Une diplomatie française menaçante

Michel Gaudette
L’auteur est historien. Il réside à Trois-Rivières.

La précipitation avec laquelle la France s’est ruée tête baissée dans l’aventure libyenne a quelque chose de troublant. À peine le sommet de Paris sur la Libye terminé, l’aviation française s’est attaquée de façon précipitée à des blindés de l’armée libyenne.

Le passé trouble de la France en Afrique ne fait que se concrétiser dans l’aventure libyenne. Et il y a des similarités troublantes entre la Libye de Kadhafi et la Côte d’Ivoire de Gbagbo dans les attentes diplomatiques de la France en Afrique. Les leaders de la Libye et de la Côte d’Ivoire sont comme pourchassés par la France, tout simplement parce qu’ils ne veulent nullement faire les volontés de celle-ci en Afrique. Alors que la France fait la pluie et le beau temps en Afrique noire en soutenant de façon active des dictatures, il n’est donc pas étonnant que la France se dresse contre tout leader africain qui ne fait pas les volontés françaises en ce sens…

Curieusement, Nicolas Sarkozy veut la tête de Gbagbo et de Kadhafi pour les mêmes raisons. Il semble que Kadhafi soit une forme de menace pour le Tchad voisin alors que ce pays pétrolier demeure sous l’étroite chasse gardée française. Quant à Gbagbo, il est évident que Ouatarra demeure le pantin de la France et celle-ci fait tout pour installer cet homme au pouvoir en Côte d’Ivoire.

Somme toute, la diplomatie française en Afrique a quelque chose de menaçant et de troublant pour tout leader politique qui ne fait pas les volontés françaises sur ce continent. Les rebelles lybiens sont déjà dans la mire de cette diplomatie où l’intervention française peut être vue sous le couvert «humanitaire» comme un honteux marchandage de pétrole et de vente d’armements. Je crois même que la France aimerait qu’émerge de l’après-Kadhafi un «bon» dictateur que Sarkozy pourrait manipuler comme bon lui semble…

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