Libye-Afrique-UA: Kadhafi peut toujours courir

Afrique-Libye – « Accélérer l’autonomisation des jeunes pour un développement durable » ; c’est le thème du 17e sommet de l’Union africaine (UA) qui s’est déroulé du 30 juin au 1er juillet à Malabo en Guinée équatoriale.

Un thème supplanté, comme on pouvait s’y attendre, par la situation en Libye. Après d’intenses discussions à huis clos sur cette crise, l’UA est finalement restée conforme à sa position de départ : privilégier le dialogue.

Critiquant la Cour pénale internationale (CPI) pour avoir émis un mandat d’arrêt à l’encontre de Mouammar Kadhafi, elle a décidé de ne pas exécuter ce mandat. Les membres de l’Union africaine (UA) n’exécuteront pas le mandat d’arrêt international lancé par la Cour pénale internationale (CPI) contre le chef d’Etat libyen, Mouammar Kadhadfi.

Ainsi en a décidé l’organisation panafricaine qui, dans une résolution, indique clairement que ses Etats membres ne coopéreront pas à l’exécution du mandat d’arrêt contre le colonel Kadhafi, et demande au Conseil de sécurité de l’ONU de « mettre en oeuvre les dispositions en vue d’annuler le processus de la CPI sur la Libye ».



Cette décision a été prise à l’issue de la 17e session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA), organisée du 30 juin au 1er juillet dernier à Malabo, sous le thème « Accélérer l’autonomisation des jeunes pour le développement durable ». Tout en se disant « préoccupée par la manière dont le procureur de la CPI gère la situation en Libye, affaire déférée auprès de la CPI par le Conseil de sécurité des Nations unies », l’UA « note que le mandat d’arrêt (…) complique sérieusement les efforts visant à trouver une solution politique négociée à la crise en Libye et à traiter les questions d’impunité et de réconciliation de manière à prendre en compte l’intérêt mutuel des parties concernées ».

Crise libyenne : pour une solution pacifique

Jean Ping s’est insurgé contre le fait que le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, « ne condamne que des Africains et ne juge que des Africains ». A l’issue du sommet, l’UA aura encore réaffirmé son engagement dans une solution politique à la crise.

L’organisation panafricaine a appelé à la « volonté politique » des parties impliquées dans le conflit libyen et également proposé la convocation immédiate de négociations sous les auspices de l’Organisation et des Nations unies (ONU). Il faut dire que sur la crise libyenne – sujet majeur de la réunion – le sommet a donné lieu à d’intenses discussions à huis clos entre les chefs d’Etat du continent.

De fait, les chefs d’Etat africains s’étaient séparés tard dans la nuit du jeudi 30 juin, sans trouver d’accord. Ils devaient de nouveau se rencontrer à huis clos le lendemain pour tenter de trouver une position commune. Se prononçant sur cette crise, le président du Faso, Blaise Compaoré, a indiqué que « de plus en plus, il est question que les débats tournent autour d’une page nouvelle pour la Libye. D’autant que le peuple libyen a soif de liberté politique, de possibilité de choisir ses dirigeants et, bien entendu, de créer les conditions de production économique soutenues par des initiatives privées. Nous ne pouvons pas imaginer un processus politique en dehors de cela ».

Est-il dans la logique de l’après-Kadhafi ? « Il revient au peuple libyen de dire quelle est l’option à faire. Toujours est-il que le président Kadhafi lui-même, en demandant à s’exclure des négociations à venir, montre là une indication de sa disponibilité à accepter le choix des Libyens », a répondu le chef de l’Etat peu avant son départ pour Ouagadougou.

La jeunesse doit être mieux outillée

La veille, le 30 juin, Blaise Compaoré prenait part, en présence d’une trentaine de ses pairs, à la cérémonie d’ouverture du sommet qui aura été ponctuée par six allocutions dont l’adresse de bienvenue de la maire de la capitale Malabo, parée de tous ses atours pour accueillir le sommet. Interviendra ensuite Jean Ping, président de la Commission de l’UA, qui, en abordant le thème du sommet, a déclaré que celui-ci vient à point nommé étant donné le rôle des jeunes dans le « printemps arabe ».

Jean Ping a affirmé que la jeunesse devrait être mieux outillée afin de pouvoir contribuer de manière significative au développement du continent. Il a invité les Etats membres de l’UA à tirer leçon des événements survenus en Afrique du Nord. !

« Les soulèvements populaires en Afrique du Nord, a-t-il déclaré, devraient être perçus comme une opportunité pour les Etats membres de l’UA de renouveler leur engagement envers l’agenda de l’UA pour la démocratie et la gouvernance et de mettre en à « uvre les réformes socioéconomiques exigées par leurs populations ».Jean Ping a ensuite exhorté l’Afrique à parler d’une voix dans la résolution des conflits tels que celui de la Libye, ajoutant qu’il revient aux Libyens eux-mêmes de s’approprier le changement démocratique.

Il a salué les efforts du Comité ad hoc de l’UA sur la situation en Libye et souligné son rôle dans le processus de paix en Libye. Jean Ping a relevé que la Tunisie et l’Egypte avaient accompli des progrès significatifs au cours des derniers mois, ajoutant que les deux pays ont connu un nouveau climat propice au débat pluraliste et à la liberté. Passant en revue la situation en Afrique, il s’est réjoui de la naissance imminente, le 9 juillet prochain, du nouvel Etat africain du Sud Soudan, qui sera le 54e Etat membre de l’UA. A ce propos, Salva Kirr, qui participait à la réunion en tant qu’observateur, et en passe de devenir le président du nouvel Etat, a été présenté à l’assemblée par Jean Ping, sous les ovations de l’assistance.

ADO félicité

Concernant la Somalie, M. Ping a salué le « sens de sacrifice et d’engagement » des troupes de la Mission de l’UA en Somalie (AMISOM). Il s’est également réjoui de la fin de la crise en Côte d’Ivoire et a souhaité la bienvenue à l’Union africaine, au président Alassane Dramane Ouattara (ADO) qu’il a félicité pour le processus de vérité et réconciliation. De sa participation à ce sommet, ADO a eu ces mots, au sortir d’une audience que lui a accordée le président Blaise Compaoré à la villa n° 26 du complexe hôtelier de Sipopo, à la veille du sommet : « Je suis venu saluer le rôle important que le Burkina a joué dans le processus de paix en Côte d’Ivoire. Nous avons profité de cette occasion pour échanger par rapport au sommet qui s’ouvre demain. J’ai dit que le président Blaise Compaoré a une grande expérience de ces sommets. Moi, je viens de commencer.

Je suis venu à l’école, auprès de lui, voir comment tout cela se passe et parler des grands dossiers, libyen notamment. Nous avons par ailleurs parlé de la coopération régionale et bilatérale et échangé sur les moyens de renforcer davantage les liens entre nos deux pays ».

Idriss Deby du Tchad boit son petit lait

Passant toujours en revue la situation en Afrique, Jean Ping s’est réjoui de la normalisation des relations entre le Soudan et le Tchad et du retour de la paix aux Comores, au Burundi, au Liberia et en Guinée Bissau. Il a toutefois déploré la persistance de la crise au Sahara occidental et des difficultés dans la normalisation des relations entre l’Ethiopie et l’Erythrée et de celles qui se posent également à Madagascar et Djibouti.

Jean Ping a souligné les progrès accomplis sur le continent en matière d’élections au cours des six derniers mois, en dépit des difficultés et des lacunes dans certains cas. Des élections qui, a-t-il affirmé, témoignent de l' »enracinement du pluralisme démocratique » sur le continent.

Il a, à cet égard, félicité les présidents Mahamadou Issoufou du Niger, Alassane Ouatarra de la Côte D’Ivoire, Yayi Boni du Bénin, Goodluck Jonathan du Nigeria, Ismail Omar Guelleh de Djibouti, Yoweri Museveni de l’Ouganda, James Alix Michel des Seychelles et Idriss Deby du Tchad. Au sujet de la situation financière de l’UA, Jean Ping pense que l’Organisation a besoin de se renforcer et de se doter de ressources nécessaires pour assurer la stabilité et le développement. Invités du sommet, Asha Rose Migiro, secrétaire générale adjointe des Nations unies ; Ahmed Ben Helty, secrétaire général adjoint de la Ligue des Etats arabes et Lula Da Silva, ancien président du Brésil et envoyé de la présidente du Brésil, ont prononcé des discours à la séance d’ouverture. Rose Migiro s’est exprimée sur le rôle des Nations unies en appui aux efforts de l’UA en matière de paix et de sécurité, de démocratie et d’autonomisation des jeunes africains.

Lula Da Silva, grand orateur devant l’Eternel

En ce qui concerne la crise libyenne, Mme Migiro a préconisé une solution pacifique et sur la question de l’autonomisation de la jeunesse, elle a lancé un appel pour un renforcement du pouvoir des jeunes. Elle a, pour finir, exhorté les chefs d’Etat à aider ces jeunes à matérialiser leurs rêves et annoncé qu’une réunion de haut niveau sur la jeunesse se tiendra au cours de l’année au siège de l’Organisation à New York.

S’agissant de la crise libyenne, la Ligue arabe s’aligne sur la position africaine, elle qui, a déclaré Ben Helty, a fait le choix de la solution politique. Il a dit compter beaucoup sur le soutien de l’Afrique dans la quête de l’autorité palestinienne pour un Etat avec Jérusalem Est pour capitale. Lula Da Silva a captivé le sommet par sa verve, arrachant à l’assistance une standing ovation. Après avoir donné des exemples concrets des politiques qu’il a mises en oeuvre lorsqu’il était président pour améliorer le sort des jeunes, il a déclaré devant les dirigeants africains que la jeunesse ne doit pas être perçue comme un problème, mais plutôt comme une opportunité.

« Celle-ci est traitée comme un problème alors qu’elle devrait être un actif, un capital extraordinaire ».

Se faisant l’avocat des pays africains, il a condamné le fait qu’avec bientôt 54 Etats, l’Afrique n’ait toujours pas de représentant au Conseil de sécurité de l’ONU, observant que seuls 5 pays peuvent décider du sort de la planète.

Il a, pour finir, annoncé que son pays inaugurera une université afro-brésilienne. Quant à Teodoro Obiang Nguema, hôte du sommet et président en exercice de l’UA, il a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de financer intégralement l’Union africaine. Il a proposé l’institutionnalisation du Corps des jeunes volontaires de l’UA et proposé que la ville de Malabo puisse abriter le siège d’une telle institution. Se prononçant sur le printemps arabe, il a attiré « l’attention de ceux qui ont pris l’habitude de manipuler l’innocence et la bonne foi des jeunes et de la population inexpérimentée pour provoquer, sans aucune nécessité, des révolutions stériles aux objectifs purement politiques et personnels. Le président Nguema estime que son pays a été l’objet d’une campagne systématique de désinformation.

Blaise Compaoré sur les projets de l’UA pour la jeunesse.

« C’est sur la base de l’analyse que les chefs d’Etat ont établi que la jeunesse est une composante démographique très grande, qu’elle est un facteur de stabilité si elle est épanouie et responsable, et qu’elle constitue un atout pour bâtir l’avenir du continent. Elle regorge d’initiatives, de créativité, d’inventivité, de génie, notamment dans des secteurs qui nous intéressent aujourd’hui comme l’économie, la gouvernance, etc.

Une jeunesse cultivée, éduquée et en bonne santé peut apporter beaucoup à la société présente et à la construction de l’avenir d’une nation. C’est fort de cela que nous avons, lors de nos débats, fait un diagnostic des freins, des entraves sur le continent, qui empêchent cette jeunesse d’être dans son rôle. Nous avons réfléchi sur les moyens de lui donner davantage de formations, de la soutenir dans ses initiatives en termes, notamment de création d’opportunités. Donner plus d’emplois aux jeunes, leur assurer une meilleure santé, etc., tout cela a été abordé.

Cela fait, nous allons essayer, par rapport à ce qui a été suggéré, de mutualiser davantage nos énergies et moyens à travers nos différentes conventions sur la jeunesse, les instruments dont nous disposons aux plans national et international, pour mieux nous assumer aux côtés de cette jeunesse. Je pense aussi que le sommet a été une occasion pour les chefs d’Etat, de partager avec la jeunesse du continent, des expériences, ce qui nous a permis d’apprendre davantage sur leurs aspirations véritables.

Il n’y a pas de doute que l’Afrique, à partir de ce sommet, va mettre en place des instruments de suivi de tout ce qui sera fait en faveur des jeunes, et cela, dans l’intérêt de la stabilité de nos Etats, toute chose qui participe d’une meilleure construction de l’avenir ».

Cheick Beldh’or SIGUE (envoyé spécial à Malabo en Guinée équatoriale)

Le Pays/04/07/2011
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