Me Cheikh Kouressy Ba : Alassane Ouattara ne reconstruira rien en RCI

Une contribution de:
Maître Cheikh Koureyssi BA
Avocat à la Cour, Dakar

MeCheikh 

Kouressy Ba : 

« Alassane Ouattara ne reconstruira rien en RCI »
 Mercredi, 06 Juillet 2011 17:01
« Pour le reste, ne vous y trompez pas,chaque fois que  vous verrez les puissances occidentales aux petits soinspour un opposant africain en quête du pouvoir suprême, soyez sûr qu’il nes’agit que d’un domestique qui va leur restituer au centuple milliard leursoutien une fois ce pouvoir obtenu ! La démocratie n’est qu’un prétexte qui netrompe plus personne ! » Me Cheikh Kouressy Ba
Lynx.info: Vouspermettez, peu avant l’arrestation de Laurent Gbagbo, le pouvoir sénégalaisdisait avoir des preuves que Laurent Gbagbo a donné de l’argent auxintellectuels africains. Vous êtes un de ces intellectuels ?
Me CheikhKouressy Ba :Je vous remercie de cette question, que je qualifierai, sauf votre respect, desurréaliste. Cela fait quoi, à votre avis, donner de l’argent aux intellectuelsafricains ? Cette catégorie de personnes, les intellectuels africains, est à cepoint bannie qu’on ne doit pas leur faire des libéralités ? Donner de l’argent,en soi, ce serait un crime ? Laurent Gbagbo lui-même serait si peurecommandable ou à ce point ciblé et suspect que le fait pour lui de donner del’argent recèle une dose de criminalité ? A quel titre a-t-il donné,d’ailleurs, de l’argent, comme vous dites, aux intellectuels africains ? Pourrémunérer des services comme c’est la règle partout au monde? Rembourser desfrais et  débours ? Compenser une perte de temps ?  Leur souhaiter unjoyeux anniversaire ?  Je ne sais trop… En tout état  de cause, s’ils’avère que ce tuyau du siècle émane bien du pouvoir sénégalais, vous seriezavisé de lui demander de compléter l’information afin que nul n’en ignore etsurtout pour que les ennemis jurés de Laurent Gbagbo ne le ratent pas ! Vousvous rendez compte, donner de l’argent aux intellectuels africains ! Mais c’estque ce Gbagbo n’a reculé devant aucune sorte d’horreur !  

Réflexion faite, plus sérieusement, qu’un telscoop vienne de Dakar ne m’étonne pas. Là-bas, à la grande consternation desSénégalais, des hommes de détail sont venus remplacer les hommes d’Etat qui ontfait la fierté de cette nation durant les quarante premières années postindépendance ! Et des hommes d’une vénalité ahurissante pour lesquels touttourne autour de l’argent ! Corrompus jusqu’à la moelle, ils ont muté enviolents psychopathes n’ayant pour seule boussole que le pognon, qui est poureux l’alpha et l’oméga ! Je me souviens qu’en 2000-2002, le premier ministred’un gouvernement africain qui m’avait constitué dans une affaire n’avait pasmanqué de me manifester son étonnement devant l’insistance avec laquelle unproche de Wade, sans se gêner le moins du monde, enquêtait sur le montant demes honoraires ! 
Vous vous imaginez un peu entre quelles mains le pouvoir esttombé dans le pays de Senghor et Diouf ?
Récemment, un néo-opposant à Wade, son ex-ministredes affaires étrangères dix ans durant, devenu son contempteur après avoir étécongédié sans préavis, avait fait état de ces intellectuels africains payés parLaurent Gbagbo à peu près dans les termes de votre question. Malgré madéception, je m’étais gardé de répondre, la sortie me paraissant si lamentableet de si peu d’intérêt, pour dire le moins !
N’étant pas dans le secret des dieux,malheureusement, je ne saurais répondre en profondeur à votre question. Saufpour constater avec vous que les dignes fils du continent africain, du côté desintellectuels vrais, ont pris fait et cause pour la Côte d’Ivoire patriotique.D’ailleurs ils ne l’ont pas fait pour les beaux yeux de Laurent Gbagbo, maisbien pour dire halte aux dérives inacceptables de certains chefs d’Etatsoccidentaux et de l’Onu dont le parti-pris flagrant pour Ouattara et ladémarche douteuse pour le règlement d’une banale querelle postélectoraleétaient par trop suspects pour être honnêtes. L’avenir n’a pas tardé à donnerraison à ces dignes fils de l’Afrique dont la capacité d’indignation resteintacte au demeurant. Il n’est que de voir le courage et la détermination aveclesquels ils continuent de flétrir l’agression dont la Libye est victime de lapart de la France et des Usa réfugiés sous la bannière de l’Onu et de l’Otanpour s’en convaincre.
Pendant le même temps, vous avez vu tous cessuppôts du diable en transes, vouer aux gémonies Laurent Gbagbo, appeler à sonassassinat et à la destruction de la Côte d’Ivoire qui ne veut pas se coucher.Ces esclaves modernes portent costume-cravate, roulent carrosse et voyagent enfirst class, l’injure à la bouche et le quolibet aux lèvres, fortementconvaincus d’appartenir au bon camp. Honni soit qui mal y pense, ce qui lesmeut, c’est seulement le triomphe de la démocratie telle que les blancs se sontéchinés à nous l’enseigner ! Et défense de rire, ils ne reculeront devant aucunobstacle afin de faire régner cet ordre démocratique ! Touchante mobilisation,n’est-ce pas ? Ce sont ces êtres vils, méprisables et qui serrent aujourd’huila queue entre les jambes qui ont droit au respect après avoir garni leurscomptes en banque pour longtemps avec le salaire de l’ignominie et duparricide, ce sont ces traîtres à leur race qui ont droit au respect et àl’estime, pendant que ceux qui ont pris leur courage à deux mains pour défendreau prix de leur vie les intérêts bien compris de l’Afrique devraient raser lesmurs et répondre du crime abject d’avoir été payés ! Mais dans quel mondesommes-nous, vraiment ?
En vérité les intellectuels de valeur, pasforcément africains, qui ont eu l’honneur de faire écran devant les autoritéslégitimes de la Côte d’Ivoire pour défendre l’Afrique et les Africains sont deshéros que le peuple ivoirien n’oubliera jamais. Si l’argent était leurmotivation principale, il ne fait pas de doute qu’ils auraient choisi le campoù celui-ci coulait à flots, le camp de la force brutale, du mensonge et dubanditisme parce que le clan du grand capital qui rêve d’une Afrique à sa botte! Mais les gens motivés le sont par des valeurs compulsives, simples et bellesqui sont bien au-dessus de l’argent et tout ce qui lui est consubstantiel,allez expliquer cela aux mercenaires et agents infiltrés de la cinquièmecolonne, ces voyous cachés derrière des micros, caméras, plumes et cesprofessionnels d’ ONG qui ne vivent que de tels contrats !
Cela dit, je voudrais rappeler une chose, parrapport aux liens qui m’unissent au président Laurent Gbagbo. Vous le savez, ouvous ne le savez pas, mais en 1992 j’ai eu l’honneur d’avoir participé à côtéd’une bonne vingtaine d’avocats venus de tous les horizons à ses deux procès enMars et Juin devant le Tribunal de première instance puis  la Cour d’Appeld’Abidjan. Depuis, il m’a fait l’honneur de son amitié en m’intégrant dans safamille ! Entre cette année 1993 et son accession au pouvoir en 2000, il n’aplus accepté que je réside à l’hôtel lors de mes séjours à Abidjan, m’assignantpresque à résidence dans son propre domicile ou dans celui, voisin, de sa sœur,et m’invitant à partager tous ses repas, avec les siens !
En passant, vous me pardonnerez de profiterde cet entretien pour dire à cette remarquable famille, déjà assez affligée,mon immense regret à la suite du faux avis de décès de la génitrice du présidentGbagbo que des esprits à la tortuosité et à la cruauté sans égales ont diffusépour ajouter à notre douleur à tous, alors que la maman se porte à merveille ettient à serrer son fils très fort dans ses bras quand Dieu le lui rendra. Jeconvoite du Seigneur un puissant secours pour que cette remarquable mère viveencore très longtemps et rentre en triomphe au pays en excellente santé…
Cela précisé, je pense qu’il est inutile de dire, qu’en ce qui me concerne,c’est donc un grand frère dont je suis immensément fier que je défends d’abord,et je le ferai tant qu’il me restera un souffle de vie, n’en déplaise auximbéciles qui pensent que tout se monnaye sur cette terre !
Des analystesdisent que Abdoulaye Wade est devenu la voix de la France en Afrique. C’estvotre avis, à vous aussi ?
Ils n’ont pas tort. Vous savez, Wade a commemodèles des hommes du genre Houphouëtt-Boigny, Mobutu et Omar Bongo Ondinga, iln’est que de voir la mégalomanie de l’homme et son rapport à l’argent, auxfastes pour s’en convaincre. Eux, au moins, avaient l’excuse d’avoir étéadoubés par la France, alors que c’est un peuple exerçant sa souveraineté dansun bel élan protestataire qui l’avait élu, lui, le vieil opposant à Senghor etDiouf à l’issue d’une lutte acharnée de 26 années. Les agents traditionnels dela France avaient au moins des arguments pour « tenir » les gens, leur paysétant doté de ressources fabuleuses pour s’imposer dans leur voisinage etdistribuer des bonbons à leurs maîtres gourmands. Tandis que lui, Wade, il n’aque sa bouche, un égo surdimensionné et un pays complètement pillé qui estforcé de faire la manche pour arriver difficilement à joindre les deux bouts !Depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, qui coïncide avec le réveil de la rueafricaine, la Françafrique vit ses dernières relations incestueuses avec lecontinent, et il est significatif qu’un homme qui incarne le passé dans uneAfrique qui est l’avenir du monde soit le garde suisse de cette maffia immonde.
Wade comprend maintenant à son détriment que,contrairement à ses modèles, il ne tirera aucun avantage de ce contrat avec laFrance, une dame ingrate si prompte à exprimer sa défiance  et às’évanouir à la moindre secousse populaire susceptible d’emporter les régimesvomis qui la soutiennent! Il sait d’ores et déjà que son alliance avec lediable lui a définitivement enlevé le peu de crédit qui lui restait sur lecontinent, l’indignation et la colère qui ont accompagné ses dernières foucadesdiplomatiques étant à ce propos fort explicites.
Ce qui est désolant, c’est que cet homme apris la décision de se salir uniquement pour faire le lit de son fils, dansl’espoir que la France lui sera gré de son activisme françafricain en adoubantce dernier. Si Eyadéma et Bongo, qu’il a qualifiés publiquement de pas plusintelligents que lui, l’ont réussi, pourquoi pas lui, se disant l’Africain leplus diplômé du Caire au Cap ? 
Vous dites dans unde vos articles que Wade veut bien voir son fils diriger le Sénégal. Karim Wadene le mérite-t-il pas quand son père dit que l’opposition est désunie ?
En réalité des truands, payés à coups demilliards prélevés sur nos maigres deniers publics, avaient berné le vieux pourlui faire avaler des sornettes, comme quoi le mouvement que son fils avait faitmonter, la Génération du Concret, était entrain de supplanter l’opposition, laseule vente des cartes ayant culminé à plus de 900.000 ! Quel père ne danseraitpas un mbalax effréné avec une telle information concernant son fils biologique?
Résultat des courses aux municipales de Mars2009 : le petit, après avoir plastronné sur les plateaux et dans les studiosdurant la campagne électorale, ne réussit pas à gagner un seul  bureau devote dans tout le Sénégal ! Son père lui-même viendra en quatrième positiondans son traditionnel bureau de vote, là où ni Senghor ni Diouf n’ont jamaisréussi en plus de vingt élections à lui contester la victoire ! Le Pds, sonparti, contraint d’intégrer dans ses listes les « Concrétins », comme onappelle ses potes de la génération du concret, a été laminé au point qu’il aperdu toutes les grandes villes du pays, son industrie de fraude compensant labérézina dans les communautés rurales !
Il y a eu rebelote récemment, le 23 Juin,lorsque, mésestimant manifestement le désamour des Sénégalais pour ce colisqu’il tient à leur fourguer envers et contre tout, le vieux despote a voulufaire passer son texte de loi scélérat instituant un ticketprésident-vice-président éligible avec seulement 25% plus une voix dès lepremier tour! Même les malades se sont levés dans un dernier sursaut d’énergiepour participer aux manifestations de ras-le-bol et lui demander de garder samarchandise avariée dont nul ne veut!
Le Sénégalais est karimo-incompatible, etcela seul le père, Abdoulaye Deubeliou ne l’a pas encore compris ! A preuve,alors que le peuple attendait qu’il s’adresse à lui pour faire amende honorableet s’engager à ne pas se représenter à la présidentielle de 2012, le vieux n’atrouvé rien d’autre à faire que de demander à son rejeton de se fendre d’unelettre ouverte au peuple sénégalais publiée dans la presse quotidienne du 4Juillet ! « Je vous ai compris, je pardonne à tout le monde, je suis l’homme leplus détesté de ce pays, je fais l’objet d’attaques injustes, je vous aimepourtant, moi aussi je suis contre la dévolution monarchique du pouvoir, etpatati et patata… », alors même que s’il n’avait tenu qu’à lui, les chasseursbombardiers de leur maître Sarkozy auraient réduit en compote le peuple desmanifestants du 27 Juin comme il l’avait demandé à… RobertBourgi dans la plus pure tradition des requêtes ouattaresques !
N’avez-vous paspeur que la France soutienne en 2012 le fils comme elle l’a fait au Togo et auGabon ?
Nous l’attendons de pied ferme, le caséchéant ! En tout cas, si Sarkozy et ses stratèges écoutent leur dernierambassadeur à Dakar, l’académicien Jean-Pierre Ruffin, ils se garderont bien dele faire ! Ce diplomate chevronné, l’un des plus respectés au Sénégal, ad’ailleurs perdu son poste pour avoir défendu vaille que vaille cette positionet affirmé que si jamais Wade commettait l’imprudence d’imposer son fils auxSénégalais, ces derniers seraient capables d’exprimer leur mécontentement avecune sauvagerie extrême jamais enregistrée dans l’histoire de ce peuple paisible!
 Les éventuels soutiens du binôme Wade ont déjà eu un avant-goût de cetteréactivité du peuple du Sénégal. La question qu’ils doivent se poser est biencelle de savoir si Wade 2 vaut tout cela ! Il leur suffit alors de dresser lesportraits comparés des fils Eyadéma et Bongo pour se convaincre définitivementque la vérité au nord du golfe de Guinée n’est pas nécessairement évidenteen-deçà. Le petit Wade compte un seul et unique soutien, à part un pèresénescent et totalement déconnecté des réalités, il s’agit d’une maman «sénégalaise d’ethnie toubab » dont la devise est certainement : « à qui veutquelque chose dans ce pays de cocagne il n’est rien d’impossible », tant sonjugement est obscurci par la forte densité au mètre-carré des minables et desrebuts de notre société qui broutent dans son entourage !
On va parler de laCôte d’Ivoire si vous le voulez bien. Pour vous, c’est qui, Laurent Gbagbo ?
Jérémie et Job à la fois ! L’homme politiquele plus dénigré et le plus diffamé qui soit, mais aussi le dirigeant africainqui a connu le plus d’épreuves douloureuses tout au long de sa longue marche, àla fois ! Même séquestré, il continue d’être accusé de tous les crimes ! Lesdisparus du Novotel, pro-Gbagbo notoires, enlevés alors que la résidenceprésidentielle de Cocody est sous un déluge de feu : c’est Gbagbo ! Le généralGuéi, tué avec tous ses proches pendant que le président se trouve en visiteofficielle en Italie et que ses ministres, officiers, gendarmes sontaffreusement assassinés et que c’est la débandade au plus haut niveau de l’Etat: c’est Gbagbo ! Le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer enlevé etabattu alors que son enquête sur les magouilles du cacao révèle le rôle dutrader Antony Ward de Armajaro, patron et mari de la sœur de LoÏc Folleroux lui-mêmefils de Madame Ouattara Dominique Nouvian ex-veuve Folleroux, les pratiquesspéculatives de la rébellion qui attaque toujours pour entraver lacommercialisation du cacao et permettre donc la constitution d’énormes stocks,lesquels ne seront vendus qu’après que les prix se sont envolés à des hauteursinédites pour des centaines de milliards de bénéfices allant dans les poches deOuattara, Soro et leurs chefs de guerre : c’est Gbagbo qui l’a tué !
Et que dire de ces innombrables victimes,toujours « ramassées », découvertes et photographiées par les journaux prochesde Ouattara au détour d’une rue, mutilées et sauvagement torturées, des mortsdont la proximité et les incompatibilités d’humeur avec Ouattara, SoroGuillaume ou leurs chefs de guerre sont avérées : encore Gbagbo ! Les escadronsde la mort, Gbagbo ! Les charniers, à commencer par celui de Yopougon, où leprincipal protagoniste, un Malien payé en faux billets par Ouattara soi-même etqui, après son élargissement de prison au Mali pour détention et usage de cesfaux billets, viendra se répandre dans la presse ivoirienne et confesser saparticipation à la mascarade ? Encore et toujours Gbagbo ! Le vrai-fauxmassacre des femmes marcheuses d’Abidjan où l’on s’est rendu compte qu’entreHollywood et Bollywood, il pouvait bien y avoir de la place pour les rebellescinéastes de Ouattara à Abobollywood assistés par l’Afp et les grandes chaînesde télévisions, avec une morte ensanglantée qui se relève, croyant la scèneterminée, et qui s’entend hurler en malinké « recouche toi, ce n’est pas encorefini ! » : ne cherchez pas midi à quatorze heures,c’est encore l’effaceur qui est passé par là !
Voilà Laurent Gbagbo côté cour, le monstreque les professionnels du média-mensonge ont fabriqué et dont l’image a étépasteurisée et « vendue » aux naïfs et aux hurluberlus de la terre, tout celapour en finir avec lui par tous les moyens ! Parce qu’il symbolise la nouvelleAfrique, celle qui refuse de se coucher et qui a décidé de se tenir debout etde marcher vers son destin !
Evidemment, tout cela est  peine perduedans la mesure où les Ivoiriens, même ceux qui ne l’aiment pas, savent à quois’en tenir vis-à-vis de cet homme qui est resté constant dans sa démarche etsur qui les humiliations, campagnes de dénigrement et mensonges sordides n’onteu aucune prise. Aujourd’hui, plus que jamais, son aura est restée intacte, lesépreuves qu’il a traversées avec stoïcisme et honneur ayant, en plus et demanière inattendue, contribué à le hisser à une altitude que nul n’aurait oséenvisager ! Depuis sa « capturation », comme dit Mme Kandia Camara, ministronde Alassane Ouattara en charge de… l’Education nationale, Laurent Gbagbo estdevenu, paradoxalement, le maître incontesté du jeu. L’ombre de sa compétencecouvre toute les valses-hésitations de l’incompétent technocrate libéralOuattara à la commune renommée d’expertise surfaite et à qui l’on ne confieraitmême pas un quignon de pain ! Les succès de sa politique s’affichent dans touteleur splendeur au moment où l’expert économiste n’arrive même pas à trouver lechemin du début des solutions pourtant annoncées à grands renforts de pubdurant sa campagne pour assurer une seule journée normale du train de vie de laMaison Ivoire…
Ce grand conducteur de peuple a subi toutes sortesd’avanies, de souffrances et d’humiliations depuis 1970, six emprisonnements,la torture pour lui et ses proches, des bastonnades, l’exil, des tentativesd’assassinat… S’inspirant de Job, son modèle de patience, il a tout enduré,sans se plaindre une seule fois, sans jamais prendre les armes! Arrivé aupouvoir, il ne s’est vengé de personne, il n’a fait emprisonner personne, niadversaire politique ni journaliste, alors qu’il a continué à être traité detous les noms par ces derniers ! Au contraire il a permis un retour au pays desexilés, offert un statut enviable au feu général Guéi, à l’ancien présidentKonan Bédié et à l’ancien premier ministre Dramane Ouattara, permis à cedernier de participer à titre exceptionnel à la présidentielle, financé leursformations politiques à des niveaux jamais atteints au monde (plus d’unmilliard annuel par parti politique significatif), réuni tout ce monde autourde gouvernements d’union, en les laissant de plus déverser leur bile sur lui,comploter dans son dos et salir en permanence son nom, etc…
Pourtant LaurentGbagbo n’était le pire en Afrique. Comment expliquez-vous le bloc de ses pairscontre lui ?
Avaient-ils le choix, ces pseudo-présidents,en fait de pauvres marionnettes activées au gré des circonstances ? En privé, àtrois exceptions près, ils appelaient leur homologue ivoirien pour l’encourageret lui demander de tenir bon, en public ils ne manquaient jamais d’ajouter leurgrain de sel au réquisitoire du jour, histoire de démontrer leur touchantesolidarité avec les exigences du maître !
En fait, ces hommes de peu de foi qu’onappelle chefs d’Etats ne sont pour la plupart qu’un ramassis de pignoufs quin’ont même pas d’estime pour leurs propres personnes, qui ne savent paspourquoi ils sont là, qui se fichent du jugement de l’histoire. C’est pourquoicela ne les gêne nullement de travailler sous la dictée d’autres pouvoirsextérieurs, de se mettre au service d’intérêts extérieurs au continent, pourvuqu’on les laisse manger tranquilles et que leur sécurité soit assurée de mêmeque les aides ponctuelles pour compenser leur mauvaise gestion et vu lesurgences au pays…
Torturés par le remords d’avoir échangé lesintérêts supérieurs de leur peuple contre le doux statut d’agents del’étranger, de tels dirigeants ne peuvent que détester cordialement les vraishommes du type de Laurent Gbagbo qui leur rappellent en permanence leur tristecondition. Au point qu’ils n’hésitent pas, quand on le leur demande, à leurplanter le couteau dans le dos, histoire d’apaiser leur âme corrompue et de neplus entendre leur conscience, s’ils en ont une, les gronder !
Alassane Ouattaradit vouloir envoyer Laurent Gbagbo devant la CPI. C’est un bon signe pour laréconciliation ?
Non mais, attendez ! Gbagbo, si vous voulezrespecter la chronologie des événements, les a envoyés le premier, lui et Soroainsi que leurs chiens de guerre, devant la CPI, née en 2002, et ce dès 2003 !A ce moment, la rébellion venue du Burkina, financée, armée et soutenue parParis, avait déjà fini d’endeuiller la Côte d’Ivoire, 10.000 innocents ayantperdu la vie ! Des documents en lieu sûr sont là, à foison, pour rapporter lapreuve indubitable de l’imputabilité de cette rébellion sanglante à tous cesbraves messieurs dont même des discours, interviews et séances de confessionssont disponibles.
Dès le 18 Avril 2003, en effet, legouvernement ivoirien, sans avoir ratifié le Statut de Rome, déposait uneplainte qui valait déclaration de reconnaissance de la compétence de la CPI etqui affirmait, je cite : «  Conformément à l’article 12-paragraphe 3 duStatut de la CPI, le gouvernement ivoirien reconnait la compétence de la Couraux fins d’identifier, de poursuivre, de juger les auteurs et complices desactes commis sur le territoire ivoirien depuis les événements du 18 Septembre2002….Cette déclaration faite pour une durée indéterminée entrera en vigueurdès sa signature », fin de citation.
A son tour Alassane Ouattara confirmera cettedéclaration dans ses courriers adressés au Procureur dela CPI le 14 Décembre 2010 et le 3 Mai 2011. Mais il s’empresse de gommer lapartie indéterminée de la déclaration ainsi que tous les crimes commis entre le18 Septembre 2002 et le 28 Novembre 2011, date du second tour de laprésidentielle ! D’un coup de gomme, un seul, le plus insupportable des dénisde justice se voit ainsi perpétré ! On ne parle plus des 10.000 morts deOuattara-Soro pour ne pas avoir à parler des 58 morts de Chirac-Licorneen  Novembre 2004 devant l’hôtel Ivoire…
Mais ce n’est pas tout ! Alors que Gbagbo, fidèleen cela à l’esprit, à la lettre et à la logique des signatures des accords depaix, ne poursuit aucun acteur ou chef de la rébellion alors qu’ils sont tousconnus, Ouattara, lui, commence déjà par nier la compétence qu’il a reconnue àla CPI ! En quoi faisant ? Eh bien, au moment où il invite le Procureur àenquêter, il engage à l’interne une procédure judiciaire à l’encontre duprésident Laurent Gbagbo et de certains dignitaires de son régime,officiellement accusés depuis le 21 Juin de crimes économiques, atteinte à lasûreté de l’Etat et crimes de sang.
Auparavant, le 15 Juin, son gouvernementfantoche avait, vous vous en souvenez, décidé de la « mise sur pied d’unecommission nationale d’enquête à l’effet de faire la lumière sur toutes lesviolations des droits de l’homme commises pendant la crise post électorale ».Cela n’est autre qu’une reconnaissance de sa compétence de pouvoir enquêterégalement sur les crimes de guerre et d’en réprimer les auteurs etcommanditaires, les crimes de guerre étant une particularité des violations desdroits de l’homme. Il s’y ajoute le fait que le Livre 2 du Code Pénal ivoirienrelatif au Droit Pénal Spécial, Titre 1er, pose le principe de la compétence dela justice étatique ivoirienne pour châtier tout auteur, responsable oucomplice de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre (dans les articles137,138 et 139). A quoi rime ce jeu brouillon et suspect du génocidaireinstallé par la communauté internationale ? N’est-ce pas, là, la meilleurepreuve a contrario qu’il n’ose pas, même en pensée, traduire le présidentLaurent Gbagbo devant la CPI ? Et pourquoi donc ?
Selon l’article 17du Statut, paragraphes 1a et 1c, « une affaire est jugée irrecevable par laCour lorsque : a) l’affaire fait l’objet d’une enquête ou de poursuites de lapart d’un Etat ayant compétence en l’espèce, à moins que l’Etat n’ait lavolonté ou soit dans l’incapacité de mener véritablement à bien l’enquête oules poursuites ; c) la personne concernée a déjà été jugée pour le comportementfaisant l’objet de la plainte , et qu’elle ne peut être jugée par la Cour envertu de l’article 20 paragraphe 3 ».
HumanRights Watch, Amnesty International et la Division des droits de l’homme del’ONU ont fait état de crimes de guerre commis par les deux camps, dont lemonde entier savait qu’ils étaient entrés en guerre suite au refus par Ouattarade la décision du Conseil Constitutionnel ivoirien de proclamer Gbagbovainqueur, et non suite à la lecture hors-cadre et hors-délai par le seulprésident de la Commission Electorale nationale de résultatsprovisoires-définitifs donnant Ouattara vainqueur, puis la certification de cesrésultats burlesques par le représentant du Secrétaire général de l’ONU. Deuxcamps étaient donc en face : les FDS, ex-FANCI, l’armée régulière du pays misesur pied dès les premières années de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, d’unepart, et la rébellion, d’autre part : le MPCI baptisé à Linas-Marcoussis enjanvier 2003 FN par Chirac, puis rebaptisé FRCI le 17 Mars 2011 par ordonnancede Ouattara lui-même qui avait nommé auparavant Guillaume Soro le 3 Décembre2010 premier ministre et ministre de la défense. Comme le Procureur de la CPIne peut rapporter la preuve que les crimes de guerre susvisés ont été commispar le seul camp de l’armée loyaliste, on voit d’ici à quoi a finalement aboutil’amateurisme marron du chouchou de la communauté internationale ! Gageonsqu’il saura trouver les moyens de se soustraire aux poursuites en sedébrouillant aussi, dans son propre intérêt, pour épargner son second couteauet ses cruels com zones…
Mais vous n’êtes pas au bout de vos surprises! Aux termes de l’article 5 du Statut de Rome, la Cour est compétente pourjuger quatre principaux crimes : les crimes de génocide, les crimes contrel’humanité, les crimes de guerre et les crimes d’agression. Or la CPI a exclude son champ d’enquêtes et de poursuites en Côte d’Ivoire les crimes degénocide et les crimes d’agression. Pourtant les faits, les témoignages et lesrapports d’enquête des Ong, des nombreuses personnes physiques et moralesattestent qu’il y en a eu à profusion.
Même l’ONU, dans le rapport de son grouped’experts en date du 27 Avril, a été formelle sur l’effectivité des crimesd’agression perpétrés par des Etats nommément visés : le Burkina-Faso, leNigéria et le Sénégal, impliqués jusqu’au cou dans la guerre ! Il suffit delire les paragraphes 109, 111 et 130 du rapport précité qui répertorient lesvéhicules militaires, forces étrangères et contingents présents pour s’enconvaincre. Ou alors les révélations faites au cours de la réunion du 1er Mars2011 par le ministre Patrick Achi à propos de l’aide militaire bilatérale deces trois pays.
Mais ces trois gouvernements voyous peuvent se frotter les mains dans lastricte mesure où l’exclusion de leurs odieux crimes d’agression du champd’enquête a pour unique fondement la prescription de l’article 15-bis,paragraphe 5 : la Côte d’Ivoire n’est pas partie au Statut de Rome pour ne pasl’avoir ratifié !
Que dire en revanche des crimes de génocide !L’article 6 les définit comme « l’un quelconque des actes ci-après commis dansl’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique,racial ou religieux » et suit une longue liste des techniques au moyendesquelles les Dozos et chiens de guerre Frci de Ouattara-Soro ont rayé de lacarte du globe des villes, villages et quartiers entiers sous le regardimpassible et les hochements de tête des casques bleus de l’ONU et des béretsrouges de la force Licorne dont la complicité passive, comme au Rwanda, estindiscutable ! Aussi bien dans l’ouest ivoirien que dans les villes et villagesde la boucle du cacao jusqu’aux quartiers populaires d’Abidjan foncièrementpro-Gbagbo, les responsables sont formellement désignés par les rescapés des massacreseux-mêmes, par l’ONU prise de remords pour avoir confondu « protéger les civils» et guerroyer à côté d’une rébellion qu’elle a transportée, équipée, soignée,armée et nourrie, par la Croix-Rouge internationale, par Caritas et AmnestyInternational dans un rapport exhaustif sur les événements de Duékoué le 29Mars.
Vous savez certainement qu’il existe undocument appelé « Accord Négocié » qui régit lesrelations entre la CPI et l’ONU. Aux termes de cette convention, la Cour estplacée sous la dépendance financière, matérielle, administrative et techniquede l’Organisation !
Même pour le choix des avocats, alors queLaurent Gbagbo a la chance d’en avoir de très bons dans son parti dontd’anciens bâtonniers et hauts magistrats reconvertis, sans compter ceuxd’autres pays africains et occidentaux qui ont fait leurs preuves sur tous lesfronts, on lui a assigné des conseils commis d’office qu’il ne connait pas et àqui donc il ne peut se confier, certains ayant manifestement peur de ce qu’il aà dire ! Et encore, ces avocats commis par la CPI-ONU se plaignent de lacensure et du goulag dans lequel ils sont condamnés à exercer leur mandat,leurs communiqués sur les conditions de détention ayant été vidés de toute leursubstance par leurs « mandants ».
Pour ce qui est de ses avocats habituels dontvotre serviteur, ceux qui vivent et travaillent sur le sol ivoirien sont, soiten exil, soit en un lieu sûr, étant suffisamment avertis des méthodes dupouvoir ivoirien et de ses sbires. Ce qu’ils ont vécu et les échos qu’ils ontreçus  de certains récits les ont confortés dans l’intime conviction quele régime liberticide du binôme Ouattara-Soro n’a pas l’intention dereconnaître à Laurent Gbagbo et aux personnalités de son régime la jouissanceminimale de leurs droits fondamentaux d’êtres humains. Et le plus affligeantest que le régime totalitaire du président de la communauté internationale estsournoisement encouragé dans cette dérive liberticide par ses parrains français! Il n’est que de constater la délectation avec laquelle ils ont savourél’accueil réservé aux confrères français à l’aéroport de Port-Bouët pour s’enconvaincre, ainsi que l’omerta qu’ils observent sur la question ! Encoreheureux que Maître Vergès et Ceccaldi soient rentrés vivants à Paris, cettechance ne pouvant bénéficier à des avocats noirs pour la raison évidente queces rebelles négriers savent qui ils peuvent avoir droit de vie ou de mort!  
Au total, vous comprendrez aisément que laCPI, qui ne saurait se permettre de salir l’Onu, soit ipso facto obligée deconsacrer l’impunité dans le traitement de ce dossier ivoirien. En tout état decause, elle joue à pile ou face sa crédibilité, tout comme son employeur qui adéjà perdu la sienne propre, et de manière irréversible en Côte d’Ivoire !
La CPI sera jugée sur les faits et non sur les grandes proclamations deprincipe. Si elle est réellement une juridiction attachée à dire le droit, elleaura toute la latitude de le prouver dans le traitement de ce dossier ivoirien,en allant jusqu’au bout, en explorant toutes les pistes pour frapper sansdiscernement ni discrimination tous les responsables et coupables des crimes deguerre et des crimes contre l’humanité pour lesquels elle a affirmé sacompétence !
Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis par lesdeux camps belligérants, celui de Ouattara ayant commencé dès le 18 Septembre2002, celui du régime légal et légitime du président Laurent Gbagbo étant enlégitime défense à partir du 28 Novembre 2011. Mais les crimes les plusépouvantables ont été commis par des catégories de personnes formellementidentifiées et qui doivent être, en conséquence, impérativement jugées pourleur participation à la guerre contre le régime légal et le peuple ivoirien
Ces personnes sont les casques bleus, lessoldats de la force Licorne, les responsables des banques et de l’UnionEuropéenne. Quels crimes ont-ils commis ? Le monde entier le sait !  
°  Ils ont pris pour cible des civils etdes objectifs civils, occasionnant des milliers de morts innocents dans deshôpitaux, des campus universitaires, des camps militaires dans lesquels viventdes familles, dans des centres commerciaux, aux abords de la résidence de leurprésident bienaimé qu’ils étaient venus soutenir par leur présence, etc…Un premierdécompte estime ces martyrs à près de 7.000 dont 2307 qui formaient un bouclierhumain autour de la résidence de leur leader !
°  Ils ont, unilatéralement, sans respecter le préavis légal des 45 jourset sur ordre direct de Nicolas Sarkozy, fermé les principales banques où lespersonnes physiques et morales ivoiriennes détenaient leurs avoirs, causant àcette clientèle et à leurs milliers de travailleurs des préjudicesirréparables.
°  Ils ont décrété des sanctions criminelles à l’encontre des ports ivoiriens,entraînant une rupture des soins des malades souffrant d’insuffisance rénale etdes infections liées au Vih sida, ainsi que des pertes incommensurables auxpersonnes physiques et morales de droit ivoirien vivant de l’achat et de lavente du cacao, du café et des autres produits agricoles victimes de l’ignobleembargo.
Toutes les souffrances que voilà et cesinnombrables décès d’êtres humains innocents sont constitutifs, non seulementde crimes contre l’humanité, mais également de crimes de guerre, que l’article8 alinéa 2-a) iii qualifie « le fait de causer intentionnellement de grandessouffrances ou de porter gravement atteinte à l’intégrité physique ou à lasanté », « dans le cadre d’un plan ou d’une politique, ou lorsqu’ils fontpartie d’une série de crimes analogues commis sur une grande échelle »,précision apportée par l’alinéa 1er du même article 8.
Au total la balle est dans le camp de cetteCPI. Personnellement, je pense qu’elle ne peut pasjuger Laurent Gbagbo, ce pour trois raisons que j’ai tenté de vous expliciterrapidement: d’abord, la procédure est irrecevable, ensuite, il n’y a pas de preuvessuffisantes contre lui et, enfin, dans ce dossier la CPI ne peut être niimpartiale ni indépendante !
Quant à Ouattara, pour en revenir à votre question,le mot « réconciliation » est aux antipodes de sonhistoire personnelle,inconnu dans son lexique et incongru dans sa bouche ! Avec son âme damnée, SoroGuillaume, ils n’excellent que dans un seul sport, qui est d’ailleurs leurraison de vivre : tuer, beaucoup tuer, encore tuer, toujours tuer ! Mais lemeurtre judiciaire qu’ils préparent à Gbagbo risque de les emporter dans latombe ! Et s’ils persévèrent dans leur cinéma judiciaire, leur main droiterisque d’attraper leur main gauche ! En Côte d’Ivoire, à La Haye ou ailleurs depar le vaste monde, un jugement éventuel de Laurent Gbagbo sonnera le glas pource duo infernal qui connaitra ce jour le jour de son jour qui sera son mauvaisjour, comme on dit à babi…
Avez-vous desreproches en tant qu’intellectuel contre l’Union Africaine et contre laCEDEAO  dans le drame ivoirien ?
Un ouvrage ne suffirait pas pour dresser laliste de ces reproches, et encore, j’en oublierais ! Pour l’Union Africaine, leproblème est tout simplement structurel, il lui faut arracher son indépendancede l’Union Européenne, refuser le moindre centime d’euro de cette dernière dansson budget. Seule cette autonomie financière coupera le lien ombilicall’unissant au syndicat nostalgique des anciens colonisateurs et lui permettrade s’affranchir de cette tutelle pesante. Un chef d’Etat comme Laurent Gbagbo apourtant indiqué le chemin à suivre pour obtenir cette autonomie financière :constituer un fonds à partir d’un pourcentage insignifiant des recettesd’exportation du principal produit-vedette de chaque Etat membre, et le tourest joué. Evidemment, seul des Etats réellement indépendants peuvent sepermettre une telle initiative !
Ayant activement participé au dernier Sommettenu à Addis-Abeba en fin Janvier-début Février 2011, j’ai pu mesurer le degréde dépendance de l’Union avec les ingérences insupportables des « délégués »européens, leur omniprésence et leur activisme suspect dans les couloirs, leurgrand nombre poussant à se demander si on était réellement à un sommet africainsur le sol africain ! J’ai tenté une expérience que je ne regrette pas, soitdit en passant, en me rapprochant de la table des délégués français emmenés parSarkozy, en me faisant passer pour un lobbyiste d’Alassane Ouattara. Leuraccueil cordial et les propos qu’ils m’ont tenus m’ont définitivement confortédans l’intime conviction qu’il nous sera extrêmement difficile, à nous, pauvresAfricains, de nous émanciper de ces sangsues !
S’agissant de la Cedeao, son problème estqu’elle réunit trop de pauvres Etats ! Et, comme de juste, ce sont les paysfrancophones les plus pauvres de la planète qui contrôlent cette organisationavec le Nigéria toutefois, un Etat dont l’influence ne cohère malheureusementpas avec les potentialités. Pendant que vous y êtes, connaissez-vous au mondeun seul pays exclusivement francophone qui soit développé ou même en voie del’être ? Ne cherchez pas trop : il n’en existe pas ! Il s’y ajoute que tous cespays, appauvris suite au pillage structurel de la colonisation, ont besoin dela France. La France, pour sa part, n’a pas besoin d’eux sauf pour leur fairefaire de sales besognes ! Faites le parallèle avec la Côte d’Ivoire pourcomprendre : ce pays a la chance de ne pas avoir besoin de la France, mais,pour son malheur, la France a besoin de lui !
Quand AlassaneOuattara dit qu’il a des financements pour reconstruire la Côte d’Ivoire, sousquel angle le voyez-vous ? Les institutions financières internationales, c’estla formule pour la Côte d’Ivoire actuelle ?
Alassane Ouattara ne reconstruira rien dutout, et il le sait mieux que quiconque pour être un des pions du systèmeinique qui régente le monde ! Il n’a aucun financement et n’en aura pas ! Ceuxsur qui il comptait naïvement n’ont pas la tête à ça, leur priorité étant manifestement,dans un contexte de morbidité générale, à trouver de l’argent frais pour volerau secours de nations européennes en faillite tels la Grèce, le Portugal,l’Irlande. Le chouchou de la communauté internationale escomptait que sesparrains lui apporteraient 13 mille milliards de francs Cfa, il n’a pu obtenir,avec des regrets, que… 197 milliards ! Assortis de conseils du genre : faitescomme Gbagbo qui ne s’est jamais endetté durant la décennie qu’a duré la crise,malgré la partition du territoire en deux, le maintien d’une seule frontière(avec le Ghana), les détournements par la rébellion des richesses agricoles etminières du pays via les Etats voisins et une certaine organisationinternationale, les conditionnalités des institutions anti-vie de Bretton Woodsqui ont été tant et si bien respectées qu’elles ont permis à un pays en guerre,gérant 37% de son territoire et assurant tant bien que mal les besoins des 100%de sa population sans tendre la main à quiconque, de voir le bout du tunnel etd’arracher au FMI et à la Banque Mondiale le point de décision !
Madame Doris Ross ne s’y est pas trompéen rendant hommage à la politique économique exemplaire de Gbagbo et à sa sainegestion des finances publiques par ces mots : « Le FMI est strict avec la Côted’Ivoire mais aussi objectif », cette appréciation venant après les deux prixdécernés au pays pour récompenser la meilleure gestion des finances publiquesdans un pays en crise.
Le gouvernement de Laurent Gbagbo a réussi,en dépit de toutes les contraintes liées à la guerre, à relativiser etmarginaliser le rôle et la place des institutions internationales dans lamarche de nos économies. Les socialistes ivoiriens ont montré le chemin àl’Afrique qui veut se libérer : compter sur soi-même et mettre en valeur sespropres ressources. Une des causes principales de la guerre qui a été faite àla Côte d’Ivoire patriotique est à chercher d’ailleurs dans la volonté deporter un coup d’arrêt à cette nouvelle forme de gestion autocentrée avec pourmamelles la refondation et l’économie sociale de marché.
Pour qui veut se persuader que la solutionaux problèmes de la Côte d’Ivoire est endogène et ne se trouve pas dans lerecours aux institutions internationales ou dans le carrousel de la dettebilatérale, il n’est que de se renseigner sur le bilan de la présence du «brillant » Ouattara à la tête du pays entre 1990 et 1993. Dans cet intervalleil est aux commandes et il a les coudées franches puisque Houphouët-Boigny,malade, se soigne à l’étranger. Le pays n’est pas divisé, il n’est pas enguerre, il n’y a aucun embargo d’aucune sorte, pas d’occupation militaire del’étranger, donc pas d’effort de guerre.
Notre tête d’œuf, as des théoriesmacro-économiques, poussera pourtant le riche pays dans l’abîme de la failliteavec une rapidité stupéfiante ! Formaté par ces institutions, il était venuappliquer à la lettre un plan-miracle dont la Côte d’Ivoire a mis vingt anspour se relever ! Vous vous en rendrez compte aisément en passant en revue lesstatistiques relatives aux agrégats, que je tiens à votre disposition, et enles comparant avec les résultats de la gestion Gbagbo également disponibles.
Cela dit, les fanfaronnades de Ouattaran’émeuvent plus personne car on connait l’homme. Après son grotesque simulacrede travestiture ou simulsacre d’investiture de Yamoussoukro qui a coûté pasmoins de 21 milliards de francs dans un pays dévasté par la guerre, il étaitattendu au tournant. S’exprimant sur une des télévisions de ses sponsors, cettechaîne qui a enfilé les mensonges 24 heures sur 24 six mois durant pouraccompagner le coup d’Etat sanglant de la France et de l’Onu qui l’a porté aupouvoir, il s’était permis de tancer Laurent Gbagbo en lançant ces mots : « leprésident Gbagbo a utilisé l’argent de l’Etat pour se maintenir au pouvoir, moije vais développer ce pays ! ». Allez demander aux Ivoiriens ce qu’ils enpensent !
Commentexpliquez-vous qu’un opposant en Afrique puisse attirer tant d’admiration desOccidentaux comme Alassane Ouattara ?
Evidemment, s’il est un bon cheval de Troiede leurs intérêts, pourquoi n’en feraient-ils pas leur chouchou ? Cela vousétonne ? Ouattara, sitôt nommé premier ministre par le vieux présidentmoribond, s’empresse de vendre toutes les entreprises d’Etat de la Côted’Ivoire, parfois au franc symbolique, aux amis de Chirac et Sarkozy ! L’Etatfrançais, à travers des sociétés-écran, achète pour des cacahuètes toutes cesentreprises, soit près de 82% du tissu industriel ivoirien, contribuant pour55% aux recettes budgétaires.
En toute illégalité, les marchés se passentpar entente directe, au gré à gré. Le groupe Bouygues et ses tentacules sefrottent les mains : les doigts dans le nez, sans le moindre effort, l’agentOuattara leur sert sur un plateau d’argent les trois secteurs les plus sensibles,les plus délicats qui soient, ceux qui, dans tout Etat, sont considérés commeles secteurs de souveraineté par excellence : l’eau, l’électricité, letéléphone. En partenariat technique avec France Telecom pour ce derniersecteur, Martin Bouygues, roi mondial du béton, propriétaire de Tf1 et d’unekyrielle d’organes de presse, se voit offrir également les deux premiers, maisaussi la plate-forme pétrolière d’Azito, les Grands moulins, le gaz,l’exploitation de l’or et du diamant, le chantier du troisième pont d’Abidjan !Bolloré n’est pas en reste et se sucre dans le transport multimodal et lesports.
Au total, ce ne sont pas moins de 70entreprises d’Etat qui sont cédées au privé français pour seulement la minablesomme de 322 milliards F Cfa là où, bien négociée, une seule licence detéléphonie peut faire tomber dans l’escarcelle d’un Etat au moins 200 milliards! Le plus souvent, le premier ministre Ouattara cède les entreprises au francsymbolique. Le comité de pilotage des privatisations monte, en général, lesdossiers avec toute la rigueur requise, mais c’est uniquement pour la forme,les cahiers de charges sont royalement ignorés !
Pour son retour au pouvoir, ses maîtres ontmis le prix qu’il fallait : un coup d’Etat continu qui n’a abouti que neuf ansplus tard, quelques dizaines de milliers de victimes, un pays dévasté, descentaines de milliers de réfugiés, le tissu social irrémédiablement déchiré, laréconciliation compromise à jamais, avec un risque permanent de reprise desaffrontements et d’embrasement d’un conflit pas encore fini vu qu’il n’y aaucune force capable de mettre un terme aux exactions des bandes armées deOuattara qui continuent de tuer dans l’impunité totale, sans commandement nichef.
Mais dans ce cas précis, rétrospectivement,les Occidentaux peuvent se demander si le jeu en valait la chandelle ! Ouattaraa été installé, certes, mais il semble qu’il ne pourra être d’aucune utilitécette fois-ci pour le grand capital, le stratège Gbagbo ayant pris la sageprécaution de tout verrouiller ! A part les concessions sur l’eau etl’électricité et les ports, les capitalistes français n’ont rien trouvé à semettre sous la dent ! Même le cacao volé, une fois débarqué au Havre, seretrouve dans les mains des légitimes propriétaires chinois !
Certes, des marchés ont été cassés pour êtrerepris au bénéfice des amis, notamment cet ouvrage hydraulique à Soubré pourl’édification duquel la Côte d’Ivoire apportait 30%, la Chine complétant lereste, et qui est concédé maintenant aux entreprises françaises  s’engageant à le construire cinq fois plus cher sans apport de la partieivoirienne, mais à un taux d’intérêt de dupe ! La justice est d’ailleursrégulièrement saisie pour vider de tels contentieux, comme pour d’autresmarchés de moindre envergure volés à leurs récipiendaires! Certes, le grandéconomiste va revendre toutes les entreprises d’Etat, mais la curée ne sera pasaussi intéressante qu’au siècle dernier ! Pour le reste, les contrats ont étési bien ficelés que les retardataires n’ont que leurs yeux pour pleurer.
Pour le reste, ne vous y trompez pas, chaquefois que  vous verrez les puissances occidentales aux petits soins pour unopposant africain en quête du pouvoir suprême, soyez sûr qu’il ne s’agit qued’un domestique qui va leur restituer au centuple milliard leur soutien unefois ce pouvoir obtenu ! La démocratie n’est qu’un prétexte qui ne trompe pluspersonne!
L’écrivainsénégalais Cheikh Hamidou Kâne pense que Laurent Gbagbo est un dictateur…
Ah oui, il l’a dit ? No comment, serais-jetenté de vous répondre. Il est libre de le penser ! Mais dans ce registre, etavec l’autocrate qui nous pompe l’air au pays, ce grand écrivain dont jem’honore d’être le compatriote doit en connaître un rayon ! En matière dedictature, le Sénégal conserve toutes ses chances de figurer dans le top 5. Sile doyen Kâne, dont le sens de la pondération, de l’honneur et de la dignitésont unanimement reconnus au Sénégal, a vraiment fait cette caractérisation,alors Laurent Gbagbo devrait prendre cela, venant d’un compatriote de Wade,comme un compliment ! Je n’en dirai pas plus…
Me Cheikh KouressyBa  Avocat à la Cour de Dakar
Interview réaliséepar Camus Ali Lynx.info
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