Chronique : La crieuse publique Titre : Rétrospective démocratique

par Cimper Nayra, mercredi 29 juin 2011, 12:31

Oyé ! Oyé !
Hum..
Autant pour moi..
Mauritaniens, Mauritaniennes, contemplez l’œuvre de votre jeunesse, qui de manifestations spontanées à la place des « Blocs » , pour dénoncer la dilapidation du patrimoine foncier et immobilier de l’État, au profit de personnes dites proches du pouvoir; En sit-in improvisés devant des commissariats de polices, pour réclamer la libération immédiate de leurs camarades manifestants, à su faire la démonstration pacifique de sa détermination et de sa volonté, à rompre totalement d’avec le système actuel, héritier illégitime du précédent,
qui l’était tout autant etc.
Les trente dernières années sont assez éloquentes de la confusion qui règne sur la question du concept de légitimité, on vous dira qu’il repose sur une autorité, qui est fondée sur des bases juridiques, éthiques ou morales. La légitimité serait censée apparaître, lorsqu’une personne ayant une capacité d’action ou qui participe au fondement de cette action, la relie directement avec un élément ou une source du droit.

Par exemple, si nous faisons une courte rétrospective des coups d’état dans notre pays, nous nous apercevrons de ce phénomène. La légitimité qu’invoque les militaires au renversement de feu Mokhtar ould Daddah se résume en ces mots , rédigés par le comité militaire de redressement national : « les forces armées ont repris le pouvoir à ceux qui l’ont lâchement spolié, pour sauver le pays et la nation de la ruine et du démembrement. » En effet pour situer le contexte , notre jeune Mauritanie, était empêtrée depuis plus de deux ans à l’époque, dans la guerre du Sahara, contre le Polisario et auprès du Maroc.
Les dépenses militaires sont décrites comme considérables, et vont avoir un impact important sur la gestion du pays, qui ne survit alors que par la faveur de l’aide étrangère et des exportations de Fer.
Les fonctionnaires ont leur salaire ponctionné à hauteur de 25% pour soutenir l’effort de guerre.
La dette extérieure du pays s’alourdit et l’ouguiya, la monnaie nationale de vaut plus rien.
Sur ces entrefaites, le comité militaire va dénoncer des dérives du pouvoir, notamment à travers son autoritarisme, l’incessante corruption mais surtout cette guerre insensée contre les frères sahraoui.
L’ironie trente ans plus tard est cruelle, car nous savons aujourd’hui, ce que trente années de régimes militaires ont réussi à faire à la Mauritanie et aux Mauritaniens.
Les attributs de la légitimité d’un comité militaire à un autre, nous instruisent surtout du dévoiement des hiérarchies militaires, et du rôle infamant que nous pouvons leur attribuer dans la destruction du tissu social Mauritanien, dans la confiscation des revenus des ressources naturelles du pays, dans la monopolisation des affaires, dans la corruption administrative généralisée qui affecte tous les Mauritaniens sans exclusive.
Il est utile de mentionner, au titre de l’honnêteté intellectuelle, que tous les arguments en faveur de la légitimité de l’armée à déposer le président élu et ré-élu par le peuple Mauritanien, vont être par la suite l’archétype même de l’hypocrisie du pouvoir Militaire en Mauritanie , qui est autoritaire par essence.
Car enfin, chers militaires, si vous reprenez le pouvoir, rendez-le à son propriétaire naturel, le Peuple !!!
Il n’en a pas été question, parce que l’intention n’a jamais été de le rendre à qui que ce soit mais bien de l’accaparer pour de bon. L’élite militaire faisant obligatoirement partie des élites Mauritaniennes, par la formation reçue mais aussi bien souvent par l’instruction (du moins jusqu’à une certaine période), s’est sentie investit du pouvoir de gestion, et du devoir strict et disciplinaire de diriger cette nation naissante.
Une société multi-culturelle ne peut pas être dirigée comme une caserne militaire. Le pouvoir militaire ne peut pas tenir le peuple en respect et traiter de son avenir pour lui. Il n’ y a tout simplement plus de place pour cette relation malsaine. On ne peut pas avoir des frères Sahraouis, vivant dans ce qu’il est convenu de nommer le Sahara occidental et ne pas prendre en considération nos frères vivant à l’intérieur de nos frontières héritées. Cette schizophrénie, nous la devons en priorité à l’absence d’une vision globale, au refus de s’attaquer aux véritables problèmes, à la complicité des élites politiques qui nourrissent et alimentent le statu-quo, en participant à un système qui les méprisent, qui les tolèrent à peine, si ce n’est au nom de cette réalité démocratique, qui exigerait le multipartisme comme critère d’une forme de libre-expression.
Qui prends la peine de dire la vérité aux Mauritaniens ? Qui prends les Mauritaniens en compte sans en faire le décompte?
La rue, c’est elle, qui dans une confusion de slogans, une abondance de revendications, un flot de doléances, représente aujourd’hui les Mauritaniens. Pas juste ceux qui vivent à Nouakchott mais tous les Mauritaniens auxquels ce message parvient. L’espoir est permis et il n’est plus question de se résigner à une fatalité provisoire ou temporaire comme on le ferait devant la mort. Il est maintenant question de la légitimité intrinsèque à l’homme qui le pousse à mener certaines de ses actions, celle qui concerne sa propre préservation. Voilà où nous en sommes…
La rue ne tolère plus qu’on lui mente, elle ne se cache pas pour le dire face à l’impudeur de son interlocuteur. La corruption, grand sujet de préoccupations depuis ces trente dernières années, si on en croit le comité militaire de redressement national de l’époque.
Si vous voulez un échantillon de la corruption, n’allez pas plus loin que les militaires.
Il n’y a en effet pas lieu de pousser l’exercice.
Des officiers milliardaires, c’est assez parlant comme échantillon, non ?
Pour en revenir à nos moutons, on aura compris qu’on ne fait jamais référence à une légitimité innocemment ou par mégarde, il s’agit soit d’user du principe d’autorité pour réaffirmer l’attachement à la puissance publique, aux valeurs étatiques etc.. soit à l’inverse de fournir des raisons ou un argumentaire pour échapper à cette structure d’autorité.
Nous aurons constaté avec émerveillement, que le comité militaire de redressement national, aura fait l’économie de ce choix, en piochant de part et d’autre de quoi faire émerger la légitimité Militaire Mauritanienne.
Pour ne pas manquer à la règle, je redonnerais volontiers la parole au comité militaire : « Le Comité assume tous les pouvoirs jusqu’à la mise en place d’institutions démocratiques. »
Certes, donc procéder à la dissolution de la constitution, du gouvernement, du parlement, du parti du peuple Mauritanien, est considéré comme un pas en ce sens ?
La logique militaire s’emmêle un peu les pinceaux dans son charabia, les pouvoirs que les militaires étaient si pressés d’assumer, n’étaient-ils pas institutionnalisé ??
L’armée, n’est-elle pas une institution républicaine ??
La Mauritanie n’était-elle pas constitutionnellement depuis le 22 mars 1959, un état républicain indivisible, démocratique et social ??
La seule sincérité, la seule vérité adressée au peuple Mauritanien, que votre humble servante retient de cette sombre période, se résume en cette demande du CMRN : « il est demandé à la population d’observer le calme et la discipline et d’obéir aux consignes qui seront données par la radio.»
Voilà , à mon sens, ce qui allait devenir notre mantra récurrent, notre mot d’ordre, notre profession d’allégeance à la toute puissance Militaire.
Observer le calme et obéir !!
On est loin de l’honneur, de la fraternité et de la justice.. sans parler de la sacro-sainte Démocratie..
Les militaires n’auront réussi qu’à planter la peur dans le cœur de leurs concitoyens..
Ils n’auront réussi qu’a diviser les uns et les autres, ce travail ne s’étant pas limité comme on se plait à l’imaginer, aux communautés entre elles, s’est plutôt étendu pour envahir chaque communautés, faisant en sorte que nul n’échappe à la vindicte populaire.
Oui, nous sommes tous des collaborateurs, nous sommes tous complices et coupables du sort que la Mauritanie rencontrera invariablement.
Personne n’est à l’abri,
personne n’est assez vertueux pour échapper à la suspicion,
jeter l’anathème sur les uns plus que sur les autres, m’apparait comme une perte de temps et d’énergie et comme un raccourcis intellectuel inquiétant.
J’aimerais que chacun y réfléchisse plus d’une seconde sans se laisser envahir par ses préjugés habituels. Comment croyez-vous que ce système perdure depuis 30 ans ?
Nos notables, nos élus, nos fonctionnaires, nos dirigeants, sont sans discrimination, sans exclusive, des agents actifs de ce système.
Ils sont les mains, les yeux et les oreilles, au service de nos matons en chefs.
Nos institutions démocratiques sont le repaire des trafics d’influence. La majorité des associations de la société civile sont inféodées au marché honteux de la solidarité et de l’humanitaire.
La générosité n’échappe pas aux appétits des intermédiaires, avides de commissions en nature.
Tous les secteurs de la vie publique sont infestés par cette culture des miettes et des restes.
Une fois que cette réalité fait son chemin dans vos esprits, vous accepterez plus facilement une autre réalité moins apparente sans doute mais pourtant sous-entendue, celle qui établit une réciprocité de connivence.
En fait, quand j’y pense le génie des militaires c’est d’avoir instauré la cupidité comme objet de compétition voire comme symbole de valorisation et d’avoir organisé et mis en place un terrain favorable pour son homogénéisation.
Pas de place pour les convictions , pour les principes, pour la morale, pour l’Histoire passée et celle en marche. Pas de repères, pas d’exemples, pas d’ambitions. Tout est dans l’immédiateté , dans l’instant, dans l’improvisation. Ce système est plus précaire qu’on ne veut bien le dire, parce qu’il repose finalement sur la bonne volonté des princes. Quand ils se mettent en chasse de leurs disciples en vols et autres taquineries budgétaires, il faut bien se résoudre à comprendre, qu’ils ne sont plus disposés à partager, pour la simple et bonne raison que le butin se réduit comme peau de chagrin. D’où les contrats mirobolants pour des siècles et des siècles Amine…
Je crois que chaque communauté est à la recherche de son honneur, de sa fraternité perdue et de la justice qui assure la cohésion sociale et règle les conflits. Pour affronter nos peurs nous devons re-définir notre sentiment d’appartenance, le restituer dans le contexte qui est le nôtre. Le concept de « Mauritanité » pointant le bout de son nez. Il est urgent de nous entendre sur les termes pour éviter toute confusion malhabile…
A suivre  
Nayra CIMPER
Cimper Nayra
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