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Zone franc : LES RAISONS DE SA SURVIE EN DEPIT DES CRITIQUES SELON LE Pr MAMADOU KOULIBALY

Zone franc : LES RAISONS DE SA SURVIE EN DEPIT DES CRITIQUES SELON LE Pr MAMADOU KOULIBALY

Écrit par Pr Mamadou Koulibaly Mardi 4 Janvier 2011 à 3:04

Pourquoi la zone Franc perdure-t-elle en dépit des critiques?A mon avis, cela est dû à l’influence que la France exerce sur les pays d’Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire qui génère un afflux de capitaux, mesures d’austérité limitant le risque d’inflation et permettant de maintenir l’équilibre de la balance extérieure et crédibilité de la monnaie. Les partisans du franc Cfa font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu’ont exercée les Présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc. Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d’émancipation du système : la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l’uranium au Niger, de l’or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d’entreprises de service public en Côte d’Ivoire, auxquelles sont à ajouter d’autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal.
Quand le Sénégal a annoncé récemment qu’il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Venezuela de l’aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources.
Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n’ont fait qu’empirer la situation en prétendant qu’elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l’inverse des pays occidentaux ou asiatiques. Elles se satisfont de voir les Etats africains être réduits à l’état de contribuables au profit de la France, avec 50% (certains continuent de parler de 65% pour des pays comme la Côte d’Ivoire) de réserves de change qu’ils déposent chaque année auprès du Trésor français Et pourtant, nos citoyens n’ont pas la nationalité française, et n’ont pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français. Cela conduit à une situation que l’on ne peut que qualifier d’asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu’ils ne pouvaient se passer de la France.
C’est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s’y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l’aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants.

Propos recueillis à l’occasion de la dédicace de son livre “Les servitudes du pacte colonial” paru en 2005

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