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Investiture de Ouattara, chute de Gbagbo, réconciliation… / Yayé Dion Robert monte au créneau :‘’Voici pourquoi Malachie a été chassé de mon église’’

Investiture de Ouattara, chute de Gbagbo, réconciliation… / Yayé Dion Robert monte au créneau :‘’Voici pourquoi Malachie a été chassé de mon église’’

Vété excommunié de l’église Baptiste. C’est vrai, nous avons donné des prédications fortes mais nous étions dans notre rôle de religieux. C’est pourquoi j’ai estimé inopportun de quitter le pays. J’étais dans mon rôle. Je ne suis donc pas allé ni dans le bunker de Gbagbo ni au Golf Hôtel.

Vous n’étiez certes pas aux côtés de l’ex-président lors de son arrestation dans le bunker de la résidence présidentielle. Mais, n’est-ce pas en réalité un abandon après l’avoir entraîné et encouragé sur la voie du refus de sa défaite, du verdict des urnes qui donnait Alassane Ouattara vainqueur ?
Moi, je n’ai pas l’âme d’un traître. Il faut savoir que je ne faisais pas partie du premier cercle de religieux autour de Gbagbo et de son épouse. L’ex-couple présidentiel me portait une admiration pour mes projets sociaux. Gbagbo est certes très généreux et ouvert, mais il a particulièrement de l’estime pour ses concitoyens qui se sont fait remarquer par leur courage dans leurs milieux. Je me suis imposé à lui par mes projets sociaux qui nous ont plus rapprochés. D’ailleurs, pour qu’il vienne à la pose de la première pierre, il m’a fallu donner des coups de gueule parce que des pasteurs du premier cercle refusaient qu’il soit à mes côtés. Moi, je ne suis pas de ces pasteurs qui rasent les murs de la présidence et de la résidence présidentielle pour manger, pour quémander. Les Ivoiriens me connaissent. Ils m’ont vu à l’œuvre et ils me voient à l’œuvre. Comme je le disais tantôt, j’ai soutenu Gbagbo dans la crise post-électorale parce que le juge des élections a rendu un verdict en sa faveur. Le conseil constitutionnel l’a déclaré vainqueur avant de se dédire quatre mois plus tard.

Vous saviez pourtant qu’il avait perdu. Pourquoi ne pas lui avoir conseillé alors de se retirer pour éviter tous ces morts…
Je n’ai pas à apprécier le verdict du juge des élections. Je ne suis pas un politicien mais un religieux. Toute autorité venant de Dieu, il ne nous appartenait pas de nous opposer au choix divin. La loi vient de Dieu. Et le verdict final était en faveur du président Gbagbo. Nous en avons pris acte et avons appelé au respect dudit verdict comme nous le faisons aujourd’hui avec celui annoncé en faveur d’Alassane Ouattara. Toute autorité est établie par Dieu et tout prédicateur (pasteur, imam ou prêtre) qui refuse de s’y soumettre entre en rébellion contre Dieu. Il faut
t bien comprendre cela. Il faut également relever qu’aucun autre élément palpable autre que le recomptage des voix ne pouvait fonder une appréciation tendant à contredire la décision du conseil constitutionnel. C’est pourquoi j’ai dit que la violence, les tueries et autres exactions n’étaient pas la solution, qu’il fallait que les protagonistes acceptent le recomptage des voix pour dénouer la crise. Mon avis n’a pas été accepté de toutes les parties. Et la crise s’est enlisée comme nous l’avons tous malheureusement constaté et déploré. Je n’ai entraîné personne sur telle ou telle autre voie pour sa perte et l’y abandonner.

Quoi qu’il en soit, le président Gbagbo est resté inflexible parce qu’il était convaincu que la mission messianique que vous lui prophétisiez était bien une réalité, parce qu’il était convaincu que la prophétie du pasteur Koné Malachie que vous avez formé s’accomplirait…
J’ai dit tantôt que nous avons fait des prédications fortes dans un contexte bien précis. Mais personne ne peut dire que je me suis laissé aller à des flagorneries. J’ai entendu des prophéties ici et là et surtout celle de Koné Malachie. Mais, cette prophétie n’est pas nouvelle. Les gens pensent que c’est une nouvelle prophétie mais, non. Elle remonte précisément à 2005. Et c’est pour cette prophétie d’ailleurs qu’il a été mis sous discipline puis excommunié de l’église Baptiste. Un pasteur ne se lève pas n’importe comment, n’importe quand et n’importe où pour dire que le Seigneur lui a parlé. Sans me prononcer sur le fond, j’ai dénoncé à l’époque ce manque d’humilité qui a gagné la majorité des jeunes pasteurs aujourd’hui. Ceux-ci, alors qu’ils ne pèsent rien, qu’ils n’ont pas de temple, qu’ils n’ont même pas cent fidèles, qu’ils n’ont de siège que dans leurs valises qu’ils traînent ici et là, se laissent aller à des commentaires désobligeants envers leurs anciens qui ont appris dans la patience, l’endurance et l’humilité. J’en entends dire que tel pasteur est un pro-Gbagbo, il faut l’arrêter, il faut l’empêcher d’assister à telle cérémonie. Ce genre de comportements pour susciter des chasses à l’homme ne favorise pas la réconciliation. Ils doivent être heureux aujourd’hui puisque, suite à la délation, mon église à Yopougon a été attaquée à l’arme lourde endommageant sérieusement l’édifice. Mais ceux qui me vilipendent aujourd’hui, où étaient-ils quand j’organisais en 2009 et 2010 le giga Ciamel à Bouaké et à Man où j’ai mobilisé à travers le monde entier plus de 300 pasteurs et plus de 50.000 fidèles à travers tout le pays ? Les pseudo-pasteurs qui s’invitent dans des médias pour jeter l’opprobre et l’anathème sur des dignitaires religieux œuvrent contre la réconciliation. Ils n’aiment pas Alassane Ouattara qu’ils courtisent comme ils le prétendent. Quand on dit qu’il faut traquer des pasteurs qui ont prié pour Gbagbo, c’est qu’on dit qu’il ne faut pas qu’ils prient pour le mandat d’Alassane. Les hommes passent et la nation demeure. Il faut plutôt encourager tous les pasteurs, imams et prêtres à soutenir la sortie de crise, la paix et la réconciliation.

La Côte d’Ivoire amorce un processus de réconciliation nationale. Quelles sont les attentes des religieux ?
Nous qui avons dans nos lieux de culte les fidèles que nous amenons à la prière, avons un rôle crucial à jouer dans la réconciliation. C’est pourquoi nous souhaitons un portefeuille ministériel pour la réconciliation dont les principaux animateurs seront les religieux. En fait, ce que Dieu nous demande aujourd’hui, c’est d’amener tous les fidèles sans distinction de bord politique, à la réconciliation, au pardon. Nous considérons déjà qu’une page est tournée et que celle de la réconciliation s’est ouverte avec la prestation de serment du président Alassane Ouattara. Aujourd’hui, il faut prêcher le pardon dans la parole de Dieu qui délivre les cœurs de la haine, des meurtrissures, du mépris. Dans cette perspective, nous allons organiser de grandes rencontres comme nous l’avons fait par le passé dans ce pays. Je vais rassembler tous les pasteurs pour les engager officiellement et solennellement sur la voie du pardon et de la réconciliation. Nous sommes tous à l’image de Dieu. Quand un fait s’oppose au bien, cela heurte nos consciences. Cette crise doit servir de leçons à nous tous. J’estime donc que la réconciliation doit tous nous unir dans le respect de nos différences sans rancuns ni récrimination. Cela est très important car la réconciliation se nourrit d’humilité, de pardon et de tolérance. On ne réconcilie pas avec son ami mais avec son adversaire, avec celui qui pense différemment que soi. Il faut donc qu’on arrête de vilipender des prélats, des serviteurs du corps du Christ. Cela dessert le processus en cours. De nombreux pasteurs ont quitté le pays par peur de représailles. Il faut poser des pas qui les rassurent. Entre autres l’arrêt de la chasse aux sorcières et surtout le respect des libertés et droits fondamentaux de l’Homme.
Réalisé par M Tié Traoré
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