Va-t-on vers une recolonisation de l’Afrique ?

Berlin II : va-t-on vers une recolonisation de l’Afrique ?

Certaines puissances envisagent d’abolir les frontières héritées des accords de Berlin. Derrière cette idée se cache visiblement une volonté de relancer la machine capitaliste en crise et de maintenant sous leur domination le peuple africain. La peur de voir des pays émergeants comme l’Inde, le Brésil mais surtout la Chine leur disputer l’hégémonie en Afrique explique aussi cette démarche. Guy De Boeck et Raf Custers donnent une lecture élaborée de ce qui se fait actuellement sur le terrain en Afrique même.
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Le Congo a été au centre des discussions à l’Espace Matonge à Bruxelles. Vendredi 20 février, Guy De Boeck et Raf Custers ont chacun de sa façon analysé les stratégies en présence des puissances occidentales sur l’Afrique.

De Boeck vient de publier « Les Héritiers de Léopold II ou L’anticolonialisme Impossible », aux éditions Dialogue des Peuples. C’est tout naturellement qu’il aborde la question d’un nouveau partage de l’Afrique, une question que posent actuellement un certain nombre de puissances occidentales. Sous le thème de Berlin II, les conférenciers ont surtout mis en avant les appétits voraces de ces puissances. A commencer par les Etats-Unis d’Amérique.
Raf Custer travaille depuis 2007 comme chercheur à IPIS, un centre de recherche en ressources naturelles et conflits en Afrique subsaharienne dont le siège se trouve à Anvers. Les derniers travaux de M. Custers portent sur « Les Stratégies des Puissances sur l’exploitation minière en Afrique ». « Des stratégies qui, selon lui, varient d’une Puissance à l’autre, mais gardent partout le même objectif : la volonté de maintenir la domination de l’Occident sur le tiers-monde ».
Au mois de janvier dernier, Nicolas Sarkozy, qui s’adressait au corps constitué en France a laissé échappé son souhait de voir l’espace et les richesses du Congo être partagés avec le Rwanda voisin. Il est vrai que ces propos ont été depuis démentis par le Chef de l’Etat français en personne. Mais il n’en reste pas moins que Sarkozy doit se rendre au Congo, début mars. Rien n’indique qu’il ait fondamentalement changé son point de vue. D’autant plus qu’il n’est pas le seul à parler ces derniers temps de la révision des frontières entre le Congo et le Rwanda. Le sénateur belge Armand De Croo l’avait fait, deux ou trois mois avant lui devant un public congolais qu’il avait invité au Parlement. Le plan Cohen qui date, lui, de 1995 va dans le même sens.
Puisque les richesses sont en Afrique centrale, il faut que nous y soyons présents militairement
Guy De Boeck se veut, toutefois, plus nuancé sur les schémas tactiques de cette reconquête annoncée du continent noir. Il explique que l’objectif ne devra pas forcément avoir comme point de départ le démantèlement des frontières. Mais il n’exclut pas qu’une autonomie des provinces mal contrôlée ou mal gérée puisse servir de prétexte à cette nouvelle répartition du continent entre puissances occidentales, notamment dans le cas du Congo.
« Depuis que le Golfe de Guinée, le Nigeria, l’Angola et la Côte d’Ivoire se sont avérés être des sources d’approvisionnement intéressantes en pétrole, a relevé de son côté Raf Custers, les Etats-Unis estiment que l’Afrique fait partie des zones stratégiques touchant directement à leur sécurité interne. » « Les accords conclus en 2003 avec le Nigeria et l’Archipel de Sao Tomé et Principes, a-t-il ajouté, ont permis aux Américains d’envisager la construction d’une base militaire à Sao Tomé. Raf Custers a toutefois relevé le rejet de l’ensemble des états africains quant à l’idée américaine d’implanter une « Unité de Commandement Afrique » sur le continent même. A l’exception du Libéria.
L’Allemagne fait, elle aussi, partie de ces puissances qui veulent reprendre les rênes du pouvoir en Afrique. Raf Custers qui fonde son analyse sur des enquêtes réalisées sur le terrain indique que le gouvernement allemand est venu imposer sa présence en République démocratique du Congo en 2006 par le biais de l’Eufor, le contingent de 1500 militaires européens envoyé pour les élections en RDC. De manière unilatérale. « Puisque les richesses sont en Afrique centrale, il faut que nous y soyons présents militairement », dit-on côté allemand.
Les deux orateurs se rejoignent pour dire que cette politique pour le moins musclée de l’Occident face à l’Afrique trouve son explicatio, dans la crise économique en cours et l’angoisse qu’en éprouvent ces pays développés qui voient dans les pays émergeantes comme le Brésil, l’Inde, mais surtout la Chine une menace pour leur hégémonie.
©Jorge Alves, février 2009
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