Tepco demande de l’aide pour maîtriser la centrale de Fukushima

par Mayumi Negishi et Chisa Fujioka

TOKYO (Reuters) – L’opérateur de la centrale de Fukushima-Daiichi, Tokyo Electric Power (Tepco), a alimenté les doutes sur sa capacité à reprendre le contrôle de la situation en appelant à l’aide les spécialistes français du nucléaire.

De l’eau hautement radioactive s’échappait lundi du réacteur n°2, du plutonium a été trouvé dans le sol de la centrale et Greenpeace dit avoir mesuré un taux de radioactivité inquiétant à 40 km de la centrale endommagée le 11 mars par un séisme et un tsunami dévastateurs.

Selon le dernier bilan en date, la catastrophe a fait 10.804 morts confirmés et 16.244 disparus. Deux cent cinquante mille personnes vivent toujours dans des centres d’hébergement. Les dégâts pourraient s’élever à 300 milliards de dollars, ce qui en fait la catastrophe naturelle la plus coûteuse au monde.

Les autorités japonaises semblent se résigner à un long combat pour contenir le plus dangereux accident nucléaire depuis Tchernobyl, en 1986.

En attendant, Tepco a sollicité une aide française. Le ministre français de l’Industrie, Eric Besson, a confirmé que l’opérateur privé nippon avait demandé durant le week-end l’aide d’EDF, d’Areva et du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). « La situation est extrêmement critique, extrêmement sérieuse. Je vois bien que l’opérateur Tepco n’a pas réussi depuis huit jours à stabiliser la situation », a dit Eric Besson sur RTL.

EAU RADIOACTIVE

Les incendies, les explosions et les fuites radioactives obligent les techniciens de Fukushima-Daiichi à interrompre régulièrement leur travail.

Une forte hausse de la radioactivité a été décelée dans le réacteur n°2 dimanche. Le secrétaire général du gouvernement, Yukio Edano, l’a expliquée par une fusion partielle des barres de combustibles.

Les dernières mesures montraient une radioactivité 100.000 fois supérieure à la normale dans l’eau accumulée au réacteur n°2.

Une radioactivité de plus de 1.000 millisieverts par heure a été mesurée à la surface de l’eau dans des tunnels sortant du réacteur. Selon l’Agence américaine pour la protection de l’environnement, une telle dose peut provoquer une hémorragie.

Tepco assure que les tunnels ne déversent pas leur contenu dans la mer mais n’exclut pas que cette eau radioactive se répande dans les sols. Selon le gouvernement, l’eau contaminée provient de la condensation de vapeur et non pas d’une fissure dans le réacteur.

Pour l’Autorité française de sûreté nucléaire (ASN), « ces analyses, associées aux valeurs de pression mesurées dans les cuves, semblent permettre de conclure à la perte d’étanchéité des cuves 2 et 3 ou de leurs circuits de connexion ».

DU PLUTONIUM DANS LE SOL DE LA CENTRALE

Tepco a également annoncé avoir trouvé du plutonium 238, 239 et 240 dans le sol de la centrale, dans des échantillons prélevés la semaine dernière.

Lors d’une conférence de presse organisée lundi vers minuit, le vice-président de Tepco, Sakae Muto, a assuré que ce plutonium, dont la concentration était similaire à ce que l’on peut trouver dans l’environnement naturel, ne présentait pas de danger pour la santé humaine.

Tepco a dit n’avoir pu déterminer l’origine de ce plutonium, bien qu’il semble que deux des cinq échantillons résultent de l’accident à la centrale et non de dépôts provenant de l’atmosphère.

Seul le réacteur n°3 fonctionne avec un combustible nucléaire à base de plutonium et d’uranium appauvri, le Mox. Le plutonium est fortement radioactif et toxique.

L’Agence japonaise de sûreté nucléaire s’est déclarée préoccupée par ces échantillons dont l’activité variait de 0,18 à 0,54 becquerels par kilo.

« Bien que ce niveau ne soit pas dangereux pour la santé humaine, je ne suis pas optimiste. Cela veut dire que le mécanisme de confinement est rompu, de sorte que je pense que la situation est inquiétante », a déclaré Hideko Nishiyama, de l’Agence de sûreté nucléaire, cité par l’agence Jiji.

DES SEMAINES, DES MOIS OU DES ANNÉES

Les experts de Greenpeace disent par ailleurs avoir décelé une radioactivité supérieure à 10 microsieverts par heure dans le village d’Iitate, à 40 km au nord-ouest de la centrale. L’organisation environnementale a demandé l’extension de la zone d’évacuation de 20 km autour de Fukushima-Daiichi.

L’Agence japonaise de sûreté nucléaire a estimé que les mesures de Greenpeace ne pouvaient être considérées comme fiables.

Elle a également pu annoncer une bonne nouvelle: le niveau de radioactivité dans la mer au large de la centrale, qui était 1.850 fois supérieur à la normale dimanche, a fortement baissé.

La situation est considérée comme stabilisée dans deux des six réacteurs de Fukushima-Daiichi, mais elle demeure instable dans les quatre autres, d’où se dégage parfois de la vapeur ou de la fumée.

« Je pense que peut-être, la situation est nettement plus grave que nous ne le pensions », a déclaré un expert, Najmedin Meshkati, de l’université de Californie du Sud. Il faudra sans doute, selon lui, des semaines pour stabiliser la situation, et il sera peut-être nécessaire que l’Onu soit de la partie.

« Cela va bien au-delà de ce qu’un pays peut gérer – cela doit être évoqué par le Conseil de sécurité de l’Onu. À mon humble avis, c’est plus important que la zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye », a-t-il estimé.

Sakae Muto a parlé lundi d’une opération incertaine et longue pour empêcher une surchauffe des barres de combustible et leur fonte.

« C’est regrettable, mais nous n’avons pas de calendrier concret nous permettant, actuellement, de dire dans combien de mois ou d’années » la crise sera terminée, a-t-il dit.

Avec Elaine Lies, Yoko Kubota et Shinichi Saoshiro à Tokyo, David Dolan à Fukushima, Gerard Wynn à Londres, Alister Doyle à Oslo et Thierry Lévêque à Paris, Eric Faye et Clément Guillou pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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