Le Front populaire ivoirien ne fait pas de son entrée au gouvernement du président Alassane Ouattara, une priorité ou une urgence. On pourrait même dire que ce parti veut rester en dehors de l’action gouvernementale, qui sera menée par le nouveau régime. Cette posture de l’ancien parti au pouvoir déchu le 11 avril dernier, à l’issue de l’offensive militaire d’envergure des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, de l’Onuci et de la force Licorne, est diversement interprétée. 
Certains y voient le respect scrupuleux de la ligne de conduite sous laquelle le Fpi s’est revelé aux Ivoiriens, à savoir un parti politique d’opposition fort, un contre-pouvoir solide pour garantir le respect de la démocratie et de la bonne gouvernance. D’autres, par contre, estiment qu’en refusant d’entrer au gouvernement, la formation politique actuellement dirigée par le professeur Mamadou Koulibaly, tourne le dos à la main tendue du président Ouattara, et porte par conséquent un coup au processus de reconciliation en cours. 

Au Front populaire ivoirien, les choses sont cependant perçues sous un angle différent. Selon un élu de l’ancien parti au pouvoir, que nous avons joint hier et qui a souhaité garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, « la table du conseil des ministres n’est pas le lieu par excellence pour faire la réconciliation. Les ministres qui siègent au gouvernement sont des employés du président de la République, et ils sont en fonction pour appliquer un programme bien précis ». Pour ce député du Fpi, il existe des institutions de l’Etat, notamment l’Assemblée nationale où siègent de nombreux députés Fpi et d’autres partis, qui peuvent être mises à contribution pour la réconciliation nationale. 
« Les députés sont les élus du peuple, ils peuvent être envoyés en mission de reconciliation pour parler aux populations qui les ont élus », note-t-il. Idem pour le Conseil économique et social, qui regroupe les différentes couches socio professionnelles, y compris des personnalités proches du Fpi et qui peuvent tout aussi être impliquées dans le processus de réconciliation. Outre ces deux institutions, notre interlocuteur a également parlé des collectivités décentralisées, à savoir les mairies, les conseils généraux, auxquelles l’Etat a délégué des pouvoirs pour agir en son nom. 
« De nombreuses mairies, conseils départementaux ou encore régionaux, sont dirigés par des cadres du Fpi. Ceux-ci peuvent valablement oeuvrer pour la réconciliation, puisqu’ils sont en contact permanent avec les populations. Le plus important n’est donc pas d’aller s’asseoir à la table du gouvernement pour servir de faire-valoir. Ce que nous Fpi attendons des nouvelles autorités, c’est de faire fonctionner normalement toutes ces structures, notamment l’Assemblée nationale, le Conseil économique et social, les mairies, les conseils généraux, afin de les mettre en mission de réconciliation », a-t-il dit, dévoilant ainsi le souhait de la famille frontiste. 
Cet élu du Fpi note donc que les critiques formulées à leur encontre relativement à leur refus de participer au gouvernement, émanent d’une mauvaise perception de la réalité politique en Côte d’Ivoire. « Le Fpi n’est pas mort, et le Fpi est bien présent. Aucune reconciliation ne peut se faire sans nous. Nous en sommes conscients et nous n’entendons aucunement nous dérober du rôle que nous avons à jouer. Mais il faut tout simplement confier aux structures, les tâches qui relèvent de leur compétence », a-t-il conclu. 
Cette question de la réconciliation nationale et le rôle que doit jouer l’ancien parti au pouvoir dans ce processus a été encore une fois abordée par le professeur Mamadou Koulibaly, troisième vice-président du Fpi, au cours de l’interview accordée hier à Fraternité Matin. « Nous pensons d’ailleurs, mes camarades et moi, que la participation du Fpi au gouvernement n’est pas franchement une démarche réconciliatrice. Ou alors ce genre de réconciliation serait une coquille vide. On peut se reconcilier sans partager le gâteau ». En clair, selon cette analyse, les problèmes posés par les refondateurs comme préalables à leur entrée au gouvernement ne devraient pas être considérés comme un refus de participer à la réconciliation nationale. 
Hamadou ZIAO 
Source : L’Inter : Dernière Mise à jour : 28/05/2011 (Auteur : Hamadou ZIAO ) 
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