Côte-d’Ivoire Ouattara face à la Vérité, la Justice et la Réconciliation

Déjà sept semaines se sont écoulées depuis que j’ai quitté la Côte d’Ivoire. Je suis à nouveau livré depuis les Pays-Bas à mes réseaux habituels de collecte d’informations. Globalement, ces réseaux offrent une bonne lecture des événements sur place.
Ainsi, depuis les véritables derniers combats dans la première moitié du mois de mai, la nouvelle équipe dirigeante du président Alassane Ouattara (Ndlr. 36 ministres) détient la quasi-totalité des symboles de l’État entre ses mains : armées, administration, bâtiments officiels, régie financière, diplomatie… Sécurité et Réconciliation sont désormais les chantiers prioritaires en Côte d’Ivoire.

Le volet sécuritaire, selon les autorités, sera cogéré avec les forces de l’ONU et celles, françaises, de la Licorne. Le défi sécuritaire contient selon moi quatre points :


* l’encasernement des soldats de l’armée « mono-ethnique » créée par Ouattara, mi-mars 2011 : les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI),
* le désarmement effectif de tous ceux qui n’ont pas le droit de porter les armes,
* la pleine reprise du travail par la Police et la Gendarmerie,
* la réforme profonde d’une armée composée en grande partie de soldats sans conscience républicaine et civique.

Relever ce défi sécuritaire me paraît plus facile que le volet Réconciliation. Je suis en effet de ceux qui ont toujours pensé que l’impunité chronique voulue et choyée par toute la classe politique ivoirienne est en grande partie à la base des misères de ce pays africain. La réconciliation réelle sera donc grandement tributaire de la volonté de vérité des différents acteurs impliqués.

Ces dernières semaines, plusieurs ONG internationales ont lancé des appels dans ce sens. Tout en accusant les deux parties en conflit (Ndlr. Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo) de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, Human Rights Watch (HRW), Amnesty International (AI), la Fédération Internationale des Droit s de l’Homme (FIDH) et la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, appellent toutes à une justice égale pour tous les coupables d’atteintes graves aux droits de l’Homme.

La capacité de la présidence Ouattara à réellement réconcilier les Ivoiriens sera donc, en grande partie, liée aux arrestations et aux procès des personnes incriminées, pas seulement celles du camp opposé de Laurent Gbagbo mais surtout celles de son propre camp militaro-politique. Human Rights Watch (HRW) a déjà avancé des noms de commandants militaires pro-Ouattara qu’elle soupçonne de graves crimes, entre autres Chérif Ousmane, Coulibaly Ousmane dit ‘Ben Laden’ et le Capitaine Eddy Medy qui a dirigé les combats dans l’ouest frontalier au Liberia.

L’ONU, elle, reste dans son opacité désormais structurelle. Dans son dernier rapport douteux, elle a cru bon d’annexer en secret les noms des personnes soupçonnées passibles de poursuites. L’opinion publique reste aussi toujours dans l’attente de la publication d’un rapport de l’ONU datant de 2004 sur les crimes de guerre en Côte d’Ivoire. Ma même analyse reste valable pour les autres délits (nombreux), dont de hauts cadres de l’Administration Gbagbo sont accusés.

En analysant objectivement ces délits, je retrouve dans le propre camp de M. Ouattara des auteurs de ces mêmes délits, notamment ceux de détournement de fonds publics et de corruption. Globalement, la Réconciliation en Côte d’Ivoire pourrait être la victime d’une justice des vainqueurs, c’est mon sentiment. Toute chose, je pense que les autorités locales et la Communauté Internationale devraient éviter. Si tel était le cas, une désintégration de cette ancienne colonie française sur des bases ethnico-tribales serait fort à craindre.

Source: connectionivoirienne.net

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