Okrouyo, sous-préfecture du département de Soubré dans le sud ouest de la Cote d’Ivoire a été du 6 au 13 mai dernier le théâtre de violents affrontements entre les forces républicaines (Frci) et des Libériens supposés être à la solde de l’ex-président Laurent Gbagbo. Malheureusement la prise de la zone d’Okrouyo par les forces pro- Ouattara a occasionné des morts dans les rangs des populations Bété dont le nombre est encore difficile à déterminer avec précision. Un mois après, des rescapés de ces massacres que nous avons rencontrés dans leur cachette ont accepté de témoigner sous le couvert de l’anonymat par crainte de représailles. Récits des exactions commises par les Frci mais totalement biaisées par les quotidiens et la chaîne de télévision du nouveau pouvoir.
« Lorsque les Libériens sont arrivés les 7 et 8 mai en provenance de la ville de Sassandra ils ne n’ont pas franchi les frontières du département de Sassandra. Ils étaient dans la zone du village appelée 4 carrefours soit environs à 50 km de la sous-préfecture d’Okrouyo. Donc les combats se sont déroulés loin de nous. Les Frci ont perdu la bataille. Ils ont abandonné des véhicules, des armes et perdu de nombreux soldats. Le lendemain des renforts sont venus de Man et de Bouaké avec la présence des Licorne c’est ce nouveau dispositif qui a fait reculer les Libériens du coté de la ville de Meagui. Là-bas aussi les Frci ont perdu une bataille vers 3 heures du matin », rapportent plusieurs témoins. « Notre malheur est parti après la débâcle de ces défaites successives des Frci. Voulant faire bonne impression aux yeux de leurs partisans, les Frci ont fait pendant une semaine des descentes dans les villages de la sous-préfecture d’Okrouyo. Ils accusent alors les jeunes d’avoir combattu aux côtés des Libériens et plus généralement, les populations autochtones bété sont accusées d’avoir caché des armes en brousse. En ma présence dix jeunes ont été conduits dans la brousse pour montrer les armes et ils ne sont plus revenus », témoigne Hervé M. Pour mademoiselle Emilienne K. il était question d’exterminer les pro-Gbagbo. Alors que les combattants libériens étaient déjà dans la forêt classée de Taï, poursuit-elle, les Frci continuaient leur ratissage dans les villages Bété. Aucun village n’été épargné. « De Baleyo à Kpada en passant par Okrouyo, Gbalebouo, Koudouyo, Maberi …tous ont été détruits, vidés de leurs habitants et des biens. Les populations se sont refugiées dans la brousse. Nous avons eu la vie sauve parce que nous sommes des femmes. Mais les jeunes et des hommes sur indication des allogènes Burkinabé, Malien et les Baoulé ont été exécutés. La raison est la même : celle de cacher des armes et des miliciens ou mercenaires».
La question de la terre en toile de fond
Quant aux circonstances de la mort du chef d’Okrouyo, Emilienne K. explique : « Les Frci avaient demandé au chef Maï Gnanagbe Blaise de ramasser les fusils que détenaient les habitants. Ce qu’il fit. Il s’agissait en fait de vieux fusils de chasse. Mais lorsque les Frci sont arrivés ils l’ont abattu sous prétexte de détenir des armes malgré ses explications. Deux de ses notables ont également été tués. Tous ont été enterrés dans une fosse commune. Malgré les appels à la réconciliation des habitants sont encore cachées dans les brousses de peur d’être tuées. Car, pour mieux commettre leur forfait les Frci avaient demandé aux allogènes de quitter leurs campements. Le départ de ces derniers a favorisé de nombreuses tueries ».
Même son cloche du coté de Meagui. « Les Libériens ont attaqué la ville vers 3 heurs du matin et les tirs ont cessé à 7 heures. Après leur passage les Frci une de fois de plus ont accusé les jeunes Bakoué de coopérer avec les miliciens Libériens. Ils n’hésitent à exécuter 5 personnes à Gipi 2 avec en prime de nombreuses arrestations », se souvient Jean G.
Les populations autochtones victimes des représailles sont persuadées que les tueries étaient ciblées et surtout guidées par les allogènes dans le but de régler des problèmes des terres. En faisant éliminer certaines personnes, les allogènes pensent avoir réglé définitivement les palabres sur les terres qu’ils occupent, soutiennent certains rescapés. Ils en veulent pour preuve l’assassinat dans la ville de Soubré, de maître Zakoua, huissier de justice qui gérait de nombreux dossiers sur les contentieux sur la terre.

Source: Notre Voie

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