Nouvelles découvertes et nouvelles énigmes sur la lèpre


Archéologues et paléo-généticiens ont « ressuscité » le génome de l’une des versions les plus anciennes de la bactérie de la lèpre, dont des fragments ont été découverts dans les os d’un habitant de la Bretagne du Ve siècle après JC.

Ils ont démontré que la lèpre avait été introduite en Europe au IVe ou au Ve siècle après JC depuis le sud de la Scandinavie ou depuis l’Allemagne lors de la migration des Anglo-Saxons, rapporte l’article publié dans le magazine PLoS One.

Les chroniques témoignent que la lèpre était largement répandue en Europe dans la première moitié du Moyen Âge. Au XIIIe siècle, près d’un quart de la population de Scandinavie était atteinte. Les rumeurs sur la haute contagiosité et l’incurabilité de la lèpre poussaient les habitants des grandes villes à exclure les lépreux dans des léproseries. Vers la fin du XVIe siècle, l’épidémie a cessé pour une raison inconnue.

Un groupe d’archéologues et de paléo-généticiens dirigé parSarahInskip de l’Université deLeiden (Pays-Bas) a trouvé la source possible de cette épidémie médiévale, en examinant les restes d’une des victimes les plus anciennes de la lèpre, découverte sur le territoire du village britannique deGreatChersterford, près de la côte est du pays.

Dans l’un des cimetières locaux, qui date du début du Moyen Âge, les archéologues ont découvert les os d’un homme âgé de 31 à 35 ans, mort de la lèpre environ au Ve ou VIe siècle après JC. Selon Inskip et ses collègues, c’est le plus vieil exemple connu de la mort d’un européen de la lèpre. Il a permis aux chercheurs d’obtenir l’un des plus vieux ADNs « ressuscités » de la bactérie de Hansen — l’agent causal de la lèpre, et de le comparer aux génomes des souches existantes de microbe.

« Les fouilles et découvertes de restes humains ne nous permettent pas toujours de reconstituer correctement l’ADN, mais dans ce cas, la qualité du génome fossile de l’agent pathogène de la lèpre était tellement bonne, que nous avons réussi à identifier la souche à laquelle il appartenait », raconte Michael Taylor de l’Université de Surrey (Grande-Bretagne).

Il s’est avéré que le microbe des os de l’habitant deGreatChesterford appartenait au groupe 3I des bactéries deHansen, relativement rare aujourd’hui. LeurADN est souvent découvert sur les restes des victimes ultérieures de la lèpre d’Angleterre et du sud de laScandinavie. Le jeune homme, selon les proportions des isotopes de strontium dans ses dents, n’était pas un Anglais de souche. Il avait sans doute immigré vers les îles britanniques deScandinavie, probablement du Danemark, ou du nord de l’Allemagne, où l’on observe les mêmes proportions d’isotopes dans les eaux des rivières.

Les scientifiques suggèrent que ce fait nous permet d’affirmer que la lèpre est née sur le territoire de la péninsule scandinave et aurait été déplacée vers la « grande » Europe au début du Moyen Âge, environ au IVe ou Ve siècle après JC.

Cette découverte rend l’histoire de la disparition de la lèpre encore plus énigmatique. Il s’avère que la souche 3I a existé et s’est répandue activement parmi les Européens sur près de 800 ans, de manière presque invariable pendant tout ce temps-là. Cela signifie que l’épidémie de lèpre n’a pas cessé à cause des changements dans l’ADN du microbe lui-même, ni grâce à la résistance du système immunitaire humain, mais pour d’autres raisons encore inconnues.

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