Les élections législatives en vue vont se dérouler, à coup sûr, avec une Commission électorale indépendante (Cei) unicolore et manifestement favorable au camp Ouattara. L’institution compte toujours en son sein des représentants de la rébellion Mpci, bras séculier d’Alassane Ouattara.
A ce jour, les conditions ne sont pas remplies pour que les élections législatives prévues dans le courant du mois de décembre prochain, en vue du renouvellement du collège des députés, se déroulent dans le respect des principes de la démocratie. L’organe chargé de l’organisation du scrutin, la Commission électorale indépendante (Cei) dirigée par Youssouf Bakayoko dont la responsabilité est entièrement engagée dans la crise post-électorale qui a précipité la Côte d’Ivoire dans la guerre, porte toujours en elle-même les germes de la division et de l’exclusion.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est à craindre que les élections ne soient pas crédibles, transparentes et ouvertes à tous. Sa composition est l’objet de divergences qui pourraient en effet conduire le Fpi et le Cnrd, sous-représentés depuis toujours, à choisir de ne pas siéger au sein de la Commission électorale.
La disproportion, déjà très flagrante sous le président Gbagbo, s’est accentuée avec l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara, le président du Rdr. Ainsi Jean-Baptiste Gomis, l’ancien représentant du Rdr signerait son retour au sein de l’institution au titre de la présidence de la République. L’ancien ministre Bamba Cheick Daniel, directeur de cabinet du ministre Hamed Bakayoko, y ferait également son entrée en même temps que Félicien Amani, pour le compte du ministère de l’Intérieur. Avec ces trois nouvelles entrées, le Rhdp conforte sa position en renforçant ses effectifs au sein de la commission centrale de la Cei. Par ailleurs, alors que le pays est formellement réunifié avec la présence du leader de la rébellion aux côtés du président Ouattara, en qualité de Premier ministre, les Forces nouvelles – abusivement considérées comme un groupement politique – continue de siéger dans la commission. Une présence qui contribue à grossir les rangs des commissaires centraux représentant les partis politiques qui constituent le Rhdp et /ou le G7.
Craignant de ne pouvoir contrôler le Parlement si le scrutin est transparent, le camp Ouattara rejette systématiquement toute proposition allant dans le sens d’un réaménagement ou rééquilibrage de la clé de répartition. L’objectif pour Ouattara et les siens, c’est de conserver leur position dominante lors des législatives.
Cette présence des Fn au sein de la Cei, au-delà de la tenue des élections législatives, auxquelles prendront certainement part seuls les partis proches du pouvoir, pose la question fondamentale du retour à la normalité.
Pendant qu’on parle de réunification, la rébellion Fn – mouvement sans fondement légal qui symbolise la division et la partition du pays – continue de siéger dans des institutions nationales. Sans compter que les Forces nouvelles se confondent, à plus d’un titre, avec le Rdr dont Alassane Ouattara reste le président, quatre mois après son accession au pouvoir. Quand cela arrange le pouvoir, il s’appuie sur les lois nationales et les accords pour prendre des décisions. Il peut donc avancer que la nomenclature actuelle de la Cei obéit à l’accord de l’Accord de Pretoria et «est censée conduire un processus jusqu’à son terme, c’est-à-dire de la présidentielle jusqu’aux municipales en passant par les législatives». Tous les partis politiques signataires de l’accord de Linas-Marcoussis continuent donc d’avoir deux représentants dans cette structure désormais unicolore vu qu’il n’est pas sûr à ce jour que le Fpi, dont la participation aux législatives est fortement remise en cause, conserve sa place au sein de la commission.
Emmanuel Akani
Source: Le Nouveau Courrier/infodabidjan
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