au quotidien, l’église, notre église se distingue par une léthargie dogmatique, un silence morbide et une indifférence légendaire. Dans un contexte comme bien sur celui de notre pays qui d’autre que l’église serait mieux place à défendre les droits des opprimes ? Quel plus grand courageux que nous dirait « non » à un pouvoir oppressif et sanguinaire ? Malheureusement l’église se contente de maigres prérogatives qui lui sont accordées aujourd’hui pour s’incliner et courber l’échine devant un pouvoir et un régime qui exploite et opprime le peuple au quotidien, s’abreuve du sang de nos pasteurs, et qui légitime l’« immoralité » comme vertu, avec des prestations « polygamiques » et « pédophiles » de ses dirigeants pour recycler et étancher leur libido sénile en perte de toute virilité de sorte que chez toute femme et jeune demoiselle en quêté d’emploi au Congo, la beauté et le corps font office de diplôme et de compétence comme critère de recrutement.
Dans cette nuit opaque et lugubre qui ne laisse filtrer la moindre étincelle d’espoir, des milliers de femmes et d’hommes tout âge confondu, a l’exemple de « l’ami importun » de la parabole de « Luc (911,5-8) », viennent frapper à la porte de l’église. Nombreux sont les Congolais, moi-même y compris, qui croient que l’église fournit une réponse aux bouleversements profonds qui troublent leur vie. L’église reste et demeure le seul repère de salut pour tout peuple abuse et appauvri. L’histoire de l’humanité illustre avec éloquence cette vérité. Dans une Europe vouée à la barbarie, au culte païen de l’infanticide, aux combats des gladiateurs, et à bien d’autres vices, il aurait fallu le courage des premiers chrétiens qui au prix de leur sang et vie ont hissé cet ancien empire romain au sommet de la civilisation en lui léguant un immense « trésor » spirituel, moral, culture et humain. L’Amérique du Nord, première puissance mondiale reste redevable au « protestantisme ». Et aujourd’hui l’Amérique latine est en train de renaître de ses cendres grâce à l’action de l’église fortement préoccupée par les conditions sociopolitiques, et économiques qui étouffent leurs peuples. Dans le passé et dans notre pays l’action de l’église a été aussi très significative. Pour s’en convaincre : l’« indépendance » de notre pays est le résultat de nos sacrifices, réclamés par le catéchiste André Grenard Matsoua, elle sera proclamée par l’Abbé Président Fulbert Youlou, un prêtre catholique. Nous ne saurons oublier les mérites de l’église pendant la « conférence nationale souveraine » de 1991 qui a vu sortir notre pays des tares du « monopartisme » pour l’inscrire dans le concert des nations démocratiques. 
L’église est donc cette institution dont la conscience demeure en alerte dans une société ou tout sombre dans l’« immoralité ». Elle est cette force qui tient haut la flamme de l’espérance la ou tout sombre dans le fatalisme et désespoir. Elle est cette fontaine intarissable de foi ou viennent se désaltérer tous ceux-là accables par le doute de l’existence d’un Dieu sauveur, libérateur et ami des pauvres et des opprimes face un pouvoir qui les dépouillent de leur dignité de créatures et d’enfants de « Dieu ».
Malheureusement, l’une des plus grandes tragédies de notre histoire, est que l’institution qui devrait retirer les Congolais de l’humiliation, de l’injustice sociale et économique, cette institution par son silence coopère à créer et à perpétuer les souffrances du peuple. Trop souvent notre peuple s’est souvent entendu dire de la part de l’église : « la justice viendra, mais il faut laisser le temps travailler en votre faveur. Et donc patientez ». Or je reste persuadé que le temps en soi est neutre mais il revient à l’homme qui par son action de lui donner sa ponctuation et sa signification. De plus une justice trop attendue signifie refus de justice. Car jamais l’oppresseur, le dictateur n’accorde volontairement à ceux qu’il opprime la justice et la liberté. Il revient donc à l’opprimé et à toute personne imbue du sens élevé de justice et de moralité de les réclamer et de se battre pour les obtenir. La liberté n’est jamais spontanément accordée à quelqu’un. A ce sujet la page de l’histoire de l’humanité reste vide d’illustrations. Les classes privilégiées ne renoncent jamais à leurs privilèges sans y opposer une forte résistance. Je n’hésiterai pas d’exprimer ma crainte de voir l’église s’aligner sur ces classes privilégiées et prendre la défense du « statu quo », de telle manière qu’elle resterait indifférente au cri du pauvre et du malheureux. Mais l’église doit se souvenir qu’elle ne domine ni ne sert l’État, mais elle en est la conscience. Elle doit être guide et critique mais jamais instrument de l’état. L’église orthodoxe de Russie (sous les tsars), et même catholique de l’Europe (sous la révolution), nous ont donne un exemple très malheureux de cette coopération inextricable entre les deux pouvoirs. Au point, quand il s’est agi de se débarrasser de la monarchie en Europe et du régime corrompu en Russie l’on a été aussi obligé de se débarrasser aussi de l’église. Si donc notre église ne retrouve pas son ardeur prophétique d’autrefois, elle deviendra un club social inutile, sans autorité politique, morale et spirituelle et sa voix restera faible et sans échos. Si elle ne participe pas activement a la « lutte non violente » contre les maux sociopolitiques et économiques qui gangrènent notre pays, elle trahira la fidélité et la confiance de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont fondé en elle l’espoir de leur survie contre le régime oppressif de Brazzaville. Mais si l’église se libère des chaînes du silence, retrouvant sa grande mission historique, elle parlera et agira avec courage, et persévérance pour les droits des opprimés. Elle désillusionnera beaucoup des Congolais qui pensent que la « Franc-maçonnerie » serait plus forte et puissante que l’église. Elle arrachera du fatalisme et de la déception bien des consciences qui ne croient plus en la puissance libératrice de la « croix du Christ » et de sa religion.
C’est dire tout compte fait, l’indépendance que nous venons de célébrer exige de nous Prêtres et Évêques du Congo d’énormes sacrifices. Peu en importe la nature. Même si c’est au prix de notre sang. Car sur l’humus des corps des martyrs tombent pour la défense d’une cause juste, germent toujours les grains de l’espérance des générations à venir. La génération qui se dérobe à ses devoirs reste définitivement débitrice de celles qui la suivent. Les grandes puissances sont passées par ces épreuves. Leurs générations actuelles jouissent de dividendes de luttes menées par leurs ancêtres. C’est la loi de nature à laquelle nous ne pouvons nous dérober. Je m’insurge donc ici contre tout argument des faibles et des lâches qui pensent et soutiennent que le Congo notre pays compte trop de morts. Cet argument arrange bien le dictateur qui s’en réjouit et n’hésite pas à exhiber ses massacres comme trophées pour dissuader et intimider quiconque s’opposerait à lui ou dirait non à sa gestion tribale et clanique, et aux tares de son régime. Pour la libération d’un peuple, la défense du droit de l’opprimé et la promotion de la justice sociale et économique pour une véritable paix, il n’y a jamais eu un sacrifice de trop. Si c’était bien le cas, le « Christianisme » n’aurait plus jamais enregistré d’autres martyrs après la crucifixion de son fondateur, Maître et Seigneur « Jésus Christ ». Le peuple noir d’Amérique avait bien compris cette règle d’or. En effet après deux siècles de lutte et de sacrifice, ces noirs ont élevé au rang d’« immortalité » celui à qui leur mémoire reste débitrice, le pasteur Martin Luther King dont le combat quarante années plus tard a hissé à la tête de la première puissance mondiale, un fils d’esclave, monsieur Barrack Obama. Le peuple Sud Africain mérite aussi droit de citer dans cet exemple de peuple qui ne recule devant aucun obstacle pour récolter les fruits délicieux de la justice et de la libération.
En conclusion, dans une Afrique vouée au culte de l’aîné qui a toujours raison et du cadet qui a toujours tort, je ne saurais ignorer les risques que je cours en vous adressant une telle lettre qui brave le registre de l’ordinaire. Nombreux peut-être m’accuseront d’imprudence. Et pourtant il n’y a pas que la prudence comme vertu morale mais il y a aussi le Courage. Ils m’accuseront d’« immaturité ». Et pourtant quelquefois la « sagesse » de « Dieu » peut aussi se révéler aux petits pendant que les sages en sont prives. Ils m’accuseront de folie. Et pourtant la « croix du Christ » est aussi folie pour les sages. Mais bref, sans prétention aucune, et comme susmentionné, je ne fais que m’acquitter de mon devoir car jusqu’à preuve de contraire je reste convaincu que notre génération ne doit pas seulement se reprocher les actes et paroles de ceux qui oppriment le peuple, mais aussi et surtout l’effrayant silence de l’église. De plus une forte conviction m’étreint les entrailles : jamais le Congo notre pays ne sortira de son cauchemar et calvaire sans l’implication active de l’église aux cotés du pauvre et de l’opprimé. 
Abbé Brice Bahouamio
Source Facebook
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