Japon : des traces de radioactivité dans le ciel français… et dans les salades

Mis à jour 26-03-2011 18:28

L’Institut français de sûreté nucléaire a confirmé avoir relevé dans l’air de faibles traces d’iode radioactif à sa station du Puy de Dôme

Des spécialistes américains de l’atome plutôt rassurants

Depuis jeudi et la découverte d’accumulations d’eau contaminée dans les sous-sols de la centrale nucléaire accidentée, l’inquiétude va croissante d’une rupture de l’étanchéité d’un ou de plusieurs réacteurs. Selon des experts de la question, un tel scénario n’est pas avéré et ne serait sans doute pas si grave que redouté.

D’après les modélisations informatiques, « si une rupture de la cuve du réacteur (numéro 3) et de l’enceinte de confinement peut être encore longtemps retardée, la radioactivité des combustibles nucléaires aura diminué d’autant » a déclaré vendredi le physicien américain Edwin Lyman.

A ce jour estime son collègue Ian Hutchinson, professeur en science nucléaire au Massachusetts Institute of Technology, il n’est pas dit que la cuve soit endommagée. Dans le contexte, alors que les réacteurs sont abondamment arrosés depuis le 11 mars, selon lui il n’est pas surprenant de trouver de l’eau très radioactive sur le site. Ainsi le chercheur a pu affirmer à CNN qu’il n’était « pas particulièrement inquiet ». »La différence entre la pression à l’intérieur du réacteur et celle dans l’enceinte de confinement laisse penser que la cuve du réacteur est encore intacte » a de même expliqué Dave Lochbaum, un spécialiste de l’Union of Concerned Scientists, un organisme scientifique indépendant. En conférence de presse, ce dernier a cependant ajouté que « la source de cette radioactivité n’est pas claire puisque normalement le bâtiment abritant la turbine est isolé à la fois du coeur du réacteur et de la piscine contenant le combustible nucléaire épuisé ». A partir des « seules données » fournies par les autorités japonaises, il est difficile d’en juger, a-t-il conclu, estimant qu' »il faudra longtemps pour pleinement évaluer ce qui s’est passé ».

L’aide humanitaire française arrive à Sendai
Quelque 150 tonnes de vivres et de matériels envoyés par la France ont été convoyées ce samedi à Sendai, au nord-est du Japon. L’ambassadeur français Philippe Faure était sur place pour accueillir le convoi de 17 camions transportant notamment des conserves, des soupes, de l’eau, des masques, des instruments de mesure de la radioactivité et des équipements de radioprotection.

« Nous leur avons aussi proposé un soutien pour la gestion post-accidentelle, en plus de l’aide humanitaire arrivée à Sendai ce matin et des équipements pour les réacteurs nucléaires livrés à Tokyo » a expliqué l’ambassadeur, insistant sur le fait qu' »après le séisme, le tsunami, l’accident nucléaire toujours en cours, nous somme déjà dans la quatrième phase, celle du traitement post-accidentel pour lequel la France peut apporter son expertise aux autorités japonaises ».

« Une chose est de voir les images à la télévision, une autre est d’être sur place pour se rendre compte à quel point la région est sinistrée » a souligné Monsieur Faure qui a déjeuné avec une quinzaine de rescapés français.  Il leur a déclaré « Nos services et moi-même sommes en contact permanent avec chacun d’entre vous, mais je tenais à venir vous rendre visite ici à Sendai en marque de solidarité. C’est également le sens du message adressé aux Français du Japon par le président de la République, Nicolas Sarkozy ».

Et l’ambassadeur d’ajouter : « je vous sais très préoccupés par l’évolution de la situation à la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, mais sachez que nous vous suivons avec une attention toute particulière, car vous n’êtes qu’à 80 kilomètres de ce site ».

Des traces d’iode 131 dans le ciel français…
C’est désormais officiel, le nuage ou plutôt le panache radioactif en provenance de la centrale de Fukushima a bien atteint la France métropolitaine a indiqué samedi l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) qui martèle que le niveau de radioactivité mesuré ne présente « aucun danger sanitaire ou environnemental ».
« Des traces d’iode 131 (0,012 mBq/m3 en moyenne sur la période de prélèvement) ont été mesurées dans l’air prélevé entre le 21 et le 24 mars par la station de l’IRSN installée au sommet du Puy de Dôme » précise le communiqué de l’organisme.

Comme prévu, une première « masse d’air faiblement contaminée » est arrivée sur l’Hexagone jeudi 24 mars estime l’Institut qui souligne que les autres stations de mesure n’ont rien révélé d’anormal, car s’il y a des radionucléides issus de Fukushima dans l’air, par exemple du césium 137, leur concentration « reste encore inférieure aux limites de détection ».

…Et du Césium dans les salades.
En ce qui concerne les végétaux, l’analyse d’échantillons de salades cueillies le 22 mars a révélé des traces de césium 137, « à un niveau souvent observé pour ce type de produit ». Il ne faut sans doute pas y voir les conséquences de l’accident récent au Japon, mais la persistance dans les sols de cette substance résultant des retombées après Tchernobyl et des années d’essais nucléaires.

Dans le même temps, au Japon, après le lait et les épinards, un niveau anormalement élevé de radioactivité a été détecté dans des laitues à feuilles rouges. Produites dans la préfecture d’Ibaraki, entre Tokyo et la centrale en perdition, quinze caisses des salades en question ont été saisies au marché de gros de Nagoya, au centre du pays.

Avec 2.300 becquerels d’iode radioactif mesurés alors que la limite légale est fixée à 2.000, et 150 pour le césium, en deçà du seul toléré de 500, le gouvernement japonais répète inlassablement qu’il n’y a pas de danger et invite la population au calme. De fait, ce légume devrait toutefois s’ajouter à la liste de la dizaine de produits frais, issus des préfectures proches du site nucléaire, qui ont déjà été interdits à la vente.

Alors que le Premier ministre nippon a ordonné de nouvelles batteries de tests dans six autres préfectures, notamment autour de Tokyo, de nombreux pays étrangers ont adopté des mesures de restriction voire l’interdiction d’importer des produits frais du Japon. C’est le cas notamment de l’Union européenne, des Etats-Unis, de l’Australie, du Canada, ou encore de la Russie.

Les travaux n’avancent pas à Fukushima
Quinze jours après le séisme et le tsunami qui ont provoqué des dégâts gravissimes à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, au nord-est du Japon, l’évolution de la situation reste « imprévisible » a reconnu vendredi le Premier ministre japonnais Naoto Kan, tandis que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon a appelé les Etats à « tirer des leçons » de cette crise.
Selon un responsable de Tokyo Electric Power (Tepco), l’opérateur du site dont les techniciens tentent désespérément de reprendre le contrôle au péril de leur vie, il ne faut sans doute pas compter sur le refroidissement des réacteurs avant au moins un mois.
Sur le terrain, quelque 700 employés de Tepco, pompiers et militaires sont à l’oeuvre jour et nuit pour tenter de relancer les circuits de refroidissement sans lesquels l’accident pourrait tourner à une catastrophe nucléaire bien plus grave. Sans parler des difficultés techniques qu’ils rencontrent, ils sont fréquemment interrompus dans leur travail par des pics de radioactivité qui imposent l’évacuation immédiate des lieux.
Une brèche dans la cuve de l’un des réacteurs ?
Malgré ces précautions, trois ouvriers chaussés il est vrai de simples bottines en caoutchouc, ont été irradiés jeudi en marchant dans une flaque d’eau hautement radioactive. Deux des trois hommes qui intervenaient dans la turbine située derrière le réacteur 3 ont été hospitalisés avec des brûlures aux pieds.
Cette présence d’eau contaminée n’augure rien de bon. Elle pourrait signifier que la cuve du réacteur est endommagée, d’où une fuite importante de radioactivité et probablement, un délai supplémentaire dans les réparations.
Samedi, Tepco a indiqué avoir découvert de l’eau radioactive à un autre endroit. « Une flaque d’eau fortement contaminée a été découverte au sous-sol du bâtiment de la turbine du réacteur numéro 1 » a confirmé à l’AFP un responsable de l’Agence de sûreté nucléaire.
Les raisons exactes de la présence de cette flaque n’ont pas encore été déterminées, mais « il se pourrait que de l’eau de la cuve du réacteur ait fui par des tuyaux ou des valves endommagés reliant (le réacteur) au bâtiment de la turbine » a-t-il ajouté.
En outre, au sous-sol des bâtiments des turbines liées au réacteur 2 et 4, ce ne sont pas des flaques, mais un mètre d’eau qui a été découvert, sans que l’on sache pour l’heure si elle est ou non polluée et à quel degré.
Autre hypothèse un peu moins inquiétante, cette accumulation d’eau pourrait résulter des dégagements de vapeur auxquels ont procédé les équipes de Tepco pour faire retomber la pression dans les réacteurs.
Quoi qu’il en soit, « il devient très important d’évacuer l’eau accumulée dans les unités abritant les turbines, avant que la radioactivité ne remonte » a déclaré Hidehiko Nishiyama, un haut responsable de l’Agence de sûreté.
Des taux de radioactivité alarmants dans l’océan
Au large de Fukushima, les dernières mesures réalisées par Tepco ont révélé des niveaux d’iode radioactif 1.250 fois supérieurs à la norme légale en mer a annoncé samedi l’Agence japonaise de sûreté nucléaire, soit une augmentation considérable en quelques jours. Mardi dernier, le taux d’iode n’était encore « que » de 126 fois le seuil toléré.
« Si vous buvez 50 centilitres d’eau courante avec cette concentration d’iode, vous atteignez d’un coup la limite annuelle que vous pouvez absorber. C’est un niveau relativement élevé » a concédé un porte-parole de l’Agence de sûreté avant d’expliquer que cette radioactivité avait tendance à se diluer avec les marées et ne serait pas nécessairement absorbée en totalité par les animaux et les végétaux marins.
« En outre, la concentration d’iode se réduit de moitié tous les huit jours, donc lorsque les gens mangeront les produits de la mer, sa quantité aura probablement fortement diminué » a ajouté le porte-parole. Soit. Mais dans le même temps, Tepco a fait état de concentration en césium 137 près de 80 fois supérieur à la norme légale, or, les concentrations de cette substance radioactive ne se réduisent de moitié que tous les trente ans…
Considérant que depuis le début de la crise, « les autorités ont en permanence donné l’impression de sous-estimer à la fois les risques et l’étendue de la contamination radioactive », l’organisation écologiste Greenpeace a annoncé qu’elle allait procéder de son côté à des mesures de la radioactivité en dehors de la zone d’exclusion de 20 km autour de Fukushima Daiichi.
La communication gouvernementale passe mal
D’après un sondage réalisé par Opinionway ces deux derniers jours, 69% des Français ne croient pas en la sincérité du gouvernement français dans la crise actuelle. 35% des sondés ont déclaré qu’ils n’avaient « plutôt pas confiance » dans le fait que le gouvernement dise « la vérité sur les conséquences de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima », et 34% n’avaient « pas confiance du tout ».
L’Autorité de sûreté nucléaire apparaît à leurs yeux un peu plus crédible, avec tout juste 50% des interrogés qui lui font confiance (12% « tout à fait », 38% « plutôt »). Quant aux conséquences de la crise, 53% des interrogés ne se sont guère inquiétés du nuage radioactif qui a survolé l’Hexagone et 58% d’entre eux estiment qu’à moyen terme, la France n’est pas en mesure de sortir du nucléaire.
Plus de 27.000 morts et disparus
Selon le dernier bilan provisoire communiqué par la police nippone vendredi, la catastrophe du 11 mars a fait 10.151 morts et 17.053 disparus.
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