Paris veut le beurre ,l’argent du beurre, et Zuma en papillotte


Zuma a toujours défendu une solution de compromis en Côte d’Ivoire « Nous ne désespérons pas de le faire changer », dit-on à Paris

par LAURENT GBAGBO, mercredi 2 mars 2011, 10:30

Le président sud-africain Jacob Zuma est arrivé mardi à Paris pour une visite d’Etat mercredi et jeudi qui consacre, en pleine présidence française des G8 et G20, son rôle de grande puissance émergente et la volonté de Nicolas Sarkozy d’en faire un allié privilégié en Afrique.
Escorte de la Garde républicaine à cheval, dîner sous les ors de l’Elysée et rencontre avec la fine fleur du patronat tricolore, la France va dérouler pendant deux jours le tapis rouge pour le chef de la nation arc-en-ciel.

Première puissance économique du continent africain et nouveau membre des influents « Brics » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), le groupe informel des grands pays émergents, l’Afrique du Sud anglophone fait l’objet depuis des mois d’une cour assidue du président français.
Convaincu de la nécessité de s’arroger le soutien de ces pays pour faire avancer ses ambitions en matière de régulation de la finance et des marchés, Nicolas Sarkozy a fait de l’aide au développement, et d’une taxe sur les transactions financières, une des priorités de son mandat.
En outre, il souhaite tordre le cou à l’image d’une France intéressée par son ancien « pré-carré » d’anciennes colonies en s’ouvrant aux pays anglophones africains, à commencer par l’Afrique du Sud et le Nigeria.
Après lui avoir réservé un traitement de faveur au sommet Afrique-France en 2010, c’est donc avec tous les honneurs que M. Sarkozy recevra son homologue sud-africain pour son troisième séjour français depuis 2008.
Accueilli mardi soir par le ministre de la Coopération, Henri de Raincourt, Jacob Zuma doit s’entretenir et dîner avec Nicolas Sarkozy mercredi, mais aussi rencontrer le Premier ministre François Fillon, la ministre de l’Economie Christine Lagarde, les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, le maire de Paris et la direction du patronat français.
Au sommaire de ces discussions, G8 et G20 bien sûr, mais aussi les derniers développements du « printemps arabe » et, surtout, les crises africaines, annonce-t-on à Paris et Pretoria.
Outre le Soudan et Madagascar, où l’Afrique du Sud joue un rôle de premier plan, les deux chefs d’Etat s’entretiendront de la crise en Côte d’Ivoire, où le refus du président sortant Laurent Gbagbo de reconnaître la victoire de son rival Alassane Ouattara menace de replonger le pays dans la guerre.
Comme l’Angola, mais à l’inverse de l’Union africaine (UA) et de la France, le président sud-africain a jusque-là ménagé M. Gbagbo et défendu une solution de compromis, au point de s’être fait chahuter la semaine dernière à Abidjan par les partisans de M. Ouattara.
« Nous ne désespérons pas de le faire changer », dit-on à Paris, « il n’est pas question d’exagérer l’influence sud-africaine mais ce serait un coup dur pour Gbagbo si Pretoria prenait clairement position contre lui ».
Le menu bilatéral du séjour s’annonce également copieux. « Un de ses objectifs majeurs est de renforcer le commerce et les investissements avec la France », souligne-t-on à Pretoria. 6e fournisseur de l’Afrique du Sud, la France n’en est que le 19e client à l’exportation.
Entre autres sujets, l’offre de service française en matière d’énergie nucléaire. Déjà fournisseur de son unique centrale de Koeberg, Areva a proposé en 2008 de fournir à Pretoria, qui souffre d’un déficit chronique d’électricité, deux réacteurs de nouvelle génération EPR.
L’Afrique du Sud est en pleine révision de sa politique énergétique, il n’y aura donc pas de décision sur ce dossier », note-t-on toutefois à Paris.
Entre autres accords, les deux pays signeront un nouveau document cadre de partenariat qui prévoit près d’un milliard d’euros de financements de la part de l’Agence française de développement (AFD).

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