La place de l’Afrique dans le débat français


Sarko et le baisé d'aurevoirUn Sarkozy énervé, défensif, agressif, arrogant et insulteur public, en face un Hollande sémillant, maître de son sujet, offensif, déstabilisateur de son adversaire, des journalistes débordés par des invités impétueux et trop bavards: voici la photographie en couleur de ce débat tant attendu, archétype d’une démocratie civilisée. Pourtant, Sarkozy avait sans aucune modestie prédit qu’il laminerait son adversaire, même qu’il en ferait une bouchée, au point même d’exiger «trois débats». Pour être sincère, ce débat n’a pas apporté quelque chose de neuf dans le fond. Très ennuyant par endroits, c’est un véritable copier-coller que les deux débatteurs, pour ne pas dire combattants, nous ont servi. Depuis trois mois environ et même plus, nous avons entendu les mêmes propositions des programmes et la même hargne à les défendre. L’originalité dans ce débat par contre, qui avait l’allure par moments d’un combat, c’est que pour la première fois les deux candidats, qui s’étaient presque bagarrés à distance jusque-là, se retrouvaient face à face pour débattre projet contre-projet devant caméras et micros. Personnellement, j’attendais les points du débat sur l’Afrique. Mais à la fin, rien. Ou du moins, l’Afrique a eu droit à sa sempiternelle caricature et photographie que les laboratoires et analystes occidentaux ont du mal à effacer. En effet, les rares moments consacrés à l’Afrique dans ce débat ont servi à évoquer l’Afrique des immigrants et celle des terroristes régnant en maîtres absolus dans la partie sahélienne du continent prise en otage. L’Algérie, le Mali, le Niger, la Mauritanie ont été évoqués en tant que zones dangereuses, nid de terroristes et de preneurs d’otage interdits aux bons citoyens français. Les sept ou huit Français pris en otage par ces «méchants terroristes» ont eu plus d’égard et d’honneur que les millions d’Africains pris eux aussi quotidiennement en otage dans le «feu, la flamme et la boue» de gangsters, bras séculiers de multinationales qui s’enrichissent dans le sang innocent des Africains. Le débat français n’a fait donc que réitérer, quoiqu’à dose homéopathique, le cliché classique de la politique africaine de la France. Je suis de ceux qui ne se réjouissent pas de l’arrivée de socialistes au pouvoir même si je me réjouis franchement de la défaite programmée de Sarkozy. Pour l’individu Sarkozy qui est sur le point de départ de l’Elysée, ma joie est insaisissable. Mais je ne me fais point d’illusion sur ce que l’Afrique espère attendre de la gouvernance socialiste. Et le mépris affiché accordé à l’Afrique dans leur débat, signe prophétique d’une débâcle politique planifiée, ne vient que confirmer mon scepticisme justifié et incorrigible. Pour tout dire, il n’y aura rien de nouveau sous le soleil africain. Que faire? Tant que les Africains ne cesseront pas de compter sur la France et le reste de l’Occident pour se faire valoir, ils seront toujours humiliés et laminés et bons derniers de la classe. Dans les grands débats qui réuniront les Grands de ce monde, ils ne seront évoqués en tant qu’appendice, souffre-douleur, incapables de se prendre en charge eux-mêmes, toujours trainant leurs sébiles dans le monde entier en quête de pitance pour nourrir des affamés paresseux aux ventres bedonnants prompts à manipuler les armes qu’à construire leur continent. Tant que nous ne construirons pas nous-mêmes des espaces de discussions et de débats intelligents et constructifs concernant notre continent et notre avenir commun en lieu et place des camps militaires, des poudrières et autres camps de concentration; tant que, parvenus au pouvoir, par des moyens brutaux et sauvages on n’essaiera pas de rassembler les fils du pays divisés mais qu’on restera à traquer certains parmi eux ou à fabriquer dans les forêts des faiseurs de coup d’Etat imaginaire; tant qu’on croira infantilement que notre salut se trouve en France avec un Sarkozy haï par son propre peuple, les occidentaux nous traiteront de cette façon dans leurs débats les plus importants qui engagent leur propre avenir et jamais le nôtre. Dommage que nous ayons encore chez nous des chefs d’Etat entièrement scotchés à la France et plus intimement à Sarkozy.

Père Jean K.

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