Me CHEIKH KHOURESSY BA, AVOCAT SENEGALAIS: «OUATTARA S’ACCROCHE A UN POUVOIR VIRTUEL»

samedi, 26 mars 2011


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Dans cette deuxième partie de l’interview qu’il a accordé à l’hebdomadaire sénégalais le témoin, Me Cheick Khouressy Bâ dénonce les égarements de la communauté internationale dans le dossier ivoirien.


Le Témoin : Malheureusement, tout cela a fait naître une confusion, puis une profonde crise politico-judiciaire paralysant toute la Côte d’Ivoire, n’est-ce pas ?
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Me Cheikh Kohouressy Bâ: Justement, la confusion à laquelle vous faites allusion a principalement pour explication l’attitude de la majorité écrasante des Ivoiriens, et il semble que les puissants auteurs du coup d’Etat électoral planifié de longue date au détriment de Laurent Gbagbo n’avaient pas su intégrer cette donne dans leurs calculs. Ouattara, appelé à juste titre le «candidat de l’Etranger», de même que ses souteneurs, ont mésestimé la réaction des Ivoiriens, pensant avec une touchante naïveté que ces derniers accepteraient docilement, lâchement le détournement de leur volonté telle qu’exprimée dans les urnes. Pourtant le souvenir d’octobre 2000 n’était pas vieux ! C’est le même peuple qui était pourtant descendu dans la rue pour défendre son choix porté sur Laurent Gbagbo, les mains nues et le torse offert aux blindés de l’éphémère et si cruelle junte dont le chef ne voulait pas tenir compte du verdict des urnes.
En payant au prix fort leur droit à l’autodétermination, ces fiers Africains avaient imprimé un message qu’il n’était tout de même pas sorcier de décrypter : la souveraineté du peuple ivoirien ne se négocierait plus jamais et toute personne ou groupe de personnes tentés de la remettre en cause trouverait à qui parler. Sinon il n’y a pas de confusion pour ces Ivoiriens qui ont fini de voter majoritairement le candidat de leur cœur et qui se sont remis au travail. La confusion, tout à fait virtuelle, est entretenue par ceux qui ont conscience que le sol s’est dérobé sous leurs pieds et qui n’ont donc plus pour stratégie que de jaspiner, relayés par les médias de leurs tout-puissants parrains, lesquels média sont en passe de révéler enfin leur vrai visage à la face d’un monde qui les a toujours tenus en haute estime et considération alors que ce qu’ils font est aux antipodes du journalisme.
Faites un tour en Côte d’Ivoire et vous verrez si j’exagère. Je dis bien un tour, professionnel celui-là, comme les journalistes dignes de ce nom ; pas une randonnée touristique tous frais payés dans une républiquette hôtelière où des rêveurs au bord de la folie échafaudent à voix haute les plans d’une guerre par procuration que des idiots devraient pouvoir mener en leur nom et pour leur compte.
A votre avis, pourquoi M. Gbagbo s’accroche-t-il au pouvoir alors que la communauté internationale est convaincue que les premiers résultats donnant Ouattara vainqueur sont les seuls valables ?
Intéressante question. M. Gbagbo, comme vous dites, n’a jamais vu, et vous et moi non plus, je suppose, une communauté autre que la communauté nationale donner le vainqueur d’une élection nationale. Que serait notre planète si le reste du monde (parce que c’est ce que signifie le groupe de mots «Communauté internationale», dont vous et moi, s’agissant de tout autre pays autre que le nôtre, le Sénégal, faisons entièrement partie) s’arrogeait le droit de désigner le président des autres pays ? Savez-vous qu’au nombre des principes les plus sacrés qui gouvernent la marche du monde, il y en a deux précisément que la SDN, l’ancêtre de l’ONU, et ce «machin» lui-même dirigé par Ban Ki Moon, ont inscrit dans leur Charte, aux articles 1er et 2, à savoir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, d’une part, et le devoir de non-ingérence dans les affaires des peuples, d’autre part ? Ces deux dispositions essentielles figurent dans le corpus de règles de tous les Etats membres de l’ONU, lesquels les ont inscrites dans le préambule de leur loi fondamentale. Les enfreindre revient à commettre un abominable crime d’Etat, c’est dire que l’Etat qui les viole a violé sa propre loi, et en plus il démontre qu’il est en vacances de sa propre légalité.
On peut donc dire de cet Etat qu’il est un Etat voyou. En l’occurrence c’est un groupe d’Etats voyous, aidés par une ribambelle d’apprentis voyous assurés de l’impunité qui a décidé, avec l’aval de l’ONU, elle sert à ça, ne l’oublions pas, de violer les principes les plus sacrés de notre temps dans un petit pays. On ne trouverait pas à redire, et encore !, si c’était un grand pays qui avait fait les frais de tels actes de banditisme. Mais qui ose imaginer une telle ingérence dans une élection, fut-ce un scrutin local, en France, aux USA, en Allemagne, au Canada ou que sais-je ? Pour la Côte d’Ivoire, l’ONU et ses maîtres ont agi comme si le duel Gbagbo-Ouattara ne différait en rien de l’élection d’un adjoint de délégué de classe dans une école primaire de banlieue parisienne ou texane ou de Séoul. Et c’est ce mépris qui est inacceptable.
M. Gbagbo ne s’accroche pas au pouvoir. C’est son adversaire, M. Ouattara, qui s’accroche au pouvoir. Un pouvoir virtuel confectionné de toutes pièces par cette même communauté internationale ! Il y a une nuance. M. Gbagbo a le droit et le devoir de défendre vaille que vaille sa victoire, et il est, fort heureusement, en phase avec le peuple et l’armée.
Vous croyez donc que M. Gbagbo a été élu malgré la certification de la victoire de M. Ouattara ?
Pour votre gouverne, sachez que l’ONU n’a pas la capacité de valider une élection dans un Etat membre de la communauté des nations, qui a accédé à la souveraineté internationale et qui n’est pas sous tutelle. Elle ne l’a jamais fait, au demeurant. Ce n’est pas en Côte d’Ivoire qu’elle commencera à le faire. Je vous le répète, sa Charte l’interdit formellement. Entendons nous bien, l’ONU ne peut, encore moins, proclamer les résultats d’une élection dans un Etat membre ou installer des élus dans leurs fonctions.
Nous sommes des nègres, certes, mais on nous a donné au moins l’assurance, en entrant dans cette association amicale des nations, que l’on ne nous considèrerait plus comme la banlieue de l’Humanité. Soit dit en passant, le nègre tient une belle revanche dans la célérité et la précipitation suspectes avec lesquelles MM. Choï et Ban, à l’instigation de M. Nicolas Sarkozy, ont voulu mettre tout le monde devant le fait accompli, comme quoi l’émotion peut être hellène et la raison nègre.
NB : Le chapeau est de la rédaction de Notre Voie
Source : NOTRE VOIE

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