Uemoa: racket, corruption, prélèvements occultes sur les routes / La Côte d’Ivoire championne

Les entraves à fluidité routière affectent l’économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Les experts des différents pays sont réunis, depuis hier, à Niamey (Niger), pour prendre d’importantes décisions.
Sensibiliser et instaurer une bon­ne gouvernance sur les axes routiers ouest-africains à partir de la capitale nigérienne, Niamey. C’est l’objectif visé par les experts de l’Observatoire des pratiques anormales (Opa) qui s’affiche comme l’outil principal de surveillance et de lutte contre les perceptions illicites. Selon le commissaire chargé des transports de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), Ibrahim Tamponé, l’élimination des barrières non-tarifaires sur les différents corridors inter-Etats est devenue une priorité dans la mesure où elles contribuent à saper les fondements de l’intégration pourtant nécessaire au développement. En effet, les prix facturés aux usagers des services de transport routier dans la sous-région, figurent parmi les plus élevés au monde. Ce qui érode la compétitivité du commerce dans l’espace communautaire. Selon le dernier rapport, la Côte d’Ivoire, malheureusement, s’illustre comme la championne sous-régionale des mauvaises pratiques. En ce qui concerne le racket, l’axe Abidjan-Bamako demeure en tête des corridors à fort taux de perceptions sans reçus avec 6.470 Fcfa, tous les 100 kilomètres. Soit 75.953 Fcfa par voyage et par camion. Même si les Maliens ne sont pas irréprochables, explique M. Tamponé, la Côte d’Ivoire est en grande partie responsable de la gangrène avec 8.689 Fcfa de racket. Sa part «de gâteau» représente 61.692 Fcfa par voyage (dont 53.872 Fcfa extorqués par les forces de l’ordre et les agents d’escorte des camions). Mais le plus alarmant, fait remarquer Ibrahim Tamponé, c’est que ces tracasseries routières vont crescendo. Aujourd’hui, en effet, tous les indicateurs enregistrent une hausse généralisée dans l’ordre de 2,5 %, 3,1% et 7,6% respectivement pour le nombre de contrôle, le racket et les temps de contrôle. Une situation, certes, favorisée par le contexte ivoirien mais davantage par la culture de l’impunité et le manque d’uniformité ou la faiblesse des dispositifs d’application et de mise en œuvre des réglementations et autres dispositions de lutte contre le fléau.
Abidjan-Bamako : 75.000 Fcfa par camion
A ces problèmes structurels, vient s’ajouter la dégradation précoce des infrastructures routières du fait notamment, de la surcharge et de l’état obsolète du parc automobile. Pour l’union sous-régionale, tous ces dysfonctionnements conjugués aux coûts de passage et aux obstacles non-tarifaires à la fluidité du trafic le long des corridors, ont pour conséquence la cherté des prix. «Il faut que nous réussissions à éradiquer les contrôles intermédiaires, à réduire les délais, à supprimer les perceptions illicites et, à lever les contraintes à la libre circulation des personnes et des marchandises dans notre espace communautaire», a plaidé le commissaire. Un message auquel la Côte d’Ivoire ne veut pas rester insensible surtout avec la dynamique de transparence instaurée par le chef de l’Etat, le président Alassane Ouattara. «Le gouvernement est très attentif à l’annulation de ces pratiques anormales. Nous pensons que la situation va s’inverser rapidement», a affirmé le représentant ivoirien, Baba Koné. «J’ai la ferme conviction qu’en plus d’une application stricte de la réglementation, un système de sanction s’impose pour une bonne gouvernance routière», renchérit la ministre nigérienne des Transports, Salami Maïmouna. L’Observatoire des pratiques anormales (Opa) sur les axes routiers est une émanation de l’Uemoa et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) mis en place en 2005 avec l’appui technique et financier de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid).
Lanciné Bakayoko, envoyé spécial à Niamey
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